Christian Parisot (Aurel BGC) : « Nous optons pour un scénario en V »

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Les plans de relance vont permettre un rebond technique de l'activité mais le succès du plan Geithner est loin d'être garanti selon Christian Parisot, économiste chez Aurel BGC.

Les Bourses mondiales ont salué en début de semaine l'annonce des modalités du plan Geithner. Peut-on considérer que ce plan est la bonne méthode pour sortir de l'ornière et que nous sommes à la veille d'un rebond durable sur les marchés ?

Christian Parisot : Il ne devrait pas y avoir de rebond durable. Ce plan Geithner comporte des aspects positifs et d'autres qui le sont moins. D'abord, il devrait permettre aux banques d'alléger leur bilan et peut-être de trouver un prix à leurs actifs illiquides. On incite en tout cas des investisseurs privés à prendre le risque d'acheter ces actifs toxiques en fixant eux-mêmes leur prix d'achat et en recevant la garantie de l'Etat. Ce plan est globalement assez cohérent mais certaines interrogations demeurent : il faudra que les investisseurs privés répondent présent mais aussi que les banques acceptent de vendre « en se coupant un bras », en cédant des actifs à des prix trop faibles.

Les marchés ont l'air d'y croire...

C.P : Ce plan est annoncé dans une tendance haussière avec un retour de confiance sur les bancaires après la série d'initiatives prises pour ramener de la liquidité sur le marché de la titrisation. Mais on ne sait toujours pas comment les banques et les investisseurs vont réagir au plan Geithner.

L'augmentation spectaculaire du bilan de la FED qui va acheter une partie de la dette américaine risque t-elle de relancer l'inflation aux Etats-Unis ?

C.P : C'est une crainte qui existe aujourd'hui mais seulement à moyen terme car la vitesse de la circulation de la monnaie s'est effondrée. Il est vrai qu'à chaque fois que la FED a injecté des liquidités dans le circuit économique depuis 1987, elle ne les jamais reprise par la suite.

Les différents plans de relance sont-ils à la hauteur de la crise économique ?

C.P : La Chine et les Etats-Unis ont mis en place des plans de relance conséquents alors qu'en Europe, il s'agit plus d'amortisseurs à la dégradation de la conjoncture. Mais nous n'avons pas les mêmes problèmes et il est illusoire d'attendre des gouvernements européens la même réaction que celle des autorités américaines. La dégradation de la conjoncture en Europe résulte principalement de la chute des exportations alors que la demande intérieure ne s'est pas effondrée comme aux Etats-Unis. La Chine n'a pas non plus les moyens de relancer le commerce mondial étant donné la faiblesse de son marché intérieur. Seuls les Etats-Unis ont la capacité de relancer le commerce mondial par une relance de leur consommation domestique. C'est la raison pour laquelle les marchés se focalisent principalement sur l'évolution de la situation outre-Atlantique plutôt qu'en Europe.

Quel est votre scénario privilégié ?

C.P : Ces plans de relance vont permettre un rebond technique de l'activité mais le risque d'un scénario à la W avec une rechute n'est pas à écarter. Nous préférons toutefois opter pour un scénario en V. Les chiffres du chômage seront mauvais en 2009 mais on pourrait assister à une atténuation des destructions d'emploi assez rapidement.

Quels indicateurs surveillez-vous en priorité en ce moment ?

C.P : Nous regardons d'abord les indicateurs de confiance des différents acteurs de l'économie. Un repli significatif du prix de l'or serait peut-être le signe d'une baisse de l'aversion pour le risque tout comme un resserrement des spreads sur le marché du crédit, surtout sur les valeurs bancaires. Le rebond technique de l'économie interviendra mécaniquement quand les entreprises auront éclusé leurs stocks.

Dans ce contexte, quelle allocation d'actifs recommandez-vous ?

C.P : A court terme dans un contexte de rebond technique, on peut jouer de préférence les valeurs cycliques plutôt que les valeurs défensives. Nous aimons les valeurs pétrolières qui distribuent des dividendes et génèrent un cash flow important. Si le pétrole rebondit, et on peut imaginer que le baril va poursuivre sa hausse, elles devraient logiquement en profiter. Concernant les valeurs défensives, nous restons favorables aux valeurs télécoms avec un cash flow significatif et un revenu par abonné qui augmente. Si le rebond pourrait profiter aux constructeurs automobiles dont les valorisations ont atteint des niveaux particulièrement faibles, je ne suis pas favorable aux valeurs de ce secteur. Les constructeurs devront probablement réaliser des augmentations de capital et poursuivre leur restructuration.

Propos recueillis par Julien Gautier

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