Chypre: une ville au milieu des vergers, au coeur des négociations

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L'église grecque orthodoxe de Saint Mamas, à Morphou, le 2 novembre 2016 ( AFP / Florian CHOBLET )
L'église grecque orthodoxe de Saint Mamas, à Morphou, le 2 novembre 2016 ( AFP / Florian CHOBLET )

Lorsque les dirigeants chypriote turc et grec se réuniront lundi pour des pourparlers décisifs visant à mettre fin à 42 ans de division sur l'île méditerranéenne, la ville de Morphou sera au cœur des négociations.

Nichée dans un océan de vergers près de la côte nord de Chypre, Morphou --Güzelyurt en turc-- avait autrefois une population essentiellement chypriote grecque, qui détient toujours des propriétés sur ces riches terres agricoles.

Aujourd'hui, elle est peuplée de 18.000 Chypriotes turcs, dont certains y vivent depuis plus de quatre décennies.

C'est le 14 août 1974 que tout a basculé, au moment où les troupes turques ont envahi la partie nord de l'île, après une tentative de coup d'Etat visant à rattacher le pays à la Grèce. "C'était l'été, nous dormions avec les fenêtres ouvertes", se souvient Ourania Peletie, âgée de 18 ans à l'époque.

"J'ai entendu un bruit (...) et vu des avions dans le ciel. J'ai réveillé mon père, nous avons pris quelques affaires et en dix minutes, nous avons fui."

Un homme joue de l'harmonica sur la place de Morphou, ville qui appartient à la partie turque de Chypre
Un homme joue de l'harmonica sur la place de Morphou, ville qui appartient à la partie turque de Chypre ( AFP / Florian CHOBLET )

L'invasion turque fut le point culminant d'années de violence entre les deux communautés, qui ont fait des centaines de morts et des milliers de disparus de part et d'autres. Depuis, la Turquie contrôle 36% de l'île, dont Morphou.

Pour Ourania, l'exil n'a jamais pris fin.

Après avoir fui avec sa famille vers Limassol, la grande ville de la côte sud, elle a rejoint la capitale Nicosie, où elle travaille aujourd'hui dans un cabinet d'avocats.

Dans les locaux du conseil des exilés de Morphou - dont elle est membre - à Nicosie, Ourania montre à l'AFP des photos en noir et blanc du festival de l'orange, célébration annuelle avant 1974.

Elle espère que les pourparlers qui s'ouvriront lundi en Suisse ramèneront la région de Morphou sous contrôle chypriote grec. Si c'est le cas, elle affirme qu'elle retournera dans sa ville d'enfance. "Je vis à Nicosie, mais ma maison est à Morphou", souligne-t-elle.

- 'Tout abandonné' -

Du 7 au 11 novembre, le président chypriote grec Nicos Anastasiades et le dirigeant chypriote turc Mustafa Akinci aborderont pour la première fois la question des arrangements territoriaux, l'une des plus épineuses.

Ramadan Kandulu et sa femme Gonul regardent les photos de famille dans leur maison à  Bostanci, près de Morphou
Ramadan Kandulu et sa femme Gonul regardent les photos de famille dans leur maison à Bostanci, près de Morphou, le 1er novembre 2016 ( AFP / Florian CHOBLET )

Le gouvernement chypriote grec a assuré à plusieurs reprises que Morphou reviendrait sous son contrôle en cas d'accord. Mais cela impliquerait de nouveaux déplacements de la population chypriote turque de la ville, dont une grande partie est elle même réfugiée d'autres régions de l'île.

Ainsi, Ramadan Kandulu, comptable à la retraite de 70 ans, affirme n'avoir jamais choisi de venir à Morphou. En 1974, lui et sa future femme Gonul vivaient à Kandu, près de Limassol, où ils venaient de construire une maison.

Lorsque les combattants chypriotes grecs ont occupé ce village à majorité turque, la famille de Ramadan a fui vers le nord. "Nous avons tout abandonné", raconte-t-il.

Les autorités chypriotes turques lui ont mis à disposition une maison chypriote grecque abandonnée dans un village près de Morphou.

Il se souvient d'une maison vide et sale. Aujourd'hui, c'est une demeure soignée aux murs recouverts de photos de famille.

Sur le terrain familial, Ramadan s'occupe de milliers d'orangers et grenadiers. Selon lui, la plupart des habitants rejetteraient un accord qui replacerait Morphou sous contrôle chypriote grec.

"Pendant tout ce temps, les gens se sont installés et ont fondé leur vie ici", dit-il. "Je sais que c'est dur pour (les réfugiés de 1974), c'était leur propriété, mais cette question doit être réglée avec des compensations. Nous avions aussi des terres que nous avons abandonnées dans le sud".

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