CHRONOLOGIE des négociations entre Syriza et les "institutions"

le , mis à jour à 07:13
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ATHENES, 28 juin (Reuters) - Tirant les conséquences de l'annonce surprise d'un référendum en Grèce, les ministres des Finances de l'Eurogroupe ont pris acte samedi de la rupture unilatérale des négociations à l'initiative d'Athènes et refusé de prolonger l'actuel programme de renflouement, qui expire mardi, le jour où la Grèce, à court de liquidités, est censée rembourser 1,6 milliard d'euros au FMI. Le tournant intervenu ce week-end, empêchant le déblocage d'une dernière tranche d'aide financière, ouvre donc la voie à un défaut grec dès mardi et risque d'enclencher un processus inédit de sortie d'un pays de l'union monétaire. Retour sur cinq mois de négociations intenses entre le gouvernement grec issu du parti de la gauche radicale Syriza, ses créanciers et ses partenaires de la zone euro. Le 25 JANVIER, Syriza remporte les élections législatives anticipées. "La Grèce laisse derrière elle une austérité catastrophique, elle laisse derrière elle la peur et l'autoritarisme, elle laisse derrière elle cinq années d'humiliation et d'angoisse", proclame son chef de file, Alexis Tsipras, devant ses partisans. Son gouvernement de coalition, formé avec les souverainistes de droite du Parti des Grecs indépendants (ANEL), annonce un gel du programme de privatisations. Tsipras et son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, un économiste qui détonne dans les cercles financiers, font le tour des capitales européennes pour exposer leur projet: négocier un allègement de la dette grecque pour parvenir à un accord viable et "mutuellement bénéfique" avec les créanciers d'Athènes. A Berlin, le 5 FEVRIER, l'entretien entre Varoufakis et son homologue allemand Wolfgang Schäuble se passe mal. "Nous ne nous sommes même pas mis d'accord sur notre désaccord", déclare le premier. Le second juge que les promesses qui ont mené Syriza au pouvoir ne sont pas réalistes. Le 20 FÉVRIER, un tournant est franchi lorsque les ministres des Finances de l'Eurogroupe, réunis pour la troisième fois en moins de deux semaines, concluent un accord de principe sur une prolongation de quatre mois de l'aide financière dont bénéficie la Grèce en échange de promesses du gouvernement Tsipras de ne remettre en cause aucune réforme clé et d'honorer ses engagements financiers. Le déblocage de la dernière tranche d'aide, de 7,2 milliards d'euros, est toutefois conditionné à une liste de réformes que le gouvernement grec s'engage à présenter dans les plus brefs délais auprès des "institutions" (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire internationale) qui remplacent, dans la terminologie officielle, la "troïka" honnie à Athènes. ID:nL5N0VU1O8 Mais les négociations entre Athènes et ses créanciers sur le détail des mesures bloquent. Le relèvement de la TVA, la réforme des retraites et celle du marché du travail, les objectifs d'excédent primaire, la volonté grecque d'obtenir une restructuration de sa dette publique (refinancements à des taux plus avantageux, allongement des maturités voire effacement d'une partie du principal) sont autant de points de divergence. ID:nL5N0YR1CJ ID:nL5N0YU1MB Le 24 AVRIL, la réunion de l'Eurogroupe à Riga, en Lettonie, est marquée par un net refroidissement. Les ministres européens avertissent le gouvernement grec qu'il n'obtiendra le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide financière qu'en échange d'un plan de réformes économiques complet et détaillé, et que le délai pour y parvenir est de plus en plus court. A l'issue d'une réunion tendue avec Varoufakis, le président de l'Eurogroupe, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, oppose une fin de non-recevoir à sa requête visant à obtenir des versements anticipés en échange de réformes partielles. Dans les jours qui suivent, alors que les critiques pleuvent sur son ministre des Finances, Tsipras remanie son équipe de négociateurs. La Grèce parvient à