Chine-Les banques coulantes sur les prêts en arriérés de paiement

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par Shu Zhang et Matthew Miller PEKIN, 19 novembre (Reuters) - Certaines banques chinoises, confrontées à la montée des prêts douteux avec le ralentissement de la croissance économique, renoncent de plus en plus à les faire apparaître dans leurs comptes pour éviter d'avoir à renforcer leurs fonds propres. Le nombre des prêts ayant fait l'objet d'un incident de paiement progresse trois fois plus vite que celui des prêts que les banques reconnaissent comme douteux, selon leurs documents réglementaires. Une bonne partie des prêts en arriérés de paiement sont comptabilisés par les banques à leur valeur faciale même si les arriérés remontent à 90 jours ou plus, le délai retenu par les régulateurs internationaux pour considérer un prêt comme douteux. La montée des prêts aux entreprises de mauvaise qualité fragilise les bilans des banques et plomberait leurs résultats s'ils devaient être déclarés comme non performants et faire l'objet de provisions. "Par le passé, les prêts non performants dépassaient les prêts en retard de paiement", a dit un représentant de la Commission de réglementation bancaire chinoise (CBRC) qui a requis l'anonymat. "Désormais, les prêts en arriérés dépassent les prêts non performants." Selon une étude d'UBS sur les bilans des banques chinoises, les prêts en arriérés de 18 banques cotées qui n'ont pas fait l'objet de provisions ont bondi de 57% à 645 milliards de yuans (94,5 milliards d'euros) sur les six premiers mois de cette année par rapport à la période correspondante de 2014. Les prêts non performants n'ont progressé que de 17% à 692 milliards de yuan. Pour les prêts en arriérés de plus de trois mois, la hausse atteint 166% par rapport au montant de la fin 2014, à 149 milliards de yuan (22 milliards d'euros), le phénomène concernant surtout les banques petites et moyennes non cotées. "La pression à la baisse" sur l'économie pousse les banques chinoises à classer les prêts de manière plus flexible afin d'éviter d'avoir à augmenter le montant des fonds propres destinés à absorber d'éventuels défauts, a dit le représentant de la CBRC. "La qualité réelle des actifs des banques chinoises est pire que celle reflétée par les prêts non performants publiés", a dit Ritesh Maheshwari, analyste du secteur bancaire de Standard & Poor's. EFFET DE DOMINO La question de la reconnaissance par les banques chinoises des prêts douteux ne se posait pas vraiment avant 2012, lorsque le volume des prêts en arriérés de paiement mais non provisionnés était négligeable. Le ralentissement de la croissance a changé la donne en raison des effets en chaîne de la constatation d'un défaut de paiement par un emprunteur. Si une banque déclare le défaut de paiement d'un emprunteur sur une échéance de prêt, l'incident est inscrit dans la base de données de la banque centrale, obligeant toutes les banques à déprécier les prêts consentis à cet emprunteur. Les banques sont réticentes à voir leurs profits plombés par des prêts dont elles pensent qu'ils pourront être remboursés au moins en partie. "Si un prêt en arriérés est classé comme non-performant, alors nous devons le provisionner à 100%", a dit un dirigeant d'une banque chinoise. "Mais il se peut qu'on n'ait pas une perte de 100%. Donc ce n'est pas raisonnable de provisionner autant. C'est un gaspillage de fonds propres." Depuis le mois de septembre, Moody's a commencé à suivre les nouveaux prêts en arriérés de paiement depuis 90 jours au moins afin de mieux apprécier la qualité des bilans des banques chinoises, les prêts non-performants ne permettant pas d'avoir une vision globale, a dit Christine Kuo, une analyste de l'agence de notation. (Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

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