Ces fonds qui allègent l'ISF

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Investir dans les PME est dans l'air du temps. Cela donne aussi droit à une réduction d'ISF, via des fonds spécialisés.

L'an dernier, près de 90.000 Français se sont laissés tenter par un fonds d'investissement de proximité (FIP) ou un fonds commun de placement dans l'innovation (FCPI). Une large partie d'entre eux ont choisi ce placement pour bénéficier d'une réduction d'impôt sur la fortune égale à 45 ou 50% de la somme investie. Est-ce la réforme de l'ISF? Le ras-le-bol fiscal? La collecte de ces fonds a bondi de 24% en 2013. Alors que celle des FIP et des FCPI achetés pour un autre avantage fiscal (une réduction d'impôt sur le revenu) a baissé. «Avec l'alourdissement de la pression fiscale, les contribuables ont moins de liquidités à placer et ont arbitré entre les différentes solutions de défiscalisation pour se concentrer sur l'ISF», remarque Fabrice Imbault, ­directeur général adjoint chez A Plus Finance.

Ces fonds auront-ils autant de succès cette année? Ils sont nombreux à être commercialisés pour quelques semaines encore dans les banques privées, dans certains réseaux bancaires, ou encore chez des conseillers en gestion de patrimoine indépendants. Certains sont même proposés sur internet (par exemple sur Mesfcpi.com). Ils offrent toujours le même avantage fiscal. En prime, cette année, ils sont dans l'air du temps.

Car les introductions en Bourse, qui ont repris, mettent en valeur la réussite des start-up françaises, «notamment dans le domaine des biotechs et des medtechs», relève Fabrice Imbault. De son côté, le gouvernement martèle la nécessité de mieux financer les entreprises. Il a même créé pour elles le PEA-PME qui a beaucoup fait parler de lui.

Or, les FIP et les FCPI financent, eux aussi, les entreprises. Ceux qui procurent une économie d'ISF consacrent 90 ou 100% (selon les fonds) de leurs portefeuilles aux sociétés non cotées en Bourse ou cotées sur des marchés dédiés aux très petites valeurs, comme ­Alternext. Si le fonds investit à 100% sur ces titres, il offre une réduction d'ISF égale à 50 % de l'investissement. S'il n'y place que 90% de son actif (le reste étant gardé en cash, par exemple), la réduction d'impôt est de 45%. «Mais garder un peu de réserve est indispensable à une gestion prudente du fonds pour être capable, par exemple, de réinvestir dans une société qui a ­besoin d'accélérer», rappelle Christophe Bavière, président d'Idinvest Partners.

Meetic, Sarenza, Criteo...

Cette société de gestion (ex-AGF Private Equity) s'est forgée une solide réputation dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), la santé (entre un quart et un tiers des ­investissements), et les cleantechs. Ses FCPI ont soutenu Meetic ou Sarenza à leurs ­débuts, ou encore Criteo, dont l'introduction récente au Nasdaq a boosté la performance de quelques-uns de ces fonds. Cette société vaut désormais quelque 3 milliards de dollars en Bourse. «Nous finançons des entreprises jeunes et innovantes, là où d'autres préfèrent des sociétés plus traditionnelles», explique Christophe Bavière, qui ne tarit pas d'éloge sur la créativité des ingénieurs français et leur talent pour faire grandir leurs start-up. «Viadeo est une société française, et c'est aussi le premier réseau social en Chine. Aux Etats-Unis, Withings est le plus important vendeur de balances connectées aux smartphones, et personne là-bas ne sait qu'elle a été créée en France», souligne-t-il. «Il ne faut surtout pas croire que l'Europe est trop vieille pour l'innovation.»

D'autres ont même des cibles plus précises encore. PhiTrust Impact Investors veut ainsi donner à ses FIP et FCPI une dimension sociale et solidaire. «Nous nous intéressons à des ­sociétés jeunes ou en développement, dont les produits ou les services font appel à l'innovation pour apporter une réponse aux problèmes environnementaux ou sociaux, au handicap, à l'éducation des ­enfants, ou à la formation des adultes, ou encore au vieillissement de la population»,explique Jean-Claude ­Lévêque, son directeur général.

Plus risqué

Si parier sur les jeunes entreprises réserve parfois de belles surprises, c'est aussi l'investissement le plus risqué, car le taux d'échec est élevé. Certains gestionnaires préfèrent donc des PME plus établies, pour ­offrir aux contribuables un investissement plus prudent. Ainsi, ils répondent aussi à une forte demande des chefs d'entreprise.«Beaucoup de PME sont en phase de transmission: leur dirigeant doit passer la main, et elles ont besoin de capitaux pour poursuivre leur développement», note Fabrice ­Imbault, chez A Plus Finance, qui propose un FIP «ISF» ­dédié au financement des opérations de transmission.

Ce FIP a la particularité non seulement de prendre des participations au capital d'entreprises sous forme d'actions, mais aussi de les financer via des obligations (jusqu'à 60% de ses actifs). Une stratégie retenue aussi par NextStage pour son FIP NexStage Rendement 2021. «Cela permet d'offrir un fonds moins risqué, qui affiche une performance assez régulière dès le départ, puisqu'il perçoit des intérêts chaque année», souligne Jean-David Haas, le directeur général. Les chefs d'entreprise ­apprécient cette solution de ­financement qui leur évite de laisser d'autres actionnaires monter trop fortement dans le capital de leur société. Et ils sont en général prêts à rembourser les obligations après 5 ou 6 ans. Le fonds a ainsi vite des liquidités à distribuer aux souscripteurs, souvent pressés de récupérer leurs capitaux.

Depuis la fin des années 90, les performances des FIP et des FCPI ont été diverses. Même les gestionnaires les plus réputés ont à leur actif au moins un ou deux fonds en perte. Ces «accidents» sont parfois liés à des erreurs d'investissement, mais souvent aussi à la conjoncture. Devoir revendre des actions de PME en période de crise, comme en 2008, n'est pas facile. «En ­revanche, pouvoir lever des fonds en 2008-2009 était une chance», relève Jean-David Haas.

Aujourd'hui, le regain des ­introductions en Bourse et les cours élevés atteints par les ­petites valeurs sont aussi une aubaine pour les fonds en fin de parcours, qui revendent à bon prix leurs anciennes participations. «En revanche, investir aujourd'hui un FCPI ou un FIP en titres cotés est risqué. Nous préférons attendre une correction du marché», explique Jean-David Haas. Or, souvent dans le souci justement de rembourser rapidement les souscripteurs, certains FCPI ou FIP investissent une très large partie de leurs portefeuilles dans des valeurs déjà cotées, sur Alternext, par exemple, ou près de s'introduire sur le marché. Prudence donc.

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