Christiane Taubira, une ministre devenue un symbole

le
7
CHRISTIANE TAUBIRA, ICÔNE ET CIBLE
CHRISTIANE TAUBIRA, ICÔNE ET CIBLE

PARIS (Reuters) - La démission de Christiane Taubira signe le départ d'une ministre qui a cristallisé les passions depuis son arrivée à la Justice, où elle est devenue en près de quatre ans une icône pour les uns et une cible privilégiée pour les autres.

Elle a représenté la sensibilité la plus à gauche, en matière sociétale, des gouvernements de Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls, et plus encore depuis que le débat sur la déchéance de nationalité lézarde la majorité.

Ces dernières semaines, elle n'a pas hésité à manifester son opposition au projet de l'exécutif d'inscrire cette mesure dans la Constitution. Et joué ainsi un rôle qu'elle tient depuis plus de 20 ans, celui de personnalité atypique à gauche, rétive à la discipline de parti.

Paria d'une partie de son camp, qui l'accuse d'avoir participé, par sa candidature à la présidentielle de 2002, à l'échec de Lionel Jospin en raison de la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour, l'ex-militante indépendantiste renvoyait aussi l'image d'une pasionaria au fort ancrage local.

Pourtant, il lui suffit de quelques mois, après sa nomination place Vendôme en 2012, pour devenir une personnalité incontournable, parmi les plus populaires du gouvernement, et une cible de la droite, qui la taxe de laxisme.

Christiane Taubira essuie des critiques jusque dans son propre camp, Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, fustigeant son projet de réforme pénale supprimant les peines planchers et instaurant une alternative à la prison.

Mais c'est le même homme, devenu Premier ministre, qui confirme à son poste en 2014 une personnalité auréolée de l'adoption en 2013 de la loi sur le mariage homosexuel, qu'elle a portée face aux manifestations monstres d'opposants.

La fonction de ministre est une "allée pavée d'épines et de rocaille", dit celle qui subit en tant que ministre les "putréfactions verbales" d'un racisme décomplexé.

LIBRE

Comparée à un singe par une candidate Front national aux municipales de 2014 et l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, elle voit des enfants brandir en public une peau de banane à son passage lors du débat sur le mariage homosexuel.

À 63 ans, Christiane Taubira a la réputation d'une femme libre. Surtout connue pour ses combats en faveur de l'égalité des droits, elle vote la confiance au gouvernement Balladur en 1993 et se range derrière Bernard Tapie aux européennes de 1994.

En 2001, elle fait adopter une loi qui reconnaît les traites négrières et l'esclavage comme crime contre l'humanité. En 2012-2013, elle porte, lors d'un marathon parlementaire où elle force le respect de ses adversaires, la loi sur le mariage gay.

"Il y a toujours chez elle la revendication d'égalité dans la dignité, un positionnement anti-discrimination, antiraciste", dit l'ancien porte-parole du Parti radical de gauche Bernard Castagnède, directeur de sa campagne présidentielle en 2002.

Une constante qu'elle lie, dans ses écrits, à ses origines modestes et à sa confrontation, très tôt, à la discrimination.

Les avocats sont séduits par son talent d'oratrice, révélé lors des débats parlementaires sur le mariage homosexuel, quand elle parle sans notes et cite dans le texte René Char, Aimé Césaire ou Paul Eluard.

Une maîtrise de la parole qui lui permet de "renverser des assemblées réservées, voire hostiles", témoignait en 2014 Jean-Marie Burguburu, alors président du conseil national des barreaux.

Économiste sans aucune formation juridique, elle impressionne par ailleurs par sa connaissance des dossiers.

"IDÉES PRÉCONÇUES"

Mais sa popularité s'érode. En février 2014, les magistrats l'accusent d'avoir exercé des pressions pour obtenir la démission du procureur général de Paris nommé par l'ex-majorité, François Falletti. L'opposition dénonce alors son "sectarisme."

Toujours en 2014, les avocats, irrités par l'interception de conversations entre Nicolas Sarkozy et son conseil, Me Thierry Herzog, s'agacent de l'entendre affirmer qu'aucune profession ne peut prétendre à l'impunité.

Pour se justifier dans cette affaire qu'elle qualifie de "feuilleton de mauvaise qualité", elle brandit imprudemment un document censé accréditer sa maigre connaissance du dossier et qui, selon la presse, prouve l'inverse.

La ministre, qui circule à bicyclette, dit "ne pas supporter d'avoir un patron" et ne pas aimer "les médiocres", est aussi victime de sa liberté de ton et de style.

"Madame Taubira a une réputation de quelqu'un de très flamboyant à l'oral. Mais une communication ministérielle doit être un peu cadrée pour être audible", jugeait en 2014 Christophe Régnard, alors président de l'Union syndicale de la magistrature, majoritaire.

Il décrit surtout "quelqu'un avec qui il est très difficile de travailler parce qu'elle a un certain nombre d'idées préconçues".

(Chine Labbé, avec Simon Carraud, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • puck le mercredi 27 jan 2016 à 11:53

    pourvu qu'elle se présente en 2017 afin que l'on soit débarrassé des socialistes dès le 1° tour.

  • M7754549 le mercredi 27 jan 2016 à 11:49

    C'est une puissance de feu quand même, hein!

  • M7754549 le mercredi 27 jan 2016 à 11:47

    C'est mieux que les avions de chasse...

  • M7754549 le mercredi 27 jan 2016 à 11:47

    Purée , encore une page de plus et elle plaît à tous les contrats d'affaires...

  • M7097610 le mercredi 27 jan 2016 à 11:37

    Symbole de caractère, une femme de caractère.Grand respect des professionnels du Droit. Laissez faire Valls le petit caudillo et la democratie sera à terre.

  • bsdm le mercredi 27 jan 2016 à 11:36

    En 4ans :4 chefs de cabinets,une dizaine de conseillers techniques virés :impossible de travailler avec disait mème le syndicaliste !!

  • M940878 le mercredi 27 jan 2016 à 11:31

    trop marrant ! symbole de quoi ?