Cela coûte (vraiment) moins cher de ne pas faire ses courses dans les supermarchés

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SÉRIE #UNMOISSANSSUPERMARCHE 6/6 - Aidée par les internautes, une journaliste du Figaro.fr a cessé de mettre les pieds dans les grandes surfaces pendant un mois. Conclusion de cette expérience collaborative : on dépense moins en consommant mieux !

Pour aider les agriculteurs, j'ai relevé le défi lancé par les internautes de ne plus mettre les pieds dans un supermarché. Au terme de cette expérience collaborative, la conclusion est sans appel: quelles que soient les solutions adoptées chaque semaine, j'ai dépensé moins tout en consommant mieux. En un mois, j'ai dépensé 264,50 euros pour me procurer tous les produits de consommation courante: cosmétiques, produits ménagers et alimentation. Sur le mois précédant, j'avais dépensé 300 euros en me rendant uniquement en supermarché.

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Un rapide comparatif du prix d'un kilo de pommes dans différents lieux permet de constater que la vente directe de producteurs à consommateurs est la solution la plus économique.

En vente directe, sur un marché de producteurs: 2,20 euros

En circuit court, sur un site internet de producteurs (Le Comptoir local à Paris): 2,90 euros

En circuit court, en épicerie paysanne (Au Bout du champs à Paris): 3,08 euros

En grande surface (Monoprix): 4,40 euros (3,08 euros pour une barquette de 4 fruits)

Une étude de l'association de Paniers Marseillais aboutit à la même conclusion: les fruits et les légumes (bios) vendus en circuits courts sont moins chers que ceux des hyper et supermarchés. Le réseau de distribution de paniers de fruits et légumes issus de l'agriculture biologique et vendus en circuits courts a réalisé cette étude sur un an, incluant donc les quatre saisons. Ils ont comparé les prix que contenaient leurs paniers avec ceux, pour les mêmes quantités, d'une chaîne de magasins bios et ceux des hypermarchés pour des légumes et des fruits venant de l'agriculture conventionnelle, non bio.

Résultat: leur panier coûte en moyenne deux fois moins cher qu'en boutique spécialisée dans le bio, 29% moins cher qu'en hypermarché. «Sur 42 semaines, l‘hypermarché est plus cher que les Paniers Marseillais à 28 reprises», indique l'étude.

● Diminution du nombre d'intermédiaires

Pourquoi dépense-t-on moins via les circuits courts? Un circuit court est «un mode de commercialisation des produits agricoles qui s'exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu'il n'y ait qu'un seul intermédiaire entre l'exploitant et le consommateur. Aujourd'hui, un producteur sur cinq vend en circuit court (21 % des exploitants)», indique le ministère de l'agriculture. Ainsi, la diminution du nombre d'intermédiaires explique, en partie, que les fruits et légumes achetés en circuits courts soient moins chers. Moins d'intermédiaires signifie également moins de marges cumulées qui s'ajoutent aux prix des produits.

Or selon l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, sur 100 euros dépensés dans l'alimentation en grande surface, 37,6 euros reviennent aux supermarchés, 13,20 euros à l'industrie agroalimentaire et 8,20 euros aux agriculteurs.

Avec les ventes directes et les circuits courts, la répartition des richesses de l'alimentation est bien différente. En ventes directes, les producteurs ajoutent simplement le coût du transport et parfois celui de la location des places de marché à leur propre rémunération, pour définir le prix du produit. En circuit court, via des épiceries paysannes ou des sites de ventes en ligne par exemple, la marge de l'intermédiaire reste bien en deçà de celle des hypermarchés. Ainsi, sur 100 euros de courses, près de la moitié revient au producteur et l'autre moitié à l'intermédiaire qui transporte et vend les produits.

● Moins de gaspillage

Par ailleurs, la question du gâchis permet également d'expliquer la différence de prix. De fait, en vente directe, les producteurs proposent également des fruits et légumes qui ne sont pas «bien calibrés». Certains paysans sont même fiers de vendre des pommes de terre ou carottes biscornus alors que ces produits auraient été jetés et ne se seraient pas retrouvés dans les rayons des grandes surfaces. Or, au niveau mondial 1/3 des denrées alimentaires sont jetées sans être consommées, soit 1,3 milliard de tonnes.

Du point de vue du consommateur, le gaspillage est également moindre. De fait, les clients sont moins tentés par des achats superflus et consomment de manière plus responsable. Or, en France le gaspillage alimentaire est estimé à 20 kg par habitant et par an: 13 kg de restes de repas, de fruits abimés, non consommés et 7kg d'aliments encore emballés. Pour chaque foyer français, le gaspillage alimentaire représenterait entre 500 et 600 euros par an.

Par ailleurs, ces 20 kg par habitant représentent 1,2 million de tonnes de poubelles supplémentaires. Chaque tonne de gaspillage alimentaire évitable est responsable d'une émission de 4,5 tonnes d'équivalent CO2...

Les Français sont conscients des bienfaits des ventes en circuits courts. Ainsi, selon le cabinet Natural Marketing Institute, 71% des Français préfèrent acheter des produits locaux. De même, 83% des Français pensent que la vente directe par les agriculteurs est un modèle qui a de l'avenir, selon un sondage Ipsos.

Mais alors pourquoi les Français continuent à consommer en grande surface? Implantées dans le paysage français depuis l'avènement de la société de consommation, les supermarchés offrent aujourd'hui un aspect pratique indéniable. Consommer autrement demande plus de temps et souvent de revoir son mode de vie. Mais cet effort en vaut la peine, d'un point de vue économique, pour la santé, l'environnement et la survie des agriculteurs.

* Suite à de nombreux commentaires, je tiens à préciser que j'ai comparé les prix des pommes des endroits dans lesquels je me suis rendue pendant l'expérience et Monoprix, magasin à côté de chez moi où j'allais faire mes courses auparavant. Par ailleurs, j'ai comparé les prix des pommes de même gamme dans chaque lieu.

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