Chine-Moody's abaisse à "négative" la perspective de sa note

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    SHANGHAI, 2 mars (Reuters) - Moody's Investors Service a 
ramené la perspective de la Chine de "stable" à "négative", 
évoquant les incertitudes quant à la capacité des autorités à 
mettre en oeuvre des réformes économiques, la hausse de la dette 
publique et la contraction des réserves de change. 
    "Sans réformes sérieuses et efficaces, la croissance du PIB  
de la Chine ralentirait de manière plus marquée, une dette 
lourde entravant l'investissement des entreprises et l'évolution 
de la démographie se révélant de plus en plus défavorable. La 
dette publique augmenterait de manière bien plus nette que nous 
ne le pensons actuellement", écrit Moody's mercredi. 
    L'agence de notation s'inquiète non seulement de l'évolution 
des finances publiques chinoises mais aussi de celle des  
réserves de change, qui ont diminué de 762 milliards de dollars 
(702 milliards d'euros) en l'espace d'un an et demi, et elle 
s'interroge sur la volonté réformiste de Pékin.  
    "Les interventions sur les marchés boursiers et des changes 
durant l'année écoulée laissent penser que la stabilité 
économique et financière est aussi un objectif mais des 
incertitudes considérables demeurent sur les priorités des 
autorités", poursuit Moody's. 
    L'agence a toutefois confirmé la note Aa3, estimant que les 
réserves de change de la Chine, qui restent considérables, lui 
donnent le temps de mettre en oeuvre les réformes et de traiter 
peu à peu les déséquilibres économiques. 
    Elle ajoute néanmoins qu'elle pourrait abaisser cette note 
si elle percevait un ralentissement des réformes indispensables 
à une croissance durable et à une gestion saine des finances 
publiques. 
    "Pour l'heure, ce n'est pas encore un signal préoccupant, 
plutôt une évolution négative; c'est ce que Moody's met en 
exergue", observe Trinh Nguyen, économiste de Natixis.  
    "Mais elle (la Chine) a des marges de manoeuvre, ainsi qu'un 
des rapports de la dette au PIB les plus bas parmi les pays 
émergents. Surtout, la Chine a un excédent courant et elle peut 
financer sa propre expansion budgétaire". 
     
    CROISSANCE ALIMENTÉE PAR LE CRÉDIT 
    Les marchés n'ont guère réagi aux annonces de Moody's encore 
que le coût de couverture d'un défaut de la Chine ait légèrement 
augmenté. 
    "Les paramètres -- dette des collectivités régionales, 
sorties de capitaux, baisse des réserves, incertitudes sur 
l'évolution des réformes -- sont déjà bien connus des 
investisseurs et on peut penser que bon nombre d'entre eux les 
ont déjà pris en compte", note Aidan Yao (AXA Investment 
Managers). 
    En abaissant la perspective de la Chine, Moody's a surtout 
tenu compte du stock de dette publique indirecte, celle des 
entreprises publiques, des collectivités locales et régionales 
et des grandes banques publiques telles que l'Agricultural Bank 
of China, la China Development Bank et l'Export-Import Bank of 
China. 
    Alors que Moody's n'évalue la dette publique chinoise qu'à 
40,6% du PIB fin 2015, Standard & Poor's estimait en juillet que 
la dette des entreprises représentait déjà 160% du PIB en 2014, 
deux fois le niveau de celle des Etats-Unis, contre 120% en 
2013. 
    "Le crédit a été souvent mal distribué, trop souvent à des 
entreprises publiques poussives et pas assez à des entreprises 
plus petites et plus performantes", dit Julian Evans-Pritchard 
(Capital Economics). 
    L'agence Fitch signalait de son côté, mercredi les risques 
posés aux banques chinoises par l'accélération de la croissance 
du crédit. 
    "La réduction d'un demi-point du coefficient des réserves 
obligatoires entrée en vigueur mardi, ainsi qu'une croissance 
record du crédit en janvier, pourraient laisser penser que les 
autorités modifient leur politique dans le sens d'une croissance 
davantage alimentée par le crédit", écrivent des analystes de 
Fitch.   
    "Augmenter l'encours de la dette ne fera que retarder, et 
non traiter, une hausse prévisible des créances douteuses".   
     
 
 (Brenda Goh à Shanghaï et Rishika Sadam à Bangalore, avec John 
Ruwitch, Nathaniel Taplin, Michelle Price, Umesh Desai et Elzio 
Barreto; Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par 
Marc Angrand) 
 
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