CCR AM : La fin du Roi dollar ?

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Communiqué

La fin du Roi dollar ?

Douze ans après la crise asiatique, quinze ans après la crise mexicaine, le marché des changes connaîtra sûrement de nouvelles tensions en 2010. L’éclatement de la zone euro évoqué par certains observateurs l’an dernier n’est pas d’actualité : le fantasme du retour des devises nationales européennes provoqué par les faillites de l’Irlande et de la Grèce ou bien souhaité par l’Espagne et l’Italie pour procéder à des dévaluations compétitives demeure improbable. C’est du côté de la devise américaine que les inquiétudes sont aujourd’hui les plus fondées et les variations les plus amples.

Les précédentes crises de change au cours des vingt dernières années ont eu pour seules victimes des devises de pays émergents. Le déroulement des événements est relativement classique : le tarissement des réserves fait douter les investisseurs étrangers de la solidité de l’économie et engendre des retraits massifs de capitaux, faisant chuter la parité de la devise et plongeant le pays dans une récession profonde. Le cas du dollar, devise de référence des échanges internationaux, est plus complexe car sa détention ne se borne pas au territoire américain. Les incertitudes sur le périmètre exact de la masse monétaire s’ajoutent aux ingrédients d’une dévaluation déjà présents : outre-Atlantique, les dépenses publiques ont été -et seront encore probablement- nécessaires pour maintenir à niveau la demande intérieure. Ces dépenses budgétaires additionnelles aggravent une situation économique déjà affaiblie par le coût des opérations extérieures. Les déficits publics battent des records et la Fed a plus que doublé son bilan. Et quand tout le monde est convaincu de la réalité d’un risque de baisse, la tentation de tirer le premier peut chatouiller les investisseurs. La déconfiture des hedge funds fin 2008 illustre ces réactions en chaîne. Alors, doit-on douter de la signature du Trésor ?

Pas forcément, car personne n’a intérêt à ce que la devise américaine s’effondre. Ni les européens, qui souffrent en terme compétitif d’un euro trop fort, ni les pays "émergents" -la Chine en tête- dont les réserves sont encore majoritairement libellées en dollars. Effet vertueux de la baisse du dollar, les exportations made in USA sont subventionnées, tandis que la consommation de produits importés s’amenuise : la balance commerciale pourrait retrouver rapidement un équilibre salutaire. De plus, la dette et la devise américaines conservent leur statut de valeurs refuges, comme le montre l’analyse des flux du premier trimestre 2009. Enfin, l’augmentation structurelle de l’épargne intérieure nourrit la demande en emprunts d’États. Si le scenario extrême d’une hyperinflation zimbabwéenne aux USA peut donc raisonnablement être écarté, la dévalorisation structurelle du dollar poussera les économies émergentes à poursuivre la diversification progressive de leurs excédents. La révolution en marche n’a pas décapité le dollar, mais le régime des échanges mondiaux évolue vers une monarchie parlementaire. L’or et l’euro ont encore de beaux jours devant eux !

Julien Vincenti, Gérant Allocation d’Actifs

CCR Asset Management


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