Cinq ans après, la concurrence dans l'énergie est un échec

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EDF et GDF Suez toujours maîtres chez les particuliers.

Cinq ans déjà et un bilan pour le moins contrasté. Amorcée le 1er juillet 2007, l'ouverture à la concurrence du marché de l'énergie pour les particuliers, après les industriels et les PME, devait entraîner un grand chambardement. À l'arrivée, le changement est modeste tant les opérateurs historiques ont réussi à garder la main: dans l'électricité, moins de 5 % des clients résidentiels ont quitté EDF pour un fournisseur alternatif. Dans le gaz, GDF Suez a été amputé d'environ 10 %. Certes, le marché de l'énergie est ouvert mais les nouveaux entrants peinent à se faire une place.

«L'absence de concurrence chez les particuliers s'explique beaucoup par le faible intérêt financier. Dans l'électricité, un changement de fournisseur se solde par une réduction de la facture de 4 % au maximum: c'est trop peu pour être incitatif», commente Stéphane Mialot, le directeur des services au Médiateur national de l'énergie. Peut-on imaginer une évolution à court ou moyen terme? «Les fournisseurs d'électricité ont peu de latitude pour être vraiment concurrentiels, reprend Stéphane Mialot. Entre les différentes taxes, les coûts d'acheminement et le prix de gros de la fourniture, près de 90 % de la facture est réglementée, c'est-à-dire à un prix identique fixé par les pouvoirs publics. La concurrence ne peut jouer que sur les 10 % restants. Ils n'ont donc quasiment pas de marge de man½uvre.»

Peu de place aux fournisseurs alternatifs

Dans ce contexte, de nombreux observateurs remettent clairement en cause l'ouverture à la concurrence du marché du gaz et de l'électricité.«Dans les télécoms, on assiste à des ratés techniques mais au moins les prix baissent. Dans l'énergie, non seulement les tarifs grimpent, mais les clients craignent souvent qu'un changement de fournisseur entraîne des problèmes d'alimentation», souligne un expert. Un changement de fournisseur parfois trompeur si l'on tient compte que les deux ex-monopoles, EDF et GDF Suez, ont chacun gagné 3 à 4 % du marché de l'autre, laissant encore moins de place aux challengers, Altergaz, Antargaz, Energem, Alterna, Direct Énergie, Enerest et autres Enercoop.

Aux yeux de Céline Alléaume, consultante au sein du cabinet Kurt Salmon, l'analyse de l'ouverture du marché dépend d'abord du segment considéré - industrie, tertiaire ou résidentiel: «Pour la fourniture à l'industrie, les énergéticiens se livrent depuis longtemps une bataille sans merci. Le tertiaire rentre peu à peu dans cette phase de concurrence, avec des acteurs obligés d'intégrer les hypothèses haussières du coût de l'énergie.»

Par ailleurs, l'efficacité énergétique - consommer à la fois moins et mieux - est devenue primordiale, indique Céline Alléaume: «Les fournisseurs de gaz et d'électricité sont jugés de plus en plus sur leur capacité à offrir des services associés. Pour les clients résidentiels, le maintien des tarifs réglementés freine effectivement la concurrence mais il est normal qu'un marché de 33 millions de clients fasse lentement sa mutation.» Les nombreux ajustements requis par la fin des monopoles «sont indispensables pour connaître la vérité sur les coûts de l'énergie», poursuit Céline Alléaume. «Parallèlement, la rivalité entre les fournisseurs contribue à la recherche d'une excellence opérationnelle que personne ne peut regretter.»

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  • paumont1 le lundi 2 juil 2012 à 11:07

    en ce qui concerne la baisse des tarifs télécoms , je voudrais rappeler le temps du monopole. en 1971 tarif d'une comm états unis: 35 taxe de bases au décrochage, et 1 taxe de base toute les 0.7 secondes en 1985 1 taxe au décrochage et 1, 7 secondes de palier donc la baisse était inéluctable et n'est pas lié a une pseudo concurrence qui n'existe pas, les tarifs de france télécom ne pouvant être baissés qu'avec accord de l'autorité de régulation, laquelle refuse souvent au nom de la concurrence

  • ChTiss le lundi 2 juil 2012 à 10:29

    Beaucoup trop d'intervention des politiques qui n'ont pas manqué de créer immédiatement une "pompe à fric" de plus avec les Syndicats Départementaux d'Electrification sous l'égide des Conseils Généraux. Comme il y a un siècle mais avec moins de bonheur et plus de cupidité.

  • M6860185 le lundi 2 juil 2012 à 09:52

    @paumont : l'absence de concurrence coute encore plus cher. Et le domaine des télécoms que vous citez a vu une baisse des prix considérable.

  • paumont1 le lundi 2 juil 2012 à 09:11

    j'ai toujours pensé que la pseudo-concurrence était une ânerie dans le domaine des télécoms comme dans celui de l'énergie, plus généralement d'ailleurs dans les secteurs structurants, mais ce qui est pire c'est que tout les experts savaient que la concurrence dans l'énergie ferait augmenter les prix, et c'est ce qui s'est passé....dommage, nos technocrates (ces ânes diplômés !) ont réussi