"Cherche repreneur désespérément": la transmission d'entreprise, enjeu crucial pour l'emploi

le , mis à jour à 11:20
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Chaque année, des milliers d'entreprises disparaissent en France. Avec la crise, nombre de fleuristes ferment leurs portes, faute de retrouver des repreneurs ( GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / Brad Barket )
Chaque année, des milliers d'entreprises disparaissent en France. Avec la crise, nombre de fleuristes ferment leurs portes, faute de retrouver des repreneurs ( GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / Brad Barket )

Des affiches "à céder" placardées sur des vitrines vides: chaque année, des milliers d'entreprises disparaissent en France, faute d'avoir trouvé des repreneurs. Un problème qui risque de s'accentuer avec l'arrivée à l'âge de la retraite de plus en plus de petits patrons.

A 67 ans, Martine Gervais-Jourde aimerait enfin pouvoir prendre sa retraite. Mais cette fleuriste de Malestroit (Morbihan), qui n'emploie plus qu'une salariée, est contrainte de poursuivre, ne trouvant ni repreneur pour son affaire, ni acheteur pour le bâtiment qui abrite son magasin.

"Reprendre un petit commerce en centre-ville, ce n'est même pas la peine", souffle-t-elle. "Les fleuristes ferment à tour de bras, la crise a tout changé", ajoute-t-elle.

Comme elle, des milliers de petits patrons éprouvent d'infinies difficultés à passer la main, et poursuivent de fait leur activité. Un phénomène particulièrement problématique dans le secteur du petit commerce, tandis que pour les autres types de PME, les cédants sont moins nombreux.

"On estime que sur 185.000 entreprises qui pourraient être mises chaque année sur le marché, seules 60.000 le sont vraiment", explique à l'AFP la députée socialiste Fanny Dombre-Coste, auteur en 2015 d'un rapport remis au gouvernement sur la transmission d'entreprises. "Et parmi elles, seules 30.000 arrivent au bout de la cession, quand 30.000 autres disparaissent", ajoute-t-elle.

Une banderole est apposée chez un buraliste en guise de protestation contre l'introduction des paquets de cigaret
Une banderole est apposée chez un buraliste en guise de protestation contre l'introduction des paquets de cigarettes neutres, à Tulle le 18 septembre 2015 ( AFP/Archives / NICOLAS TUCAT )

Or, ces disparitions sont lourdes de conséquences pour les salariés des entreprises concernées. "Si on pouvait fluidifier le marché de la transmission, on pourrait sauvegarder 750.000 emplois et en créer des milliers d'autres", assure l'élue, qui souligne aussi les risques de "disparition de savoir-faire et de désertification" que font courir ces défaillances.

Le problème préoccupe d'autant plus les pouvoirs publics que la question va se faire plus criante au fur et à mesure du vieillissement de la population de petits patrons.

Dans un rapport réalisé en juin 2016, la Chambre de commerce et d'industrie de Paris Ile-de-France rappelait que 62% des chefs d'entreprises ont plus de 50 ans et que la part de ceux qui ont plus de 60 ans ne cesse de croître. "Dans les dix prochaines années, ce sont 700.000 chefs d'entreprises qui sont susceptibles de céder leur affaire", indique Mme Dombre-Coste.

- Mauvaise préparation -

Les raisons de l'échec des transmissions ? En premier lieu, une mauvaise préparation de ces projets. "Bien souvent, les chefs d'entreprises s'en préoccupent trop tard", déclare la députée, qui estime à "au minimum cinq ans" le délai pour mettre en place une cession.

La banque publique d'investissement BPIfrance estime le délai pour mettre en place une cession à prè
La banque publique d'investissement BPIfrance estime le délai pour mettre en place une cession à près de dix ans ( AFP/Archives / ERIC PIERMONT )

Dans une étude sur les transmissions d'entreprises de taille intermédiaire publiée en 2015, la banque publique d'investissement Bpifrance estimait quant à elle ce délai à près de dix ans, un tel projet impliquant en particulier d'adapter la gouvernance de l'entreprise.

