Cinq millions de Franciliens face à un risque d'inondation majeur

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CINQ MILLIONS DE FRANCILIENS FACE À UN RISQUE D'INONDATION MAJEUR
CINQ MILLIONS DE FRANCILIENS FACE À UN RISQUE D'INONDATION MAJEUR

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Les pouvoirs publics français se préparent de plus en plus activement au scénario catastrophe d'une crue centennale de la Seine, identique ou supérieure à la grande crue de référence de janvier 1910 en Ile-de-France.

Une inondation majeure pourrait affecter cinq millions de personnes de la métropole francilienne et provoquer jusqu'à 30 milliards d'euros de dommages, selon une étude remise vendredi aux autorités françaises.

Plus de 1,5 million de Franciliens seraient privés de courant et 1,3 million d'eau potable, précise le rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Sans attendre ce document, l'Etat a mis en place le 15 janvier dernier un comité stratégique piloté par les préfets de région et de police et chargé d'associer l'ensemble des acteurs, des élus aux responsables économiques.

Un exercice placé sous le nom de code "Evagglo" avait également eu lieu fin 2012 à grande échelle pour tester la réactivité des services concernés.

"Il y a un travail de fond qui doit être fait sur la culture du risque", a dit Jean-Paul Kihl, secrétaire général de la zone de défense de Paris.

Cent quatre ans après la grande crue de 1910, qui avait vu la Seine dépasser la cote des 8,65 mètres, la région reste très vulnérable en dépit des nombreux travaux réalisés, notamment la création de réservoirs artificiels.

Deuxième économie de la zone euro, l'Ile-de-France comprend le siège du gouvernement et des grandes entreprises, ainsi que les principaux centres de décision et de recherche.

"FAIBLE PERCEPTION DU RISQUE"

Dans le cas le plus extrême, une inondation de la Seine impacterait directement et indirectement de nombreuses entreprises, "avec des conséquences économiques, humaines et sociales significatives", dit l'OCDE.

Elle pourrait aussi "perturber le fonctionnement de l'Etat et des institutions ainsi que l'ensemble des infrastructures et réseaux critiques qui irriguent quotidiennement la métropole francilienne".

La distribution de l'électricité pourrait être largement affectée avec près d'un quart des infrastructures de transformation électrique inondées ou coupées préventivement.

Les transports publics pourraient être touchés sur une large portion avec notamment près de 140 km du réseau de métro fermés préventivement sur 250 km.

L'alimentation en eau potable pourrait être également interrompue dans la périphérie de Paris où plus de 5 millions d'abonnés pourraient subir des coupures d'eau prolongées et 1,3 million une dégradation de sa qualité.

"Aujourd'hui, on est rentrés dans un monde où sans électricité, on ne peut plus rien faire", souligne Jean-Paul Kihl.

Selon une étude de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme (IAU) d'Ile-de-France, 56.700 entreprises et 630.000 emplois sont potentiellement exposés.

Pour l'OCDE, la perception du risque par les citoyens et les décideurs "est très faible alors que la vulnérabilité demeure et, parfois même, s'accroît."

L'absence de crue significative depuis près de 60 ans et la mise en place de barrages écrêteurs ont contribué à faire disparaître la mémoire collective du risque d'inondation.

Mais pour l'OCDE, une telle situation n'a rien d'inéluctable : un effort de recalibrage, de meilleure coordination, et de recentrage des politiques publiques permettrait de réduire les conséquences du risque et d'accroître la capacité à s'y adapter.

"L'absence d'une vision d'ensemble autour de ce risque - contrairement à d'autres grands fleuves français tels que la Loire ou le Rhône - révèle un déficit de gouvernance au vu des enjeux concernés, même si une prise de conscience se fait jour actuellement", écrit l'organisation.

L'OCDE craint "des visions concurrentes" entre Paris, sa banlieue, l'ouest et l'est du territoire à risque, ainsi que les nombreuses administrations en charge du dossier.

Elle estime également que les niveaux de protection face aux inondations ne sont pas actuellement harmonisés à l'échelle de l'agglomération parisienne.

Jean Daubigny, le préfet de la région Ile-de-France, a assuré que l'Etat étudierait avec attention l'ensemble des recommandations de l'OCDE.

Edité par Sophie Louet

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