CCR : L'Amérique choisit la planche à billets

le
0

L’Amérique choisit la planche à billets

Les économistes qualifient pudiquement cette politique de « non conventionnelle » ou de « relâchement quantitatif », mais ne nous y trompons pas, en décidant d’acheter plus de 1000 milliards de dollars de titres au marché, c’est bien la politique de la planche à billets que la Réserve Fédérale Américaine a décidé de mettre en place.

Techniquement l’opération de la Fed consistera en effet à créer autant de dollars qu’il sera nécessaire pour acheter ces titres de créance dont 300 milliards de dollars émis par l’Etat américain lui-même.

L’objectif poursuivi par la Banque Centrale est double. Il vise d’abord à faciliter le financement de l’économie, et notamment du Trésor dont les besoins sont énormes, à un moment où le crédit bancaire se faire rare. Mais d’une manière plus générale il s’agit surtout d’injecter dans le système un antidote à la menace déflationniste, qui est sans doute aujourd’hui le plus grand risque pesant non seulement sur l’Amérique, mais sur l’économie mondiale dans son ensemble.

Avec un déficit budgétaire à 2 chiffres, des taux au plancher, et maintenant une fuite en avant monétaire, l’administration américaine a poussé à fond l’ensemble des leviers de la relance. Les sommes en jeu sont colossales, mais les résultats à attendre de cette politique restent très incertains. La demande privée parviendra-t-elle à prendre le relai de ces injections massives de liquidité ? Il est trop tôt pour le dire, mais l’enjeu est clairement là.

En attendant, la première victime de cette annonce aura été - à juste titre- le dollar. Comme le dit l’adage, ce qui est rare est cher. Inversement ce qui est abondant est bon marché. Alors en apprenant que la Fed allait créer one shot1150 milliards de billets verts, on comprend la réaction des marchés…

A plus long terme le risque de cette politique est évidemment celui d’un retour de l’inflation, surtout quand elle consiste, même pour partie seulement, à financer les dépenses publiques. Depuis les Romains on sait bien en effet que rembourser ses dettes en monnaie de singe est bien commode… Mieux vaut ruiner les épargnants que l’économie dans son ensemble…

Mais il est à ce stade également prématuré de parier sur un retour certain à terme de l’inflation. Si après tout la FED se transforme en banquier, c’est que les banques elles-mêmes n’assument plus ce rôle. Autrement dit, si la Banque Centrale crée de la monnaie c’est que le système bancaire ne joue plus ce rôle de pourvoyeur de liquidités.

Dans le doute, la prudence consiste néanmoins à commencer à se protéger contre ce fléau de l’inflation. Les marchés en sont en tout cas convaincus comme en témoigne l’envolée de l’or depuis que les rotatives de la Réserve Fédérale font de nouveau entendre leur cliquetis…

Eric Bourguignon

Directeur Général Adjoint de CCR Gestion

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant