Chaînes sportives : un an de grand chambardement

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Nomad_Soul/shutterstock.com
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(AFP) - L'arrivée mercredi de L'Equipe 21, première chaîne de sport gratuite, ne devrait pas bouleverser le paysage audiovisuel sportif autant que l'irruption de BeIn Sport en juin dernier, qui a contraint la concurrence, et en premier lieu Canal+, à redéfinir sa stratégie.

Certes, L'Equipe 21, la dernière née du groupe Amaury, ouvre des brèches.

Première chaîne 100% sport de la TNT, accessible à tous au contraire de L'Equipe TV, devenue depuis L'Equipe 21, ou d'Eurosport et de Canal+, les pionnières du genre, elle s'est liée par contrat avec le Comité national olympique et sportif (CNOSF).

Cela lui permet de diffuser, outre des documentaires et des émissions d'informations, 1.000 heures de compétitions de sports parfois inédits sur les écrans comme le hockey sur gazon ou le tir à l'arc.

Mais la révolution cathodico-sportive de l'année dans le "PASF" (paysage audiovisuel sportif français) a déjà été accomplie.

Elle est bien sûr l'oeuvre de BeIn Sport, la déclinaison française de la chaîne qatarie Al-Jazira Sports, et opulente "multinationale", selon le patron des sports de France Télévisions, Daniel Bilalian. Ce dernier avoue "craindre pour les droits sportifs de (son) groupe", pourtant sécurisés en partie par la loi obligeant la diffusion d'un certain nombre de grands événements listés sur les chaînes gratuites.

Car BeIn Sport, avec ses moyens financiers colossaux, a déjà raflé quantité de droits, bouleversant l'économie du secteur en faisant parfois exploser leur valeur - Ligue 1 (dont elle diffuse 80%), Ligue des Champions, Euro - et est quasi assurée de l'emporter sur tous les appels d'offres auxquels elle est candidate.

Le mystère reste d'ailleurs entier sur sa participation à l'appel d'offre de la Premier League, mais Canal+, si BeIn Sport enchérit, aura du mal à conserver le marché.

"Concurrence déloyale"

Première "victime" de cette nouvelle chaîne, qui revendique depuis novembre un million d'abonnés séduits par son offre attractive (11 euros par mois), Canal+ a provisoirement cessé de trembler.

Cyril Linette, directeur des sports de Canal+, a tenu son pari, lancé en début d'année, d'adapter le positionnement de sa chaîne qui s'est vu subtiliser les droits de la Ligue des champions et une bonne partie de ceux de l'Euro.

"Canal n'est pas un buffet à volonté mais un restaurant étoilé", affirmait-il en octobre au magazine Sport Stratégies, expliquant privilégier désormais la qualité à la quantité.

En conséquence, Canal+, qui a conservé 20% des droits de la Ligue 1 mais surtout les meilleures matches de chaque journée, diffuse, par exemple, bien plus de rencontres du PSG que BeIn Sport, pourtant présidée par le même patron que le club parisien, Nasser El Khelaifi. Et n'enregistre pas d'érosion de son audience.

BeIn Sport étant principalement intéressée par le football, des possibilités subsistent pour les diffuseurs d'autres disciplines, à commencer par L'Equipe 21. Mais la chaîne qatarie, par la voix de son patron, Charles Biétry, annonce une diversification qui a de quoi inquiéter ses concurrentes, dont Eurosport, filiale de TF1, avec qui elle est notamment en concurrence pour les droits de la F1.

Certains rivaux, six mois à peine après le lancement de la petite soeur d'Al-Jazira, évoquent sous couvert d'anonymat une "concurrence déloyale" d'une chaîne pour qui la rentabilité compterait moins que l'épaisseur du catalogue de droits.

En septembre, la banque Natixis a enfoncé le clou, estimant qu'en raison du faible coût de l'abonnement et du montant des droits TV acquittés ou prévus, la chaîne n'arriverait jamais à l'équilibre et perdrait même plus d'1,3 milliard d'euros sur cinq ans.

De quoi bouleverser durablement l'économie du PASF.

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