Chypre : un point complet sur les conséquences du plan de sauvetage

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Samedi, l'Eurogroupe a annoncé qu'un accord avait été conclu pour le sauvetage de Chypre. La Troïka (BCE, Union Européenne et FMI) aurait accepté de prêter une somme de 10 Md EUR à l'Etat chypriote. D'abord évalué à 17 Md EUR, le montant de l'aide a été revu à la baisse, notamment sous la pression de Berlin. La différence est dûe à une taxe exceptionnelle sur les dépôts bancaires des particuliers et des entreprises. En échange de ces prélévements, les déposants recevront des titres bancaires. La validation de ce plan draconien par le parlement chypriote, initialement prévu hier a été repoussé à aujourd'hui puis finalement à demain 18h. Le gouvernement va sans doute essayer de renégocier le contenu, notamment cette taxe exceptionnelle qui provoque la colère, contenue, du Kremlin. En effet, Chypre est connue pour être une base arrière des oligarques russes dont les dépôts atteindraient 20 Md EUR sur les 70 Md EUR que contiennent les banques du pays.

Les principales mesures du plan de sauvetage de Chypre sont les suivantes :

  • - Une taxe importante sur les déposants, résidents et non résidents. Elle est de 6,75% pour les dépôts de moins de 100 000 EUR et de 9,90% au delà.
  • - Les porteurs d'obligations subordonnées bancaires seront mis à contribution.
  • - Pour le moment, il n'est pas prévu de faire participer les détenteurs d'obligations "seniors" des banques chypriotes, ni les détenteurs d'obligations souveraines comme cela avait été le cas en Grèce.
  • - L'impôt sur les entreprises va passer de 10% à 12,5%.
  • - Les taxes sur les revenus du capital vont être augmentées.
  • - Un audit sur le blanchiment d'argent va être lancé. Il vise surtout les dépôts russes très importants.
  • - Une série de privatisation.

La plupart des mesures citées ci-dessus étaient prévues, à part la taxe des dépôts bancaires. Cette taxe devrait rapporter 5,8 Md.

Le secteur bancaire chypriote est très important par rapport à l'économie locale. En effet, les dépôts sont estimés à 70 Md EUR alors que le PIB du pays est de 17 Md EUR. Ce déséquilibre fait que les autorités européennes soupçonnent Chypre d'être un centre important de blanchiment d'argent. D'autant que 45% des dépôts sont issus de l'étranger, dont environ 20 Md EUR sur les 70 Md EUR venant de Russie (d'où les propos acerbes de M. Poutine sur le sujet). Au final, cette décision vise donc à pénaliser le manque de transparence des liens entre les banques chypriotes et les oligarques russes tout en diminuant l'effort que devra consentir la Troïka, en accord avec les souhaits de Mme Merkel.

S'il était approuvé, mais ce n'est pas du tout certain, ce plan devrait ramener le ratio de Dette sur PIB chypriote entre 110% et 125% alors que le plan précédent de 17 Md EUR n'aurait ramené ce ratio qu'à 145%.

Les prochaines étapes du plan de sauvetage chypriote

Les mesures agressives, notamment la taxe sur les dépôts bancaires, sont là pour rassurer les gouvernements allemands, néerlandais et finlandais qui sont très réticents à recapitaliser le secteur bancaire de Chypre. Toutefois, il n'est pas du tout certain que les parlements de ces pays accepteront le plan malgré ces "garanties". La hauteur de la participation du FMI et l'implication ou non de la Russie seront également déterminantes pour faire passer la pilule chypriote aux pays européens.

La vraie question est surtout de savoir si le parlement chypriote va voter ou non ce plan. Le fait que le vote ait été repoussé à demain soir inquiète les marchés. Nicos Anastasiades, le président récemment élu avait pourtant promis qu'une telle taxe ne verrait pas le jour. Mais il n'a pas eu trop le choix puisque l'Europe a menacé de retirer des banques chypriotes toutes les liquidités venant de l'ELA (Emergency Liquidity Assistance) de la BCE, ce qui aurait provoqué des faillites bancaires et des pertes bien plus importantes pour les déposants. De l'autre côté, les russes vont sans doute menacer de retirer tous leurs dépôts, bien qu'ils s'étaient montrés prêts au premier abord à renégocier les termes du prêt de 2,5 Md EUR accordé à Chypre, en terme de maturité et de taux d'intérêt. Bref, la marge de manoeuvre s'annonce bien mince pour le président Anastasiades.

Conséquences sur les marchés obligataires

Les obligations chypriotes 2020 offrent actuellement un rendement annuel de 10,40% tandis que les obligations juin 2013 cotent 88% du pair (i.e elles cotent 88 pour un prix de remboursement de 100 en juin prochain).

Si le plan est voté en l'état, les obligations chypriotes de court terme devrait s'apprécier, notamment les obligations juin 2013 qui devraient remonter en flèche vers le pair (soit 100). Par ailleurs, les craintes d'un plan similaire dans d'autres pays devraient pousser légèrement les taux italiens et espagnols vers le haut et faire baisser les taux de rendement des Bunds allemands.

Si les discussions se poursuivent trop longtemps et que l'incertitude s'installe, les obligations chypriotes seront fortement pénalisées. Même les obligations de très court terme comme les juin 2013 pourraient rapidement baisser à 70/75% du pair selon les analystes de JP Morgan. Les Bunds allemands s'apprécieraient tandis que les autres dettes périphériques verraient leurs prix baisser et donc leurs taux remonter.

Toutefois, étant donné la taille réduite du marché de la dette chypriote et la protection que représente l'OMT de la BCE, ces mouvements devraient rester modestes... Tout comme pour l'Italie, nous ne pensons pas que la crise actuelle à Chypre puisse désormais provoquer les mouvements de paniques que l'on a connu en 2011 et 2012 au moment des crises sur les dettes grecques et espagnoles. En effet, la BCE est désormais un prêteur en dernier ressort des Etats et les marchés ont intégré cette nouvelle donne.

Les conséquences seraient plus profondes si la BCE mettait à exécution sa menace de retirer les fonds de l'ELA des banques du pays ou si la situation politique devenait trop chaotique.

Conclusion

Ce plan fait naître des rsiques extrêmes pour Chypre, comme le prouve les discussions sur une sortie de la Zone Euro. Par ailleurs la taxe exceptionnelle sur les dépôts fait naître des risques de contagion aux autres pays périphériques. Mais il semblerait que le FMI et l'Union Européenne aient jugé que Chypre est suffisamment petit et que son secteur bancaire est suffisamment isolé du reste de l'Europe pour que la contagion n'ait pas lieu. D'ailleurs, le commissaire européen a enfoncé le clou en disant que comme le PSI en Grèce, cette taxe des dépôts des comptes bancaires chypriotes ne serait pas appliquée à d'autres pays.

Toutefois, bien qu'elle soit spectaculaire par son côté très directe, cette taxe n'est pas très différente de celles appliquées en Grèce. Par ailleurs, les baisses de salaires, de retraites, et hausse de TVA qu'ont eu à subir les grecs sont peut être plus dommagables à long terme pour l'économie du pays et la population...

Au final, après plusieurs années de gestion de crises de dettes souveraines, le FMI et l'Union Européenne ne veulent plus tergiverser et ont décidé de prendre le taureau par les cornes. Certes, ces mesures sont spectaculaires, mais finalement, elles pourraient permettre de faire de Chypre un cas plus proche de l'Islande que de la Grèce et donc accélérer sa remise sur pied plutôt que de l'enliser dans une longue période de récession douloureuse pour toute la population comme ce fût le cas pour la Grèce...


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