«Certaines maisons des années 30 valent moins que leur mobilier»

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INTERVIEW - La villa Poiret de Mallet-Stevens a été récemment vendue aux enchères. Delphine Aboulker, dont l’agence immobilière est spécialisée dans ces biens très pointus, explique qui sont les acheteurs potentiels et quels sont les prix.

LE FIGARO IMMOBILIER.- La récente vente de la maison Poiret au tribunal de grande instance de Versailles et son rachat par un promoteur pour 2 millions d’euros vous a-t-elle étonnée?

DELPHINE ABOULKER-SORIANO. - Pas vraiment. Une surenchère restait possible, mais un budget de 2 millions d’euros pour une maison, ce n’est pas à la portée de tout le monde. Le marché tourne encore au ralenti dans les Yvelines. La maison qui a été vendue à Mézy-sur-Seine n’avait pas été achevée par Mallet-Stevens, elle avait été terminée par un architecte différent. Elle n’est pas classée, mais seulement inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Il faut comprendre que ces hôtels particuliers construits au début du XXe siècle par Robert Mallet-Stevens, mais aussi celles de le Corbusier sont des manifestes architecturaux, des laboratoires d’expérimentation, ce sont d’abord des oeuvres d’art.

Cela veut dire dans endroits pas toujours faciles à vivre. Qui s’y intéresse?

Il y a des amateurs pour les maisons d’architectes Art déco. Nous les connaissons, ce sont généralement des couples passionnés d’architecture, des esthètes qui ont envie d’habiter une oeuvre d’art. Mais quand les maisons sont classées ou inscrites, il faut être conscient que faire des travaux coûte très cher. Les frais sont vraiment colossaux malgré les aides du ministère de la culture, puisqu’il faut tout refaire à l’identique sous la responsabilité d’un architecte des bâtiments de France ou des monuments historiques. Certains amateurs passionnés n’ont pas toujours un comportement d’achat et de vente rationnel: certains affirment ne pas discuter le prix, même s’il est très élevé, et dépenser parfois bien plus que ce qu’ils comptaient investir au départ. Pour les vendeurs, quitter leur maison est souvent un déchirement. Certains disent qu’ils souhaitent choisir avec soin les acquéreurs pour la vendre à quelqu’un qui la comprendrait. Pas au plus offrant mais au plus aimant, disent-ils.

Les ventes sont nombreuses?

Plus qu’avant. La montée en puissance de la cote des années 1930 a fait évoluer depuis ces dix dernières années le taux de rotation de ces maisons qui était faible. Le style art déco est aujourd’hui reconnu en France comme le plus coté du XXe siècle. La plupart des propriétaires de maisons modernistes sont contactés par des sociétés de production de cinéma, qui souhaitent louer les maisons pour y tourner des films ou des publicités. Cela contribue à faire connaître ce style au grand public.

Que sont devenues les deux autres maisons majeures construites par Mallet-Stevens pour des propriétaires privés?

La villa de Noailles à Hyères a été rénovée et des expositions sur l’histoire de l’art du XXe siècles y ont lieu, elle accueille aussi des artistes en résidence. La maison Cavrois dans le Nord, qui avait été bâtie pour un industriel textile du nord, est devenue un «château moderne» qui se visite. Ces deux oeuvres privées de Mallet-Stevens ont nécessité des travaux très importants de remise en état qui ont été pris en charge par les pouvoirs publics. La villa Cavrois a été réouverte au public seulement l’an dernier.

Vous avez récemment vendu des maisons art déco?

Oui, mais pas en région parisienne. Architecture de collection a par exemple vendu récemment à Angoulême un hôtel particulier de 590 m2 construit en 1934 et décoré par Eugène Printz (photo).«Ce qui est frappant dans ce cas, c’est que le mobilier avait été vendu aux enchères par le propriétaire précédent avant la maison. Et il valait davantage que la maison elle-même», précise-t-elle. Il faut dire que les prix à Angoulême sont bien loin de ceux de Paris. La maison a ainsi changé de propriétaire pour environ 1 million d’euros. Et c’est un compositeur japonais qui a acheté cet hôtel particulier.

Et à Paris?

Nous avons vendu l’année dernière la villa Planeix de Le Corbusier dans le XIIIe 2,3 millions d’euros. Elle appartenait à la famille Planeix depuis sa construction en 1928. C’était une résidence atelier mythique. Nous vendons régulièrement des appartements art déco. Le plus bel ensemble est celui de la rue Mallet-Stevens dans le 16ème arrondissement qui réunit cinq hôtels particuliers divisés en appartement dans une impasse privée. L’hôtel des frères Martel au début de l’impasse est entièrement classé. Un appartement de 70 mètres carrés avec 50 mètres carrés de terrasse a été vendu il y a deux ans en haut de l’immeuble pour 1,5 million d’eurosI

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