Changes-L'"Euroverdose" annoncée pour 2016 semble s'éloigner

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    par Anirban Nag 
    LONDRES, 17 février (Reuters) - Fin 2015, le scénario 
ébauché par de nombreux cambistes était clair: le torrent 
d'euros déversé sur les marchés par la Banque centrale 
européenne (BCE) et la divergence croissante avec la remontée 
des taux en vue aux Etats-Unis allait faire tomber cette année 
la monnaie unique sous la parité avec le dollar.  
    Mais l'euro affiche une hausse de 3% environ face au billet 
vert depuis le début de l'année et les marchés tablent désormais 
sur une poursuite de ce mouvement d'appréciation.  
    Ce contre-pied s'explique principalement par la bouffée 
brutale d'aversion au risque qui s'est emparée des investisseurs 
face à la dégradation de la conjoncture mondiale ainsi qu'aux 
doutes croissants sur l'efficacité de la politique de la BCE, 
sur la capacité de la Chine à poursuivre une croissance soutenue 
et sur l'appétit de la Réserve fédérale américaine pour de 
nouveaux relèvements de taux.  
    Selon le scénario d'"Euroglut" (littéralement "saturation de 
l'euro") de Deutsche Bank, l'un des principaux acteurs du marché 
des changes, la monnaie unique aurait dû tomber à 0,85 dollar 
cette année, la politique d'assouplissement quantitatif (QE) de 
la BCE étant censé favoriser les sorties de capitaux de la 
région faute de perspectives de rendement.  
    Plusieurs autres grandes banques très présentes sur le 
marché des changes, dont Goldman Sachs et Barclays, ont avancé 
fin 2015 des hypothèses comparables.  
    Mais l'euro se traitait mercredi autour de 1,1150 dollar 
 EUR= , peu ou prou son niveau d'octobre et, en données 
pondérées des échanges  EUREER=ECBF , il s'est régulièrement 
apprécié depuis novembre. Sur le marché des options, les 
positions à la hausse sur le mois à venir se sont accumulées ces 
derniers temps.  
    Pourtant, la BCE n'a pas changé de stratégie, bien au 
contraire: son président, Mario Draghi, multiplie les signaux 
laissant entendre que l'institution va de nouveau assouplir sa 
politique, une perspective qui devrait logiquement nuire à 
l'euro.  
    L'explication est simple: la baisse d'appétit pour les 
actifs à risque a dopé l'euro, une monnaie à faible rendement 
utilisée pour financer des prises de positions plus risquées en 
période de moindre volatilité.  
     
    LES PRÉVISIONS REVUES EN HAUSSE 
    "L'euro est une monnaie de financement et comme il y a eu 
beaucoup d'aversion pour le risque récemment, il a bénéficié de 
l'augmentation des ventes d'actifs risqués", explique ainsi 
Manuel Oliveri, responsable de la stratégie devises du Crédit 
agricole.  
    Alors que, dans son scénario "Euroglut", Deutsche Bank 
prédisait une vague de sorties de capitaux de capitaux d'Europe, 
le compte courant de la zone euro est excédentaire, à hauteur de 
3% du produit intérieur brut (PIB) sur les 12 mois à fin 
novembre, et les investissements directs et de portefeuille ont 
pratiquement doublé en novembre, à 45,2 milliards d'euros.  
    Une partie de cette hausse s'explique par les rapatriements, 
depuis août, de capitaux placés jusqu'alors sur des marchés 
émergents.  
    Parallèlement, la perspective d'une nouvelle hausse des taux 
de la Réserve fédérale est devenue nettement plus floue, ce qui 
s'est traduit par un resserrement de l'écart de rendement entre 
les Treasuries à dix ans  US10YT=RR  et les Bunds de même 
échéance  DE10YT=RR , aux dépens du dollar et au profit de 
l'euro.  
    "On ne peut pas s'attendre à ce qu'un contexte de marché 
suffisamment volatil pour empêcher la Fed de poursuivre son 
programme de resserrement conduise à un recyclage efficace des 
excédents courants", note Steven Saywell, responsable de la 
stratégie devises de BNP Paribas.  
    Il ajoute que les perspectives incertaines devraient 
favoriser les devises s'appuyant sur d'importants excédents, qui 
incluent le yen et le franc suisse.  
    BNP Paribas vient d'ailleurs de revoir à la hausse ses 
prévisions pour l'euro, qu'elle attend désormais à 1,16 dollar 
en milieu d'année. Un niveau qui ne manquerait pas de poser 
problème à la BCE et de soulever des interrogations sur sa 
capacité à maîtriser l'évolution de la monnaie.  
   "La réponse semble pour l'instant négative; l'euro pourrait 
donc rester solide si le sentiment en terme de risque continue 
de se dégrader, quelles que soient, pratiquement, les attentes 
pour la réunion de la BCE le 10 mars", note John Hardy, de Saxo 
Bank.  
      
 
 (Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique 
Tison) 
 

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