Chassés du pouvoir, les islamistes manifestent en Egypte

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LES PARTISANS ISLAMISTES DE MOHAMED MORSI MANIFESTENT EN ÉGYPTE
LES PARTISANS ISLAMISTES DE MOHAMED MORSI MANIFESTENT EN ÉGYPTE

par Tom Perry et Alastair Macdonald

LE CAIRE (Reuters) - Les partisans islamistes de Mohamed Morsi, le président égyptien destitué par l'armée à la suite de manifestations de masse, ont appelé à un "vendredi du rejet" afin de dénoncer le "coup d'Etat militaire" et défendre la "légitimité démocratique".

Leurs adversaires libéraux du Front de salut national (FSN) ont également appelé leurs militants à descendre dans les rues pour contrer les rassemblements des pro-islamistes et "protéger la révolution du 30 juin".

Le porte-parole du FSN, Khaled Dawoud, a déclaré à Reuters que le "vendredi du rejet" voulu par les islamistes n'était qu'une tentative de "contre-révolution".

A Nasr City, un faubourg du Caire, devant la mosquée Rabaa Adaoueïa où les islamistes sont rassemblés depuis une semaine, l'armée a déployé des véhicules blindés à quelques centaines de mètres des barricades érigées par les fidèles du "raïs" islamiste, qui a été placé en détention par les militaires tout comme plusieurs dirigeants des Frères musulmans.

A l'appel de la "Coalition islamiste", des milliers de personnes étaient sur place vendredi et un groupe d'une cinquantaine d'hommes scandaient des slogans contre l'armée: "A bas le pouvoir militaire!", "Djihad dans tout le pays !"

Au-dessus du quartier passaient et repassaient des avions de l'armée de l'air, laissant derrière eux des panaches de fumée aux couleurs nationales, rouge-blanc-noir.

De source militaire, on précisait avoir pris toutes les mesures pour prévenir des incidents entre partisans et adversaires de Mohamed Morsi, tout en prenant soin de laisser les gens manifester librement et pacifiquement.

Jeudi, des affrontements ont fait 80 blessés à Zagazig, dans le delta du Nil, ville d'origine de la famille Morsi. L'armée y a bouclé certains secteurs après que des partisans du président déchu ont été attaqués par des hommes à moto armés de bâtons et de couteaux.

"LA VOLONTÉ DU PEUPLE"

Les Frères musulmans ont appelé leurs fidèles à rejeter la violence mais la tension est telle qu'on ignore si la direction du mouvement sera écoutée par les militants.

Des attaques ont d'ailleurs été menées vendredi matin dans le nord du Sinaï contre des objectifs militaires. On ignore si ces attaques, fréquentes dans le Sinaï, sont liées au renversement du président Morsi.

A Rafah, à la frontière avec la bande de Gaza, un poste de police situé à proximité du siège local du renseignement militaire a été la cible d'une attaque à la roquette. Un soldat a été tué et deux autres ont été blessés.

A El Arich, non loin de la frontière avec la bande de Gaza et Israël, l'aéroport a essuyé des coups de feu tandis que des grenades étaient lancées dans la direction des barrages militaires protégeant le site.

A la suite de ces attaques, les forces de sécurité ont été placées en état d'alerte dans la région.

En destituant mercredi le chef de l'Etat, un peu plus d'un an après sa prise de fonction, l'armée a annoncé la prochaine mise en place d'un gouvernement provisoire soutenu par les groupes libéraux.

Pour justifier leur intervention, les militaires ont invoqué la "volonté du peuple" exprimée dimanche dernier lors de manifestations monstres qui ont rassemblé des millions de personnes dans les rues des grandes villes du pays.

Mohamed Morsi et ses fidèles ont pour leur part dénoncé un coup d'Etat militaire contre le premier président du pays démocratiquement élu.

RÉPRESSION CONTRE LES ISLAMISTES

L'Union africaine (UA) a suspendu vendredi l'Egypte de toutes les activités de l'organisation, "jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel", a annoncé Admore Kambudzi au nom du Conseil de sécurité et de paix de l'UA.

Dans les heures qui ont suivi la destitution de Morsi, une vague de répression s'est abattue sur le camp islamiste.

Le président déchu a été placé en résidence surveillée. Plusieurs cadres de la confrérie islamiste et de son émanation politique, le Parti liberté et justice (PLJ), ont été arrêtés, y compris Mohamed Badie, guide suprême des Frères musulmans. Ce dernier et son adjoint Khaïrat al Chater seraient poursuivis pour incitation à la violence contre des manifestants.

Les chaînes de télévision proches du président déchu, dont Egypt25, la chaîne des Frères, ont été brutalement coupées dès mercredi soir tandis que l'imprimerie nationale a interdit de rotatives le quotidien de la confrérie jeudi et vendredi.

Adli Mansour, président de la Haute Cour constitutionnelle qui a prêté serment jeudi en tant que chef d'Etat par intérim, n'en a pas moins tendu la main aux Frères musulmans.

"Les Frères musulmans font partie du peuple et ils sont invités à participer à la construction de la nation dont personne n'est exclu et, s'ils répondent à cette invitation, ils seront les bienvenus", a-t-il dit.

Navi Pillay, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, s'est inquiétée des arrestations de dirigeants des Frères musulmans, tout en ne parlant pas explicitement de coup d'Etat.

De la capacité de l'armée à faire face à de possibles troubles va déprendre en partie le soutien des Etats-Unis et d'autres puissances internationales.

La qualification des événements intervenus au cours de la journée de mercredi revêt une importante cruciale pour Le Caire car ils pourraient valoir au pays des sanctions économiques et un arrêt de l'aide fournie par les Etats-Unis - Washington octroie chaque année 1,5 milliard de dollars au Caire, pour l'essentiel sous la forme d'une aide militaire.

Avec les bureaux et correspondants de Reuters en Egypte; Henri-Pierre André et Guy Kerivel pour le service français

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