Cinq mises en examen pour extorsion dans le prêt-à-porter à Paris

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CINQ MISES EN EXAMEN À MARSEILLE POUR EXTORSION DANS LE PRÊT-À-PORTER À PARIS
CINQ MISES EN EXAMEN À MARSEILLE POUR EXTORSION DANS LE PRÊT-À-PORTER À PARIS

MARSEILLE (Reuters) - Cinq personnes ont été mises en examen samedi à Marseille pour extorsion de fonds et blanchiment d'argent au préjudice de chefs d'entreprises parisiens, une pratique qui met en exergue une convergence d'intérêts de plus en plus courante entre groupes criminels et groupes financiers.

Parmi elles figure le plus jeune des frères Barresi, Franck, déjà condamné à dix ans de prison pour vol à main armée. Il a été placé en détention provisoire de même qu'un de ses proches, a indiqué le procureur de Marseille, Brice Robin, lors d'une conférence de presse.

Les trois autres personnes ont été laissées en liberté sous contrôle judiciaire. Deux autres prévenus doivent être présentés lundi au juge d'instruction.

"Ce sont des noms réputés, qui ont déjà des antécédents assez lourds et des périodes d'emprisonnement assez longues, notamment pour des vols à main armée et du trafic de stupéfiants", a précisé le directeur de la police judiciaire de Marseille, Christian Sainte.

Une information judiciaire a été ouverte en novembre 2011 à la suite de signalements de la cellule Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) sur des flux financiers présumés suspects portant sur plusieurs millions d'euros entre des entreprises parisiennes et des sociétés espagnole et polonaise.

CRIMINALITÉ SILENCIEUSE

"Des sociétés de prêt-à-porter du quartier de l'Opéra, à Paris, ont connu des difficultés financières. Ne pouvant faire appel au système bancaire, elles se sont tournées vers des apporteurs d'argent qui ont réclamé un retour sur investissement sous forme de chèque pour établir une facturation qui a permis de donner un aspect licite à ces flux financiers", a expliqué le commissaire Jean-Marc Souvira, chef de l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière.

Ces sommes assorties d'intérêts étaient rapidement réclamées aux débiteurs par les hommes de main du "clan des gens du Sud", à la tête duquel se trouvait le benjamin de la famille Barresi dont l'aîné, Bernard, après 18 ans de fuite a été acquitté au printemps 2012 pour l'attaque d'un fourgon blindé en Alsace en 1990.

Le cadet de la fratrie, Jean-Luc, est un ancien agent de footballeurs, notamment de l'Olympique de Marseille, qui a été condamné en 2012 à quatre ans de prison, dont trois avec sursis, pour des faits d'extorsion de fonds au préjudice de plusieurs sociétés portuaires de la cité phocéenne.

Selon le policier, l'affaire mise au jour dans l'univers du prêt-à-porter de Paris est caractéristique d'une tendance à la "convergence d'intérêts entre groupes criminels et groupes financiers".

Une relation trouble qui peut, par exemple, se traduire par une veille internet mise en place par les criminels sur la constitution de sociétés en Asie du Sud-Est ou au Moyen-Orient pour leur permettre d'évacuer l'argent des trafics vers ces zones, aidés par des "gens du monde des affaires aux comportements pas très clairs".

"La délinquance la plus intelligente ne se trouve plus sur les attaques de fourgon, mais sur ces trafics souvent dématérialisés", a dit Jean-Marc Souvira.

"La fraude sur la TVA, c'est dix milliards d'euros, plus de deux fois plus ce que ce que rapporte le trafic de stupéfiants. C'est un argent qui ne reste pas sur le territoire national grâce à la rencontre du monde criminel et du monde financier", a-t-il dit. "C'est une criminalité silencieuse, qui fait de plus en plus de mal à l'économie nationale."

Jean-François Rosnoblet; édité par Yann Le Guernigou et Jean-Stéphane Brosse

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