Charles Taylor jugé coupable de crimes en Sierra Leone

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Charles Taylor jugé coupable de crimes en Sierra Leone
Charles Taylor jugé coupable de crimes en Sierra Leone

par Thomas Escritt et Anthony Deutsch

LA HAYE (Reuters) - Charles Taylor, président du Liberia de 1997 à 2003, a été déclaré jeudi coupable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité en Sierra Leone par le tribunal spécial chargé de juger les responsables présumés des atrocités commises durant la guerre civile dans ce pays.

A 64 ans, il devient le premier ancien chef d'Etat africain condamné par une juridiction internationale.

"L'accusé est pénalement responsable (...) d'avoir aidé et encouragé la commission de crimes", a déclaré le juge Richard Lussick, en énumérant les onze chefs d'accusation, au Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) qui siège à La Haye.

Vêtu d'un costume bleu foncé et d'une cravate bordeaux, Charles Taylor, qui a plaidé non coupable, est resté calme et silencieux à la lecture du verdict qui a duré plus de deux heures.

L'ex-chef d'Etat a été reconnu coupable d'avoir fourni des armes, de la nourriture, des médicaments, du carburant et des équipements aux forces sierra-léonaises lors de la guerre civile de 1991 à 2002, qui a fait plus de 50.000 morts et des milliers de mutilés. Il n'a toutefois pas été reconnu coupable d'avoir ordonné ou planifié les crimes commis à cette période.

Charles Taylor a été inculpé en 2003 durant la dernière année de son mandat par le TSSL avant d'être arrêté trois ans plus tard au Nigeria où il s'était réfugié. Il a été transféré en 2006 pour être jugé dans une chambre délocalisée du TSSL, au sein des bâtiments de la Cour pénale internationale (CPI).

Il est accusé d'avoir commandé et armé en sous-main les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) en Sierra Leone, pays frontalier du Liberia, en leur fournissant des armes en échange de diamants.

La sentence devrait être prononcée avant la fin du mois de mai.

"VICTOIRE POUR LES VICTIMES"

L'organisation Human Rights Watch (HRW) a salué la décision du tribunal qui constitue selon elle "une victoire pour toutes les victimes sierra-léonaises."

"La condamnation de M. Taylor envoie un message fort selon lequel même ceux qui occupent les postes les plus élevés peuvent être tenus de rendre des comptes pour les crimes les plus graves", écrit Elise Keppler, juriste chez HRW, dans un communiqué.

A Freetown, la capitale sierra-léonaise, l'annonce du verdict de La Haye a été accueillie avec soulagement par les victimes ou leurs proches.

"C'est bien, c'est un signal pour les autres qu'ils ne devraient pas mettre tout leur argent dans la guerre, les munitions, pour détruire des vies", estime Halimatu Jalloh, dont la soeur a été tuée lors de la guerre civile.

"Il faudrait vendre ses biens (de Charles Taylor-NDLR) et reverser l'argent aux victimes de la guerre", dit pour sa part Alhadji Jusu Jarka, dont les deux mains ont été tranchées par des rebelles du RUF le 6 janvier 1999.

"J'espère qu'il sera condamné à au moins 100 ans de prison".

Avec Simon Akam à Freetown, Bertrand Boucey et Marine Pennetier pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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