« Ce qui gêne dans le sourire, c'est son ambiguïté »

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Sébastien Allard, directeur du département des peintures du Musée du Louvre, analyse la place du sourire dans l'histoire des arts.

Entretien avec Sébastien Allard, directeur du département des peintures du Musée du Louvre.

Frappé par le côté sombre des ½uvres du Rijksmuseum d'Amsterdam, un graphiste britannique leur a redonné le sourire à l'aide d'une application de son téléphone. Aurait-il eu la même impression en traversant les galeries du Louvre ?

La situation est un peu différente au Louvre. Le musée se place d'emblée sous l'égide du sourire, avec celui de La Joconde (1503-1506), de Léonard de Vinci. C'est notre tableau le plus emblématique, le chef-d'½uvre des chefs-d'½uvre, et sa caractéristique la plus célèbre est justement son sourire énigmatique. Donc si ce graphiste avait commencé sa visite par Mona Lisa, il n'aurait probablement pas eu besoin de sortir son téléphone. A moins qu'il ne veuille corriger son sourire...

Pourquoi voudrait-on corriger l'expression de « La Joconde », n'est-elle pas assez franche ?

La Joconde a beau être vantée pour son sourire, souvent les publicitaires qui reprennent son image forcent ce trait, ou lui font cligner de l'½il. Comme Jeff Koons pour Louis Vuitton. On lui colle l'équivalent du sourire Colgate, comme si le sien n'était pas assez signifiant. C'est une façon de donner un sens aguicheur à son visage qui n'est pas nécessairement celui de son expression d'origine. Ce qui gêne parfois dans le sourire, c'est qu'il fait marcher notre imaginaire. Il peut être franc, narquois ou hypocrite. Il faut accepter son ambiguïté.

Dans la peinture, existe-t-il des disciple...

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