Céline Dumerc était possédée

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Céline Dumerc était possédée
Céline Dumerc était possédée

Céline Dumerc, vous auriez dû être nommée meilleure joueuse du tournoi olympique si la récompense existait. Est-ce que cela vous touche ?
La meilleure joueuse du tournoi, c?est l?équipe. Ma performance m?aurait fait bien moins plaisir s?il n?y avait pas eu une médaille au bout. Je ne peux pas mentir, ça rajoute du bonheur à cette compétition. Mais je me souviens de ce quart de finale face à la République tchèque, où je mettais des points, mais où on perdait et ce n?est pas ce dont j?ai envie. J?ai toujours envie de mettre des points et que mon équipe gagne. Si on l?emporte et que je ne marque aucun point, ça me va aussi. Donc, il ne faut pas tout mélanger. Si j?avais été désignée meilleure joueuse, cela m?aurait fait plaisir. Mais ma vraie fierté, c?est qu?on soit douze à porter cette médaille autour du cou. On a montré pendant quinze jours un très beau basket. On ne pouvait pas trouver un meilleur évènement pour se mettre en avant.

Vous avez été surnommée « la Tony Parker du basket féminin ». Est-ce que cette comparaison vous plaît ?
C?est un honneur, Tony Parker est un grand monsieur du basket, donc être comparée à lui, c?est très flatteur. Pour moi c?est un exemple dans son abnégation, dans tout ce qu?il a donné au basket et dans la perception qu?il a du sportif de haut niveau. Il ne lâche jamais. C?est vraiment une énorme fierté d?être comparée à lui.

« Ça a été douloureux et long face aux Américaines »


Avez-vous des regrets par rapport à la finale perdue contre les Etats-Unis (50-86) ?
Jouer les Etats-Unis, c?était la finale rêvée. Tu as toujours envie de jouer contre la meilleure équipe du monde. C?était les USA ou personne d?autres, sinon cela n?aurait pas eu la même saveur. Elles nous ont prises très au sérieux. Ça a été douloureux et long. Ça nous servira de leçon. On a été fébrile, moi la première, j?avais peur? Pour nous, la finale c?était la demie. On jouait pour une médaille contre les Russes. Face aux Etats-Unis, il faut être concentré et avoir envie plus que tout. On a manqué de hargne. On n?a pas défendu notre peau comme on aurait pu le faire. C?était une façon comme une autre d?aborder ce match. Pendant tous ces Jeux, on avait pris beaucoup de plaisir. On n?allait pas se transformer en guerrières juste pour la finale. On voulait savourer. Mais ça a engendré l?effet inverse et on a peut être un peu gâché l?image que l?on voulait présenter. Cela servira pour le futur ! J?ai hâte de les rencontrer de nouveau pour montrer un meilleur visage de l?équipe de France.

Comment expliquez-vous la réussite de votre équipe pendant ces Jeux Olympiques ?
On a moins réfléchi. On se connaît bien puisque ça fait quatre ans qu?on joue ensemble. On a su prendre notre chance. On annonçait un secteur intérieur fort, et, au final, comme il était muselé, c?est le secteur extérieur qui a bien tourné. C?est une véritable force. Le danger peut venir de partout dans notre équipe. C?est ce qui me dérange quand on parle de ma performance. J?ai peut-être fait quelques actions importantes, mais on oublie le travail des autres. Nous étions possédées. A chaque moment, chacune a apporté quelque chose de plus. Au final, ça nous a donné cette médaille.

Quelle est la marge de progression de l?équipe de France selon vous ?
On n?a pas été loin de notre meilleur niveau à Londres. Mais on a toujours des choses à améliorer. Notre force avant les Jeux Olympiques, c?était la défense et, pendant la compétition, on a eu des lacunes défensives. On a eu du mal à mettre en ?uvre les choix proposés. Et inversement, on a eu des qualités offensives que l?on n?avait pas forcément les années précédentes. Le relâchement défensif a donc été compensé par des actions offensives plutôt intéressantes. Donc, nous pouvons encore nous améliorer. Des joueuses ont été bonnes, d?autres moins. Si tout le monde arrive à son meilleur en juin prochain pour l?Euro 2013 en France, ce sera magique.


« Je sais que l?engouement ne va pas durer »


Avec votre résultat aux Jeux Olympiques, vous allez probablement être les favorites de ce tournoi. Comment allez-vous gérer ce nouveau statut ?
Je serai fâchée si nous ne sommes pas favorites de l?Euro 2013 ! Il va falloir gérer le fait d?avoir véhiculé une belle image de ce sport. On a touché pas mal de gens et il n?y avait pas mieux que de rebondir en France, avec une grande compétition. J?espère que les gens vont venir nous encourager et que le public nous aidera à porter ce statut un peu lourd de favorites. Il faudra aussi qu?on fasse quelque chose au Mondial, la dernière compétition où nous n?avons pas encore fait un résultat.

Comment vivez-vous l?engouement autour du basket féminin qui découle de votre résultat à Londres ?
Je suis terre à terre. Je sais que ça ne va pas durer. Cela serait bien que le basket utilise ce moment d?euphorie pour faire parler de nous. On a envie que des petits jeunes se mettent à jouer au basket, pour que ce soit eux qui portent cette médaille un jour. On a envie que les gens aiment ce sport. Ça passe par nous aujourd?hui, mais je suis sûre que le relais sera pris dans le futur et, pour ça, il faut utiliser ces moments de joie et de réussite.

Vous avez partagé ces moments en descendant les Champs-Élysées avec la délégation olympique. Comment avez-vous vécu ce moment particulier ?
C?était magique. On n?aurait jamais imaginé vivre ça un jour, même dans nos rêves les plus fous ! En revenant de Pékin en 2008, c?était dix fois moins impressionnant selon les athlètes présents à l?époque. La foule nous acclamait. C?est incroyable quand tu entends ton prénom, tu n?y crois pas. Les gens ne connaissent pas les basketteuses normalement. C?est touchant. On s?est prise pour des rock stars ! D?ailleurs, j?ai encore eu une demande en mariage, cela doit être la vingtième...


Propos recueillis par Florian Philippe

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