Christian Parisot (Aurel BGC) : « L’ampleur des annonces a pour but de rassurer les marchés »

le
0
Spectaculaire rebond des Bourses après les présentations des plans européen et américain. Les montants sont énormes pour ne pas laisser la place au doute selon Christian Parisot, économiste chez Aurel-BGC.

Le plan de l’Eurogroupe plafonné à plus de 1.700 milliards d’euros (1.430 milliards de garanties sur les crédits interbancaires et 280 milliards de recapitalisations) a été accueilli avec enthousiasme par les marchés lundi et la hausse s’est poursuivie mardi avec l’annonce du plan américain de recapitalisation des banques à hauteur de 250 milliards de dollars. Que vous inspire l’activisme des autorités publiques des deux côtés de l’Atlantique ? Sommes-nous au début de la sortie de crise selon vous ?

Christian Parisot : Le scénario de panique de la semaine dernière, marqué par une perte de confiance dans le système et amplifié par des facteurs techniques (ventes obligatoires de certains gérants pour récupérer de la liquidité et faire face à leurs engagements), semble effectivement écarté. La grave déprime des marchés a poussé les autorités européennes à aller très loin le week-end dernier pour ramener la confiance. Le signal envoyé au marché est clair : le risque bancaire est transféré vers les Etats. Les montants des garanties sont volontairement énormes pour rassurer le marché même s’il est peu probable que les banques utiliseront en totalité les sommes en jeu. La Société Générale a déjà annoncé mardi qu’elle n’avait pas besoin d’utiliser le « guichet » public qui va être instauré.

Tout de même, l’aggravation de la dette publique des grandes économies occidentales est-elle soutenable ?

C.P : Valait-il mieux un « credit crunch » ou un scénario à la japonaise de croissance nulle pendant plusieurs années ? A court terme, le service de la dette va augmenter mais il ne s’agit pas d’injections gratuites de liquidité. La garantie proposée va être payante. Dans le cas américain, il s’agit d’une dépense publique pour acheter des actifs qui pourront être revendus avec une plus-value.

Pourquoi la baisse concertée des taux mercredi dernier par les grandes banques centrales n’avait produit aucun effet ?

C.P : Parce que les banques n’avaient pas un problème de coût de refinancement mais d’accès à la liquidité.

Le ralentissement sera t-il plus marqué que prévu en Europe selon vous ?

C.P : Les statistiques à venir vont être négatives aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe pour le troisième trimestre. Cela jouera sur la profitabilité des entreprises. Mais les marchés ont déjà anticipé ces mauvaises nouvelles. La question est maintenant de savoir à quel moment du premier ou du deuxième trimestre 2009 la conjoncture va s’améliorer. On évoque déjà un plan de relance en janvier aux Etats-Unis après l’élection du nouveau président. En Europe, les critères de Maastricht risquent d’être mis entre parenthèse pour un certain temps. Des pays émergents aidés par leurs fonds souverains lancent des plans de relance, notamment dans le secteur de la construction. Or, au vu des PE constatés actuellement sur les marchés, les Bourses ont anticipé une récession durable .

Quel pourrait être justement l’ampleur du rebond observé depuis le début de la semaine et quels types de valeurs devraient en profiter le mieux ?

C.P : Vu les niveaux de volatilité observés, un rebond rapide de 20% ne me choquerait pas. La hausse observée depuis lundi ne concerne pas uniquement les valeurs financières. L’éloignement du spectre d’un « credit crunch » éloigne le scénario d’une récession durable et profite directement aux entreprises très endettées. Dans ce contexte, les valeurs cycliques devraient mieux s’en sortir que les valeurs défensives.

Propos recueillis par Julien Gautier


Valeur associée
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant