Chine-Les défauts obligataires, tests pour le secteur financier

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* Les autorités n'empêchent plus tous les défauts obligataires * Pékin en tenaille entre réformes et risques * Les agences de notation continuent d'intégrer un soutien public tacite * Une montée des défauts pourrait affaiblir les bilans des banques par Pete Sweeney et Umesh Desai SHANGHAI/HONG KONG, 16 novembre (Reuters) - La Chine semble prête à laisser se dérouler de nouveaux défauts obligataires dans le cadre de la réforme de ses marchés financiers, même si cet effort de transparence n'est pas sans risque pour les agences de notation, les investisseurs et les banques prêteuses. Le marché obligataire chinois pèse quelque 3.700 milliards d'euros, ce qui en fait le troisième au monde, mais une partie de ce montant concerne des entreprises fragiles, inefficaces, obsolètes ou opaques. Jusqu'à présent, les investisseurs semblent avoir considéré que ces émetteurs bénéficiaient d'une garantie tacite de l'Etat, ce qui a contribué au maintien de rendements faibles et alimenté la demande, notamment après les turbulences de l'été sur les marchés actions, qui ont favorisé la recherche de sécurité. "La Chine continentale bénéficie toujours d'un boom de la dette", explique Mervyn Teo, analyste crédit de Lucror Analytics, tout en soulignant que les défauts récents plaident pour une prudence accrue. Jeudi dernier, China Shanshui Cement 0691.HK a fait défaut sur une émission de deux milliards de yuans (292 millions d'euros); en avril, Baoding Tianwei Baobian Electric 600550.SS avait été la première entreprise publique à faire défaut. Une autre, le courtier en métaux Sinosteel, a reporté le mois dernier le paiement d'intérêts. Tous ces éléments suggèrent que les autorités chinoises, qui ont longtemps tout fait pour éviter des défauts, sont de plus en plus disposées à laisser les émetteurs faire faillite le cas échéant. En dépit de cette évolution, l'écart de rendement (spread) entre les rendements des titres notés AAA AAACCNY5Y= , les plus sûrs, et les titres AA AACNY5Y= , plus risqués, s'est nettement réduit ces derniers mois, ce qui suggère que le marché juge ces derniers moins risqués qu'auparavant ou compte sur le gouvernement, préoccupé par le ralentissement de la croissance économique, pour se montrer plus indulgent, notamment envers le secteur public. DILEMME POUR LES AUTORITÉS "Par le passé, il n'y avait pas de défaut parce que presque tous les émetteurs étaient des entreprises publiques ou soutenues par l'Etat", explique Phillip Li, directeur exécutif de China Chengxin Asia Pacific Credit Ratings. "Ça ne peut pas continuer. Pour que le marché de la dette devienne un marché normal, il faut identifier la mauvaise dette." Cette tâche revient en théorie aux agences de notation mais des professionnels du marché expliquent que la guerre des prix qu'elles se livrent actuellement peut les inciter à attribuer dans certains cas des notes flatteuses pour gagner des clients. De fait, les notes dans leur ensemble sont globalement plus flatteuses pour les entreprises chinoises que pour les étrangères. Les agences de notation locales expliquent que leurs notes prennent en compte les interventions plus fréquentes des pouvoirs publics, un soutien tacite dont ne bénéficient pas les émetteurs étrangers. De leur côté, les autorités chinoises sont aujourd'hui face à un dilemme. Car laisser des "dinosaures" industriels s'éteindre inciterait les agences de notation à dégrader les obligations des entreprises comparables, ce qui pourrait mettre en difficulté les banques, de loin les plus gros créanciers obligataires. A l'opposé, laisser le marché obligataire pérenniser des rendements artificiellement bas pourrait amplifier les surcapacités industrielles et accroître le risque d'une chute des cours et d'une stagnation de l'économie. "Eviter une crise et la propagation du risque systémique est toujours la priorité numéro un du gouvernement", estime Oliver Barron, analyste de la banque NSBO. "Cela signifie que certaines entreprises qui ne devraient pas être renflouées le seront, ce qui perpétuera le risque d'aléa moral actuel et conduira au gaspillage de capitaux." (Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)


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