Ces Français qui font construire leur propre immeuble

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Cela s’appelle l’habitat participatif. L’idée est de permettre à des particuliers de concevoir l’immeuble qu’ils habiteront ensemble. Une tendance venue des pays scandinaves qui devrait déboucher sur trois réalisations à Paris.

Au printemps dernier, la Ville de Paris lançait en fanfare sa première opération d’habitat participatif. Elle a décidé de réserver trois terrains constructibles - deux dans le XXe arrondissement et un dans le XIXe - à des groupes de ménages qui vont concevoir ensemble et sur mesure leur «petit» immeuble. Pour l’occasion, un site Internet spécifique a été développé et fin janvier 12 groupes ont été retenus pour la phase 2 du projet. Dans les semaines qui viennent, ils devront se constituer en association et s’entourer des compétences nécessaire pour mener à bien leur construction.

Répandue dans les pays scandinaves, en Suisse et en Allemagne, cette forme d’habitat émerge en douceur dans l’Hexagone. On dénombre à ce jour environ 500 logements de ce genre. Des initiatives fleurissent à Strasbourg, Grenoble, Lille, Marseille, Toulouse. Ces opérations se montent en accession libre pure, en accession sociale à la propriété, en logement social ou en mélangeant les formules. Chaque occupant dispose de son logement privatif et partage les parties communes de l’immeuble plus généreuses qu’en copropriété traditionnelle.

Troisième voie du logement

Ces espaces ont divers usages (salle de réunion et/ou de jeu, local de bricolage, buanderie, jardin, terrasse, chambre d’amis). L’habitat participatif «n’a rien à voir avec un modèle coopératif, ni avec une vie en communauté. Les limites de la propriété privée existent dès le départ. Les futurs habitants participent ensemble à la gestation et à la concrétisation de leur projet. Ils se retrouvent autour de la notion du vivre ensemble», insiste Stéphane Gruet, directeur d’Aera (Actions études et recherches sur l’architecture, l’habitat et la ville), une association toulousaine qui travaille sur dix opérations d’habitat participatif en accession sociale à la propriété. On présente l’habitat partagé comme la «troisième voie du logement», une alternative entre le locatif social et la propriété traditionnelle standard et accessible au plus grand nombre de ménages.

Que recherchent ceux qui se lancent dans l’aventure?«Au départ, notre motivation était environnementale. Depuis la formation de notre groupe, nous rencontrons des personnes venues d’autres horizons et qui ont la même sensibilité que nous. On se réunit, on échange, on réfléchit. C’est enrichissant et stimulant. Plus que concevoir un habitat, cette aventure consiste à bâtir un projet de vie», raconte Eric Pain, membre d’Harmonie, groupe inscrit à l’appel à projets de la Mairie de Paris.

Le côté architectural séduit également. «On invente son lieu de vie. On se démarque ainsi des constructions normées et des process industriels de la promotion», ajoute Alain Costes, membre d’Atelier 15, un cabinet d’architecture. D’ailleurs, les réalisations qui sortent de terre sont, la plupart du temps, innovantes (100 % bois, bâtiment passif, etc.). Enfin, l’aspect financier n’est pas neutre. Chaque ménage paie la surface dont il a besoin.L es prix de sortie sont plus bas que le neuf classique. Si les municipalités se réfèrent au prix estimé par le service des Domaines pour vendre le terrain, les plus volontaristes concèdent une décote. Autre source d’économie: l’absence de la marge prélevée par le promoteur. Tous les propriétaires sont soumis à une clause antispéculative qui les engage à ne pas vendre tout de suite leur logement. Lorsque c’est le cas, celui qui part doit céder au prix payé et non au prix du marché et de préférence à un ménage de même profil et capable de s’intégrer au groupe.

Parcours semé d’embûches

Mais ces opérations s’adressent à des acquéreurs très motivés. Le parcours est semé d’embûches. D’abord, les terrains proposés sont souvent «complexes», à savoir petits et exigus. Ces emplacements n’ont d’ailleurs pas intéressé les promoteurs. C’est donc aux groupes de faire preuve d’imagination dans la conception de leur immeuble. Ensuite, l’offre est rare. A chaque appel à projets, la compétition est rude. Il y a beaucoup de frustration.

Autres difficultés: la lenteur et la difficulté des démarches juridiques, financières, techniques et administratives. Il faut compter en général entre 3 et 5 ans avant d’emménager. «Il y a des pics de stress, d’où l’intérêt d’être à plusieurs», indique Julien Maury du cabinet Coab. «La route est longue, mais la satisfaction est grande et l’aventure humaine en vaut la peine», témoigne Laura V. qui s’installera l’été 2015 dans son 70 m² à Strasbourg, au terme de trois années d’investissement personnel et financier.

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