CCR : Faut-il investir sur les matières premières?

le
0
Communiqué

Faut-il investir sur les matières premières ?

Les fluctuations importantes et l'absence de corrélation avec les marchés financiers poussent de nombreux investisseurs, institutionnels et particuliers, à s'intéresser aux matières premières dans la composition de leurs portefeuilles. Après la décrue considérable des cours observée en fin d'année dernière, est-il temps d'investir sur les commodities ?

Nouveaux véhicules

Jusqu'à présent réservés aux professionnels, les marchés des matières s'ouvrent au grand public avec l'apparition de nouveaux véhicules d'investissement. Les trackers ou les certificats permettent d'exposer aisément un portefeuille aux variations des prix de l'or, du pétrole, mais également de paniers constitués de plusieurs matières de base, industrielles ou agricoles (aluminium, blé, etc.) Ils laissent en outre le choix entre une exposition à la devise ou une couverture de change ("quanto").

Avant l'apparition en 2004 d'ETF sur les matières premières, les principaux supports d'investissement accessibles étaient les actions dont l'activité est liée au prix de ces matières : majors pour le pétrole, mines pour les métaux, etc. mais l'évolution de ces titres dépend également d'autres facteurs spécifiques : au premier semestre 2008 par exemple l'action Total n'a pas progressé au même rythme que le baril. Revers de la médaille, ces nouveaux supports ont drainé vers ces marchés des capitaux colossaux qui amplifient les phénomènes de flux en partie à l'origine des mouvements observés en 2008 : hausse de 46% au premier semestre, chute de 61% au second pour l'indice Goldman Sachs Commodities !

De surcroît, ces instruments basés sur des contrats futures, ne corrigent pas les effets de déport / report attachés aux marchés à terme.

Déport / Report

Les futures sont en effet le seul moyen de s'exposer aux variations des prix des matières sans les détenir physiquement, ce qui engendrerait d'importants coûts de stockage et de financement. Mais le cours à terme d'un actif diffère significativement de son prix coté. Souvent, le cours à terme excède le prix coté (report ou contango) pour intégrer les coûts de portage. Il arrive à l'inverse que le cours à terme soit inférieur au prix coté par exemple en cas de faiblesse des stocks : il y a alors une prime à la disponibilité (déport ou backwardation). Ces écarts tendent logiquement vers zéro au fur et à mesure que l'échéance du contrat approche.

Conserver le contrat jusqu'à son échéance conduirait le porteur à recevoir la livraison des matières achetées. Il faut donc proroger l'achat sur l'échéance suivante et constater ainsi un gain (déport) ou une perte (report) lié à la différence entre le cours spot et le cours à terme. Cet impact technique s'ajoute à l'évolution réelle du prix de la matière première. Une étude de la Banque de France estime à 5,7% par exemple le coût annuel de prorogation sur l'or entre 1989 et 2004.

Notre préférence va à l'or

Les incertitudes encore grandes sur l'activité économique mondiale, malgré l'amorce de rebond du cuivre soutenu par la demande chinoise, ne laissent pas entrevoir à court terme de rebond significatif sur l'ensemble des matières premières. Dans ce contexte, notre préférence va à l'or qui jouit d'un statut à part dans le monde des commodities. Il sert d'assurance contre l'inflation et de refuge quand la confiance dans les autres actifs s'érode. Finalement, quels que soient les développements de la crise actuelle, le métal jaune devrait en bénéficier : en cas de reprise de l'activité, les plans de relance (trop?) ambitieux et les liquidités injectées par les banques centrales favoriseront un retour de l'inflation et donc un engouement en sa faveur. À l'inverse, si la situation économique reste durablement sinistrée, les craintes sur le dollar, les faillites de banques, d'entreprises ou même d'États soutiendront les prix de l'or. S'il subsiste de grandes incertitudes quant à la demande physique pour la bijouterie -notamment liée à l'activité en Inde- une position raisonnable sur l'or a toute sa place dans un portefeuille diversifié.

Julien Vincenti, gérant


Valeur associée
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant