Ces clients qui deviennent «goûteurs» professionnels

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En donnant leur avis sur Internet ou lors de tests plus classiques, les consommateurs veulent être impliqués dans le développement des produits qu'ils achètent. C'est aussi, pour certains, un bon plan pour arrondir leurs fins de mois.

Si la crise les contraint à resserrer leur budget, les Français ne se privent pas pour autant de donner leur avis sur les produits qu'ils achètent ou sur les marques. «Les consommateurs passent beaucoup de temps à échanger sur les réseaux sociaux, les blogs ou les forums, mais beaucoup préfèrent goûter ou expérimenter eux-mêmes les produits avant leur lancement», explique Pierre Gaillardon, responsable de Testconso.fr, une société qui gère des panels de consommateurs sur Internet et organise des campagnes de tests pour les annonceurs. «Ils veulent être impliqués dans chaque étape du développement d'un produit, que ce soit pour le choix d'un packaging, d'un logo, d'un nom de produit ou de la mise en scène d'une campagne publicitaire.» Selon le spécialiste, les marques ont tout intérêt à prendre en compte ces avis. «Elles ont ainsi la quasi certitude que leur produit sera adapté aux goûts et besoins des consommateurs quand il arrivera sur le marché», explique-t-il. «Au passage, elles font connaître leurs nouveautés avant leur lancement.»

«Influencer» les marques, c'est en partie ce qui motive Yves, un habitant d'Antibes. A 47 ans, il teste des produits à domicile depuis près de quatre ans. «J'ai par exemple essayé des dosettes de café qui se fixaient mal à ma machine et avaient un goût désagréable. Ces observations ont été remontées à la marque, ce qui lui a permis d'améliorer le produit», témoigne-t-il. Pour Janeiro, une jeune maman de 34 ans qui vit en région parisienne, ce «dialogue avec les marques» lui donne l'impression de «consommer de façon intelligente»: «J'assume mes goûts et quand un produit me déçoit, je le dis!» Loin de cet engagement quasi militant, certains consommateurs se prennent au jeu par pur plaisir. Retraitée à Nancy, Martine «raffole» de ces tests qui lui permettent, depuis 20 ans, d'essayer des produits qu'elle ne consomme pas habituellement. «Grâce à cette activité, je me sens utile.»

Bon plan anticrise

La crise explique aussi l'affluence des candidats aux tests de consommation. «Dans la moitié des cas, ils sont motivés par la perspective d'un revenu supplémentaire», Pierre Gaillardon. Les sociétés spécialisées dans les tests de produits rémunèrent, pour la plupart, leurs «goûteurs». Une rémunération qui varie en fonction du type d'étude - sondage, avis en ligne ou test à domicile ou en laboratoire, etc. -, de sa durée et du produit concerné. «Ce complément de salaire n'est pas négligeable», souligne Emmanuelle, une assistante maternelle de 30 ans qui est inscrite auprès de plusieurs instituts d'études à Rennes. A Toulouse, Saïda, une maman de 5 enfants, reconnaît de son côté pratiquer ces tests de produits avant tout pour «arrondir les fins de mois».

Concrètement, les récompenses vont du chèque cadeau de 5 euros au produit lui-même. Les réunions ou participations à des forums peuvent être rémunérées de 15 à 20 euros de l'heure, tandis que les études en ligne sont généralement payées au forfait (40 à 50 euros). Résultat, la facture peut grimper très rapidement pour les marques: de 4 à 5000 euros pour une étude sur un nom ou un logo auprès d'une centaine de consommateurs, par exemple, à 50 à 80.000 euros pour une prestation plus complexe mêlant études qualitatives et quantitatives auprès d'un millier de personnes.

Avec le «bouche-à-oreille», les marques font parler leurs clients

«Les entreprises ne peuvent plus faire l'impasse sur les avis des consommateurs, aujourd'hui largement diffusés et partagés sur Internet», observe Axel Ammüller, directeur des opérations de Trnd France, une entreprise spécialisée dans le marketing de «bouche-à-oreille». Selon une récente étude Nielsen, 92% des consommateurs font confiance aux recommandations de leurs amis ou connaissances avant de réaliser un achat. Suivent les avis d'autres consommateurs en ligne (70%), loin devant les articles dans les médias (58%) et les sites des marques (58%). L'enjeu est de taille pour les entreprises, qui doivent adapter leur discours à ces nouveaux comportements. Un filon que Trnd exploite depuis 2005 avec succès. A l'échelle mondiale, l'entreprise a mené plus de 400 campagnes pour de grands groupes dont L'Oréal, Procter & Gamble, Nestlé, Unilever, Kraft, Coca-Cola, Nokia ou Microsoft. Le concept? «Nous créons une communauté de consommateurs - non rémunérés - qui acceptent de tester des produits chez eux ou au bureau pendant plusieurs semaines et qui s'engagent à en parler à leur entourage», explique Axel Ammüller. Trnd s'appuie aujourd'hui sur un réseau mondial de 1,4 million de personnes, dont 200.000 en France. Selon les options retenues, une campagne de bouche-à-oreille peut coûter de 15.000 à 300.000 euros aux entreprises. «Le mécanisme viral permet de toucher une audience très large autour d'un produit ou d'un service», souligne le responsable. Un résultat visible sur les ventes. D'après Nielsen, chaque euro investi dans une campagne de bouche-à-oreille rapporterait près de 4 euros de chiffre d'affaires.

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  • luke4 le lundi 11 fév 2013 à 00:39

    j'en parlerai à mon cheval, comme on dit chez findus =)