s'acquitter de plusieurs remboursements au FMI mais, le 4 JUIN, elle impose à celui-ci de regrouper toutes les échéances du mois, d'un montant total de 1,6 milliard d'euros, au 30 juin. "Le regroupement des paiements n'est pas bon signe, cela va être difficile à partir de maintenant", relève un responsable de la zone euro. En l'absence des 7,2 milliards d'euros d'aides internationales suspendues, la situation est tendue dans un pays dont les caisses se vident sous l'effet de mauvaises rentrées fiscales et qui ne peut se financer sur les marchés. La réunion mensuelle de l'Eurogroupe du JEUDI 18 JUIN se solde par un nouveau constat d'échec. L'UE convoque alors en urgence un nouvel Eurogroupe suivi d'un sommet extraordinaire des dirigeants de la zone euro pour le LUNDI 22 JUIN. Alors que le scénario d'un "Grexit", une sortie de la Grèce de la zone euro, voire de l'Union européenne, est de plus en plus ouvertement évoqué, tout le week-end, les contacts se multiplient entre les protagonistes de la crise. Dans la nuit du 22 au 23 JUIN, nouveau coup de théâtre: l'Allemand Martin Selmayr, le chef de cabinet du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, annonce que les "institutions" ont reçu de nouvelles propositions. "Bonne base pour des progrès au sommet de la zone euro. En allemand, 'eine Zangengeburt' (ndlr, accouchement aux forceps)", twitte-t-il peu après 02h30 du matin (00h30 GMT). Dans les heures qui suivent, un regain d'optimisme sur l'issue des négociations pousse les marchés financiers à la hausse. "Je suis convaincu que nous allons trouver un accord parce que nous devons trouver un accord. Comme on dit sur les terrains de football, on ne peut pas jouer les prolongations", déclare Juncker. L'objectif est désormais de conclure un accord "réformes contre argent frais" lors d'une nouvelle réunion de l'Eurogroupe programmée le MERCREDI 24 JUIN au soir, puis de le faire valider le lendemain, JEUDI 25 JUIN, par les chefs d'Etat et de gouvernement qui se réunissent pour leur Conseil européen d'été. Mais les blocages vont très vite réapparaître. Le fait que le nouveau programme proposé par Athènes repose principalement sur des hausses d'impôts et de cotisations sociales et non sur des économies ne convainc pas les créanciers. "On ne peut pas bâtir un programme sur la seule promesse d'une meilleure collecte des impôts", explique la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, dans un entretien au magazine Challenges. Les partenaires européens de la Grèce proposent le VENDREDI 26 JUIN de débloquer plusieurs milliards d'euros de crédits (jusqu'à 15,5 milliards étalés en quatre versements jusqu'en novembre) à condition que le Parlement grec approuve un plan de réformes prévoyant une réduction des pensions de retraite, de nouvelles baisses de salaire dans la fonction publique, une augmentation de la TVA et la fin des exemptions fiscales dans les îles. En marge du sommet de Bruxelles, Angela Merkel et François Hollande pressent Tsipras d'accepter cette offre qualifiée de "généreuse" par la chancelière allemande Mais pour les Grecs, les contre-propositions des "institutions" sont "absurdes". De retour à Athènes, le VENDREDI 26 JUIN, Tsipras réunit son gouvernement dans la soirée et annonce peu avant minuit qu'il organisera le DIMANCHE 5 JUILLET un référendum pour ou contre la proposition des créanciers de la Grèce. Réuni le 27 JUIN à Bruxelles, l'Eurogroupe "prend note de la décision du gouvernement grec de soumettre une proposition à un référendum qui doit avoir lieu le dimanche 5 juillet, soit après l'expiration du programme en cours" et refuse de prolonger ce programme. "L'accord d'assistance financière en cours avec la Grèce expirera le 30 JUIN 2015 de même que tous les arrangements liés à l'actuel programme grec", ajoutent les ministres. LIEN CHRONOLOGIE des principaux développements de la crise grecque depuis 2009: ID:nL5N0Z60CI (Bureaux d'Athènes et de Bruxelles; Henri-Pierre André pour le service français)

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