Célébration en demi-teinte de la "libération" libyenne

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CÉLÉBRATION EN DEMI-TEINTE DE LA "LIBÉRATION" LIBYENNE
CÉLÉBRATION EN DEMI-TEINTE DE LA "LIBÉRATION" LIBYENNE

TRIPOLI/BENGHAZI, Libye (Reuters) - La Libye a célébré mardi le premier anniversaire de sa "libération" de l'emprise de Mouammar Kadhafi, mais les combats qui se poursuivent dans l'un des anciens bastions du défunt dictateur ont assombri les célébrations.

Le pays a été proclamé "libéré" quelques jours après la mort de Mouammar Kadhafi, le 20 octobre 2011, et bien que les nouveaux dirigeants soient parvenus à organiser des élections, ils peinent à imposer leur autorité sur l'ensemble d'un territoire regorgeant d'armes et de munitions.

"Notre bonheur n'est pas complet parce qu'il y a encore des villes qui ne sont pas totalement libérées", commente Basset al Charif, un vendeur de Benghazi âgé de 27 ans.

"Mais le 23 octobre reste un grand jour et nous allons (le) fêter. Nous allons profiter de cette occasion pour dire que Benghazi n'a toujours pas recouvré tous ses droits. Le gouvernement a encore des problèmes à régler", ajoute-t-il.

Des centaines de personnes sont descendues dans les rues de Benghazi pour fêter l'anniversaire de la libération mais demander également à ce que la capitale de la Cyrénaïque et berceau du soulèvement de l'an dernier devienne la capitale économique de la Libye après avoir souffert, assurent-ils, de décennies d'abandon sous Kadhafi.

Un petit groupe de personnes a par ailleurs brièvement protesté devant un hôtel contre la violence qui fait rage dans la ville de Bani Walid, située à 150 km au sud-est de Tripoli, ancien bastion de Kadhafi où les milices loyales au gouvernement ont poursuivi leur assaut. Des milliers de famille ont fui les violences.

"La ville continue d'être bombardée aujourd'hui", explique par téléphone Abdel-Hamid Saleh, membre d'une organisation de la société civile de Bani Walid. On pouvait entendre des tirs dans le combiné.

"Les milices ont pénétré dans les faubourgs avec des bulldozers et ont commencé à démolir les maisons sans raison. Une femme terrorisée m'a appelé hier en criant : 'Ils sont venus pour moi, ils sont venus pour moi.' La ville est en train de tomber sur nos têtes", ajoute-t-il.

A Tripoli, le climat de liesse a gagné du terrain dans la soirée quand des voitures arborant des drapeaux libyens et résonnant au son de musiques patriotiques ont rempli les rues au milieu de forces de sécurité renforcées. Des feux d'artifice ont illuminé le ciel au-dessus de la place des Martyrs, où des centaines de familles se sont réunies.

"Nous voulons exprimer des sentiments de bonheur que nous n'avons jamais ressenti avec une telle intensité auparavant", souligne Mouna Abdelsalam, un habitant de Tripoli venu sur la place avec ses filles. "Une révolution va être difficile et il y aura des problèmes mais malgré l'insécurité, la situation est meilleure pour nous aujourd'hui qu'il y a un an", ajoute-t-il.

"L'instabilité que nous voyons aujourd'hui n'est qu'une partie des douleurs grandissantes enfantées par notre révolution. Nous devons continuer à construire", estime pour sa part Souleiman al Chaouech, un fonctionnaire et le chef de l'organisation de jeunesse libyenne "Flame".

Hadeel Al Shalchi et Ghaith Shennib, Juliette Rabat pour le service français

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