Cinq initiatives efficaces pour sortir du mal-logement

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VIDÉO - En finir avec les bidonvilles, impliquer les habitant dans la rénovation de leur habitat ou dissocier la propriété foncière du bâti: voici quelques recettes qui ont fait leur preuve pour améliorer l’habitat des plus pauvres.

Dans le cadre du lancement de sa campagne contre le mal-logement, la Fondation Abbé Pierre publie un ouvrage recensant 20 initiatives efficaces ayant permis, en France comme à l’étranger, d’améliorer le sort des mal-logés. Parmi elles, Le Figaro immobilier en a retenu cinq.

1. Résorber les bidonvilles

En mai 2013, le Défenseur des droits constatait que la politique d’expulsion et d’évacuation systématique menée depuis 2010 n’a pas eu d’effet sur le nombre de personnes vivant en bidonville. La seule évolution tient au déplacement perpétuel des personnes ayant pour conséquence la rupture de tout suivi social organisé. En avril 2016, le dernier recensement de la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal) fait état sur tout le territoire de 569 sites, accueillant quelque 17.500 personnes. Pourtant, selon une étude de la Ligue des droits de l’homme et du European Roma Rights Centre, plus de 14.000 personnes ont été expulsées ou évacuées de 150 lieux de vie en 2014, et 21.000 personnes de 180 sites en 2013…

Des initiatives existent pourtant pour sortir de cette spirale. À Ivry-sur-Seine, par exemple, pour accompagner la sortie de l’ancien bidonville «Truillot», le plus important du Val-de-Marne, la société HLM Emmaüs Habitat réalise la maîtrise d’ouvrage et le portage immobilier d’une résidence sociale, construite avec des financements de type logement très social sur un terrain appartenant à l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris. Au passage, elle bénéficie d’une autorisation d’occupation temporaire des lieux pendant quinze ans. Ces logements accueillent cinquante-cinq personnes en tout qui s’acquittent d’une redevance calculée à hauteur de 10 % de leurs ressources avec un minimum de 50 euros par mois, avec une durée maximum de séjour prévue sur deux ans.

2. Produire des logements très sociaux

Rappelant que la plupart des nouveaux logements sociaux du parc public s’adressent aux foyers modestes, voire aux classes moyennes plutôt qu’aux familles les plus défavorisées, la Fondation Abbé Pierre a soutenu la production de 6 500 logements familiaux ou en petit collectif. Parmi ces initiatives réussies, on retrouve notamment la création, à Saint-Etienne, de logements adaptés évolutifs, destinés à des familles sédentarisées issues de la communauté des gens du voyage. À Paris, la Maison des Thermopyles installée dans une rue très recherchée du 14e arrondissement propose dix-sept studios équipés d’une kitchenette et d’une salle de bains. Elle accueille des personnes ayant connu pendant des années les hébergements d’urgence, les meublés à Paris ou en banlieue et les menaces d’expulsion. Un bâtiment sobre en énergie qui ne génère que de faibles charges pour des résidents aux revenus très modestes provenant des minima sociaux.

3. Prévenir les coûteuses expulsions

Selon des estimations réalisées en Autriche et en Allemagne, 1 euro dépensé en prévention des expulsions (incluant le conseil et la résolution des arriérés de loyer) permettrait d’économiser 7 euros de dépenses d’hébergement et d’insertion sociale. La commune allemande de Bielefeld a ainsi amélioré son système de prévention entre 2004 et 2008, ce qui a permis de réduire les places d’hébergement dédiées.

Le coût du relogement après expulsion est estimé en Autriche à 600 euros par mois et par personne, avec une durée moyenne de douze mois, soit 7 200 euros. La prévention coûte quant à elle 600 euros par personne, soit douze fois moins… Et aux Pays-Bas, une étude récente a conclu que 1 euro investi dans la prévention des expulsions auprès des ménages en «risque sérieux» permettrait d’économiser 2,20 euros de dépenses en services aux sans-abri, sans tenir compte des coûts de justice et de procédure d’exécution, qui peuvent être élevés au vu du nombre d’acteurs et d’institutions en cause.

4. Réhabiliter soi-même son logement

À Mafate, au cœur de l’île de la Réunion, l’agence régionale de la Fondation Abbé Pierre a financé à titre expérimental la réhabilitation des maisons de sept familles installées en altitude, dans une zone particulièrement difficile d’accès. Le chantier, encadré par les Compagnons Bâtisseurs, a duré près de deux ans durant lesquels les habitants ont participé au projet, selon les principes de l’auto-réhabilitation accompagnée: faire avec et faire ensemble.

Plus près de nous, ce genre d’initiative a été adopté par la Mutualité sociale agricole pour réhabiliter des bâtiments ruraux dans la Drôme et l’Ardèche. Une démarche d’auto-réhabilitation accompagnée, censée contribuer à la redynamisation des personnes et qui doit impulser des formes d’entraide par la mobilisation de bénévoles sur les chantiers.

5. Dissocier le foncier et le bâti comme à Stockholm

En Suède, la notion de propriété du sol n’existait pas jusqu’en 1850, ce qui illustre bien cette spécificité: les habitants sont davantage attachés à la jouissance des biens immobiliers qu’à leur possession. Dans la capitale, la commune a massivement acheté des parcelles agricoles pour maîtriser l’urbanisation future de la capitale. Résultat: 70 % du foncier de la ville est aujourd’hui la propriété de la municipalité ou de l’État.

Une maîtrise foncière qui a permis aux collectivités publiques de peser sur le type de constructions et sur leur implantation, en consentant un bail emphytéotique aux constructeurs de logements. En creusant cette piste la Fondation Abbé Pierre a créé en 2014 Solifap, une société d’investissements solidaires ayant pour objectif d’apporter un soutien structurel aux associations qui luttent contre le mal-logement.Une aide par le biais de prêts participatifs, d’apports de garanties et de conseil.

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