Chypre: négociations cruciales en Suisse pour réunifier l'île

le , mis à jour à 10:23
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Le président chypriote Nicos Anastasiades (d) et le président chypriote turc Mustafa Akinci lors de la reprise des négociations pour la réunification de l'île, le 20 novembre 2016 au Mont Pèlerin, en Suisse ( AFP / FABRICE COFFRINI )
Le président chypriote Nicos Anastasiades (d) et le président chypriote turc Mustafa Akinci lors de la reprise des négociations pour la réunification de l'île, le 20 novembre 2016 au Mont Pèlerin, en Suisse ( AFP / FABRICE COFFRINI )

Des pourparlers cruciaux pour la réunification de Chypre ont repris dimanche en Suisse, sous l'égide de l'ONU, pour tenter de mettre fin à 42 ans de division de l'île méditerranéenne.

Le président chypriote Nicos Anastasiades et le leader chypriote turc Mustafa Akinci, qui négocient depuis mai 2015, se sont retrouvés dans un grand hôtel de la ville de Mont Pèlerin, au bord du lac Léman, où ils avaient déjà eu 5 jours de discussions du 7 au 11 novembre.

"Et maintenant, la discussion commence", a annoncé à 09h15 (08h15 GMT) un porte-parole de l'ONU en faisant sortir les journalistes de la salle où les deux délégations étaient assises de part et d'autre d'une grande table.

Cette session doit durer deux jours, a précisé le porte-parole Aleem Siddique.

La question sensible des arrangements territoriaux sera à nouveau au coeur des pourparlers.

A l'issue de la précédente rencontre, l'ONU avait parlé de "progrès importants", mais aucun détail sur un éventuel accord n'avait filtré. Les deux dirigeants se sont donné jusqu'à la fin de l'année pour trouver un arrangement.

Des Chypriotes turcs manifestent pour la paix entre les deux parties de l'île, le 18 novembre 2016 dans le nord de
Des Chypriotes turcs manifestent pour la paix entre les deux parties de l'île, le 18 novembre 2016 dans le nord de Nicosie ( AFP / Birol BEBEK )

"Ils sont clairement dans la phase finale des négociations et ne peuvent pas les faire durer plus longtemps", a estimé Hubert Faustmann, professeur de sciences politiques à l'université de Nicosie.

"Ils devraient pouvoir finaliser l'aspect territorial là-bas (en Suisse) ou alors avoir, au maximum, un autre round de consultations", a-t-il dit à l'AFP.

La question de la division de Chypre est l'un des plus vieux conflits au monde, et plusieurs tentatives de réunification ont échoué, la dernière remontant à 2004.

Chypre est divisée depuis que l'armée turque a envahi en 1974 la partie nord de l'île en réaction à un coup d'Etat visant à rattacher le pays à la Grèce, une menace pour la minorité turcophone. Cette invasion a été provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes entre le nord et le sud, qui ont dû abandonner tous leurs biens du jour au lendemain.

Depuis, la République de Chypre, membre de l'UE depuis 2004, n'exerce son autorité que sur la partie sud, où vivent les Chypriotes grecs. Les Chypriotes turcs habitent dans le nord, où une République turque de Chypre du Nord (RTCN) a été autoproclamée et n'est reconnue que par Ankara.

- Ville disputée -

Les deux délégations réunies à Mont Pèlerin ont pour mission de dessiner une carte avec des frontières internes délimitant les deux entités --chypriote turque et chypriote grecque-- qui formeront la future fédération. Ils doivent aussi régler la question de la spoliation des biens.

Le président Anastasiades souhaite que le retour d'au moins 100.000 Chypriotes grecs dans les propriétés qu'ils avaient dû quitter.

De leur côté, les Chypriotes turcs veulent voir le moins possible de personnes quitter leur foyer.

Les deux dirigeants seraient proches d'un accord sur la part de l'île revenant à l'entité chypriote turque, M. Akinci suggérant environ 29% et M. Anastasiades proposant 28%. Bien que largement minoritaires, les Chypriotes turcs contrôlent actuellement 36% de l'île.

Le sort d'un certain nombre de villes ou villages divise cependant les deux camps, comme Morphou, dans le nord.

Chypre, une île divisée depuis 1974
Chypre, une île divisée depuis 1974 ( AFP/Archives / Paz PIZARRO, Aude GENET )

M. Anastasiades veut voir cette localité, peuplée avant 1974 de Chypriotes grecs, revenir à ses anciens habitants, mais M. Akinci refuse que ses 18.000 habitants actuels, des Chypriotes turcs, soient obligés d'abandonner leurs foyers.

Il a toujours été admis qu'en cas de solution, une partie des terres ou des maisons dans le nord sera restituée aux propriétaires chypriotes grecs.

Mais plus de 40 ans ont passé depuis la division et les Chypriotes turcs ont fait leur vie dans ces propriétés, rendant inconcevable un éventuel départ.

Des Chypriotes turcs spoliés de leurs biens dans la partie sud de l'île espèrent également récupérer leurs terres ou être indemnisés.

En cas de règlement du dossier territorial, les discussions devront se poursuivre avec les trois "garants" de la sécurité de Chypre: la Turquie, la Grèce et la Grande-Bretagne, qui dispose de bases militaires dans l'île.

Tout accord sera soumis au vote par référendum dans chacune des deux parties de l'île, où ces pourparlers de paix ne font pas l'unanimité.

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