Cigarettes : la hausse des prix fait enfin chuter les ventes

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Pour la première fois depuis des années, le marché décroche de 3,5 % sur six mois. Manque à gagner pour l'État.

Les hausses de prix à répétition ont fini par transformer le marché du tabac. Stables depuis plusieurs années, les ventes de cigarettes ont en effet baissé de 3,5 % sur les six mois qui ont suivi le 17 octobre dernier. Ce jour-là, le paquet de Marlboro, le plus vendu en France, a augmenté de 5 %, à 6,20 euros, soit 90 centimes de plus qu'en 2008.

Pour la première fois depuis cette année-là, la baisse des ventes observée les trois premiers mois (-5,1 %) suivant le changement de prix annuel s'est poursuivie pendant les trois mois suivants (-2 %). L'équilibre trouvé depuis le milieu des années 2000 entre Bercy, industriels du tabac et buralistes s'est rompu. Jusque-là, les hausses de prix régulières et modérées (+6 % quasiment tous les ans) ne faisaient pas chuter les ventes. Du coup, l'activité des industriels et des commerçants se maintenait ; il s'est ainsi vendu 55,6 milliards de paquets de cigarettes en 2010, autant qu'en 2005. Dans le même temps, les caisses de l'État se remplissaient chaque année un peu plus. La vente de tabac a rapporté 13,6 milliards d'euros de taxes et TVA l'an passé.

Si la baisse des ventes réjouira les antitabac et le ministère de la Santé, qui ont eu toujours milité pour des augmentations de prix annuelles de 10 %, seules à même, selon eux, de dissuader les accros au tabac, elle pourrait bien inquiéter Bercy. Avec la hausse de prix d'octobre, l'État espérait gagner 690 millions d'euros de plus entre octobre 2011 et fin 2012, en tablant sur des ventes stables. «Avec une baisse des volumes de 3,5 %, le manque à gagner pour l'État pourrait être de 510 millions d'euros sur les 690 millions escomptés», calcule un acteur du marché.

Nouvelle hausse en octobre

Ce manque à gagner est aggravé par un changement de comportement des fumeurs. Ces derniers délaissent les cigarettes pour le tabac à rouler vendu en blague (dont les ventes ont augmenté de 0,9 % depuis octobre) et le tabac à tuber, conditionné en pot (+25,8 %). «Une cigarette fabriquée avec le tabac à tuber est 55 % moins chère qu'une cigarette industrielle», explique un professionnel. Or le tabac à rouler rapporte deux fois moins à l'État que les taxes sur les cigarettes. «Au rythme actuel, les tabacs à rouler et à tuber ne rapporteraient que 90 millions d'euros supplémentaires à l'État entre octobre 2011 et fin 2012», selon un acteur du marché.

Buralistes et industriels craignent une flambée des achats transfrontaliers et de la contrebande. Depuis octobre, les ventes chutent nettement près des frontières italienne (-3 %), belge (-10,8 %) et allemande (-13,1 %). Une étude commandée par Bercy estime que 15 % des cigarettes fumées en France sont achetées à l'étranger et 5 % sur le territoire via des systèmes organisés de contrebande.

Les cigarettiers s'inquiètent de l'impact des mesures programmées par le gouvernement en place. Elles prévoient en octobre prochain une hausse cumulée des taxes et de la TVA, qui aurait un impact de 7,6 % sur le prix, soit 40 à 50 centimes par paquet. Les industriels espèrent convaincre le futur gouvernement du double impact contre-productif d'une telle décision, à la fois sur les comptes publics et sur le moral et les finances des électeurs à faible pouvoir d'achat...

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