Chauffage : le compteur individuel peine à se faire une place

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Ruta Saulyte-Laurinaviciene /shutterstock.com
Ruta Saulyte-Laurinaviciene /shutterstock.com

(AFP) - Banals en Allemagne, au Benelux ou au Danemark, les compteurs individuels de chauffage, qui devront être installés dans les logements collectifs les plus énergivores en France, sont des outils permettant des économies d'énergie inscrits dans la loi depuis 1974, mais qui peinent à se généraliser.

La loi Brottes introduisant un bonus-malus sur la facture énergie, définitivement votée en début de semaine, oblige les immeubles collectifs trop gourmands en énergie à se doter de moyens permettant une individualisation des frais de chauffage d'ici le 1er janvier 2015. Le seuil déclenchant l'obligation est une consommation de 190 kWh/m2, sachant que la moyenne nationale est de 147 kWh/m2.

"Contrairement à l'Allemagne où 97% des logements collectifs sont équipés d'un système permettant d'individualiser la facture de chauffage ou le Danemark avec 91%, la France plafonne à 10%", déplore Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot (FNH), qui pointe "un manque de volonté politique», car "rien ne peut expliquer de tels écarts".

L'obligation d'individualiser les frais de chauffage figurant dans une loi de 1974, force est de constater que la mesure a été peu appliquée. "Elle était peu compréhensible", avance Anne Lefranc, ingénieur à l'Agence de l'environnement et de la maitrise de l'énergie (Ademe). "Les décrets n'ont pas été actualisés pendant très longtemps", relève aussi Renaud Dhont, spécialiste énergie à l'Association des responsables de copropriétés (ARC).

À FNH, "maintenant on souhaite que le gouvernement dise rapidement comment il va aider à la mise en oeuvre du plan et quelles seraient les pénalités, comme l'y oblige une directive européenne".

Pour autant, le débat n'est pas clos sur l'impact d'une individualisation des factures. En 2009, lorsque le gouvernement avait affiché sa volonté de généraliser cette mesure (plan Borloo-Apparu), l'Ademe avançait une réduction de consommation de 15 à 20%.

Aujourd'hui, l'agence table plutôt sur 10%. "Le chiffre de 20% est issu d'une étude de 2006 réalisée sur une poignée de logements, il est surévalué", explique Anne Lefranc.

"Les gains immédiats vont de 15 à 20%", maintient Matthieu Orphelin.

Une mesure parmi d'autres

Raphael Claustre, directeur du Comité de liaison énergies renouvelables (Cler) et spécialiste énergie, est plus prudent: "L'impact de cet outil va de 5 à 20% selon les estimations, il est donc utile, mais pas central".

La mesure est préconisée par le Conseil économique, social et environnemental (Cese) dans son rapport de janvier 2013 sur l'efficacité énergétique.

"Connaitre sa consommation d'énergie réelle, c'est un préalable très important pour faire des économies", souligne Matthieu Orphelin, en rappelant qu'une variation d'un degré dans un logement correspond à un différentiel de consommation de 7%.

À l'Association des responsables de copropriété (14.000 adhérents, 400.000 logements), l'individualisation n'est pas une priorité. "Si on est au-dessus du seuil, ce qui est rare, on bâtit un plan d'action pour passer en dessous", explique Renaud Dhont, via des travaux de rénovation énergétique.

Pour lui, le système de répartiteurs peut générer des économies d'énergie, mais pas forcément des économies financières, en raison du coût de location des appareils et des relevés. "On arrive à 60 à 80 euros par logement par an", avance-t-il.

"Je conteste ce chiffre", réplique Matthieu Orphelin, sur la base de chiffrages du Syndicat, indiquant un coût d'entretien de 45 euros par an (hors frais d'installation de 37 euros) pour 5 répartiteurs dans un appartement de 75 m2. Et un gain net de 67 euros par an sur une facture moyenne de 750 euros, sur la base de 15% d'économies d'énergie.

Pour l'Ademe, où l'on défend l'individualisation, c'est "une mesure parmi d'autres, qui n'est pas miraculeuse", pointe Anne Lefranc, en soulignant "un besoin de pédagogie".

Pour Raphael Claustre (Cler), "il ne faut donc pas se tromper, l'essentiel c'est le grand plan de rénovation du bâtiment que nous attendons depuis des semaines" et que le gouvernement a encore repoussé à fin mars.

ces/fa/jag

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  • lorant21 le lundi 18 mar 2013 à 13:32

    Le GVT a d'autres priorités (plus payantes électoralement): 2 semaines sur le mariage gay, 2 semaines sur la pseudo-"refondation" de l'école. La loi sur la productivité? cela peut attendre. Alors le chauffage..

  • faites_c le lundi 18 mar 2013 à 09:20

    Comme on confie la responsabilité aux pingouins de l'ADEME ou de la FNH dont la compétence technique est extrêmement douteuse (pour ne pas dire inexistante), il est clair que l'on a de grandes chances de progresser! C'est bien de vouloir individualiser les compteurs mais comment fait-on pour les pertes en ligne qui sont proportionnelles à la distance parcourue (en supposant que l'isolation soit correcte)? Les locataires du 10ème doivent-ils payer une pénalité parce qu'ils habitent au 10ème?

  • digby le lundi 18 mar 2013 à 09:09

    France - le pays des lois - non appliquables ou non appliqués !!

  • bordo le dimanche 17 mar 2013 à 18:36

    "Martine économise l'énergie" ! comme le dit idem12, si il suffisait de faire une loi pour régler un problème, il n'y à plus que nos politiques pour y croire et faire semblant de faire quelque chose. Comme c'est facile d'installer des compteurs individuels sur 3 à 4 colonnes montantes de chauffage dans les immeubles anciens pour calculer une consommation par appartement. On voit qu'il s'agit de pingouins n'ayant aucun sens des réalités.

  • idem12 le dimanche 17 mar 2013 à 14:47

    Bof il suffit de faire une loi pour obliger les gens à le faire, on commence à avoir l'habitude dans ce pays...