Chypre : les marchés craignent la généralisation des "Bail-In" en Europe

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Les marchés financiers craignent que Chypre marque un virage dans la crise des dettes souveraines en Europe et que les Bail-In remplacent dorénavant les Bail-Out. Dans un Bail-In, tous les créanciers, qu'ils soient seniors (c'est à dire détenteurs d'obligations classiques) ou juniors (c'est à dire détenteurs d'obligations subordonnées), mais aussi les plus gros épargnants, sont fortement mis à contribution pour sauver les banques, avant que l'argent public ne fasse son entrée dans le processus du sauvetage d'une banque. C'est donc l'inverse du Bail-Out dans lequel l'argent public, parfois aux côtés des créanciers subordonnés, sert à renforcer le système bancaire d'un pays ou une banque en particulier. Le sauvetage de Chypre a donc des répercussions psychologiques qui n'étaient pas prévues et s'avère être un problème plus compliqué que ce à quoi s'attendaient les politiques européens...

Le Bail-Out semble de plus en plus être un outil du passé pour les investisseurs alors que le Bail-In représenterait l'avenir. Cela fait peur aux investisseurs et aux marchés et expliquent en partie la glissade des indices boursiers du jour. Ceci a été alimenté par plusieurs responsables politiques européens, sitôt démentis par... d'autres responsables politiques européens. Bref, en plus de l'idée en elle même, sur la forme, l'Europe inquiète en retombant dans ses travers passés...

Par exemple, Gunnar Hokmark, un membre suédois du Parti Populaire Européen (chrétien-démocrate), influent au Parlement Européen, a déclaré mardi dans une interview à l'agence de presse Reuters qu'il souhaitait inscrire le Bail-In dans la loi et qu'il "faut pouvoir faire un 'bail-in' avec les dépôts aussi". Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe des ministres des Finances, a pour sa part déclaré lundi que l'Union Européenne pourrait solliciter les banques elles-mêmes pour se recapitaliser avant de demander une contribution : aux actionnaires, aux créanciers obligataires et "si nécéssaire" aux déposants non-garantis (i.e les dépôts au dessus de 100 000 EUR).

La probabilité de voir la participation des gros déposants à la recapitalisation des établissements financiers en diffculté inscrite dans la loi au niveau européen devient donc non négligeable.

Pourtant cette idée de Bail-In n'est pas nouvelle et avait déjà été mentionnée par les autorités de contrôle européennes ET américaines qui souhaitaient la mettre en oeuvre afin de résoudre le problème des établissements "too big to fail"...

Par ailleurs, les dirigeants européens ne mentent pas quand ils parlent de Chypre comme d'un cas unique. En effet, au moins deux caractéristiques des dépôts, propre à Chypre empêchaient de trouver d'autres solutions : la source des fonds déposés (la Russie) et la taille de ces dépôts (600% du PIB de Chypre, ce qui excluait que l'Etat puisse assumer seul le coût de la recapitalisation). Dans le cas de l'Espagne par exemple, encore récent, le "Bail In" n'a pas été utilisé.

Néanmoins, la confiance jusqu'ici inébranlable des investisseurs depuis l'annonce de l'OMT l'été dernier commence à se fissurer. Le cas chypriote est de plus en plus problématique pour les pouvoirs publics européens dont la communication part à nouveau un peu dans tous les sens. Monsieur J.Dijsselbloem serait d'ailleurs sur la sellette après ses déclarations. Selon la presse, il ne regrette cependant pas ses propos, persiste et signe et déclare que le sauvetage de Chypre s?intègre dans une nouvelle approche même si ce n'est pas un modèle pour l?avenir...

Bluff ou non, Chypre pourrait effectivement marquer un virage dans la manière dont seront traité les sauvetages bancaires en Europe dans l'avenir. Reste à savoir si c'est un virage à 60, 90 ou 180 degrés...


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