"Il faut se préparer à la transmission, cela ne se fait pas du jour au lendemain", abonde Nathalie Darras, qui a repris l'an dernier Tartaix, une petite société de vente de métaux au détail et d'outillage basée à Paris. Avant d'arrêter son choix, elle a étudié des dizaines de dossiers d'entreprises à céder. "On voit la différence entre ceux qui l'ont préparée et ceux qui ne l'ont pas fait", témoigne-t-elle auprès de l'AFP.

Autre problème: les cédants, en particulier ceux qui partent à la retraite, surévaluent très souvent la valeur de leur entreprise, le montant tiré de la cession constituant souvent une bonne part de leurs futurs revenus.

Enfin, les patrons sont aussi confrontés à des obstacles fiscaux et réglementaires qui les dissuadent pendant longtemps de se lancer dans le projet.

Dans cette optique, les professionnels de la transmission (experts-comptables, notaires, commissaires aux comptes, avocats et Chambre de commerce et d'industrie de Paris Ile-de-France), ont dévoilé lundi au salon Transfair 15 propositions destinées à doper la transmission, allant de la simplification du régime des cessions de valeur mobilière à la suppression ou l'aménagement de l'impôt sur la fortune (ISF), en passant par la facilitation de la transmission d'entreprise aux salariés.

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  • jmlhomme il y a 3 semaines

    il y a tant à dire sur le scandale francais sur l'entrepreneuriat.... Tribunaux incoherents, fisc, droit social.....sans parler des parasites, expert comptables, avocat, Direction du travail, CCI, pole emploi, Banque de France, greffes des tribunaux.....j'ai de quoi écrire un livre hautement demonstratif de l'inimaginable mais vécu et avec les pieces à l'appui sur trente ans d'entreprise.

  • milano12 il y a 3 semaines

    un système fiscal instable des lois en veux tu en voila

  • milano12 il y a 3 semaines

    et surtout cherche pigeons

  • milano12 il y a 3 semaines

    normal pas de porte exorbitant qui n existe pas ailleurs le RSI une folie le loyer délirant les impôts catastrophiques les murs si c est possible hors de prix bienvenue en Frac faillite

  • LongR il y a 3 semaines

    complexité, risque, et peut etre prix de vente trop elevés (mais ce derneir point va se resoudre de lui meme à terme). Voilà ce qu'il faut resoudre.

  • LongR il y a 3 semaines

    @mlaure. Quand tu vois ce que gagne un boutiquier , si t'es rationnel tu optes pour le salariat ou la fonction publique. Mais c'est surtout la perte de liberté qui dissouade. Ce qui attire le boutiquier c'est l'independance, sauf que ce n'est pas vrai : tu es ordre de l'Etat qui definit millimétriquement tout ce que tout dois faire à coup de lois par kilos

  • M2061328 il y a 3 semaines

    Ajoutons que si le repreneur est un/en couple, il devra à ses frais se libérer de la salariée en place, avec les frais et indemnités correspondants - il ne doit pas y avoir du taf pour trois personnes -

  • M2061328 il y a 3 semaines

    Aujourd'hui A 67 ans, Martine Gervais-Jourde vit de son commerce avec sa salariée en charge de fonctionnement - Pourquoi pas de repreneur, la même Martine Gervais-Jourde donne la réponse dans le même § - elle cherche un repreneur pour son fonds de commerce et un pour racheter les bâtiments - le futur acheteur faudra qu'il rembourse un crédit sur le rachat du fonds de commerce et un loyer pour le local (ou un crédit sur l'achat du local) le repreneur ne pourra pas vivre ni survivre

  • LongR il y a 3 semaines

    @jml. La fiscalité est une chose, mais je pense que l'aspect paperasse, risque de voir le RSI te tomber dessus (ce sont des vrais malades) , le fisc qui te traite comme un voleur à priori, les salariés invirables, etc . On a tous autour de nous un exemple d'entrepreneur qui a vecu le cauchemard. Ca fait reflechir avant de se lancer.

  • mlaure13 il y a 3 semaines

    Les nouvelles générations ont pris goût à la facilité, voir l’assistanat à vie…Pourquoi prendre le fardeau que représente un commerce ou entreprise, quand il y a encore qqs patrons et surtout l’État, prêts à le faire ?... ;-(((