Catastrophe ferroviaire en Espagne, au moins 78 morts

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AU MOINS 78 MORTS DANS LA CATASTROPHE FERROVIAIRE EN ESPAGNE
AU MOINS 78 MORTS DANS LA CATASTROPHE FERROVIAIRE EN ESPAGNE

par Teresa Medrano et Miguel Vidal

SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE, Espagne (Reuters) - Une vitesse excessive est mise en cause après le déraillement d'un train qui a fait 78 morts et quelque 130 blessés mercredi soir près de Saint-Jacques-de-Compostelle, dans le nord-ouest de l'Espagne.

C'est l'une des pires catastrophes ferroviaires de ces 25 dernières années en Europe.

L'un des deux conducteurs du convoi fait l'objet d'une enquête, a annoncé jeudi une porte-parole de la Cour suprême de Galice.

Le maire de Saint-Jacques-de-Compostelle, Angel Carras, a mis en cause la vitesse du train, qui abordait une courbe réputée difficile, et le site du journal El Pais a cité des sources proches de l'enquête selon lesquelles le convoi de huit voitures roulait plus de deux fois plus vite que la limite autorisée à cet endroit.

La presse espagnole rapporte des témoignages selon lesquels l'un des conducteurs, Francisco Jose Garzon, qui a aidé à porter secours aux victimes, aurait crié au téléphone après l'accident : "j'ai déraillé, qu'est-ce que je fais ?".

Selon le quotidien El Pais, l'autre conducteur, qui est hospitalisé, est resté bloqué dans sa cabine et a informé par radio que le train avait abordé la courbe à 190 km/h. "Nous ne sommes que des hommes ! Nous ne sommes que des hommes !", aurait-il ajouté, avant de poursuivre: "J'espère qu'il n'y a pas de morts car sinon je les aurai sur la conscience..."

On ignore lequel des deux hommes est visé par l'enquête judiciaire.

Selon les autorités, 36 blessés, dont quatre enfants, sont dans un état grave. Au total, 178 personnes, de plusieurs nationalités différentes, ont été hospitalisées. Parmi elles, 95 se trouvent encore à l'hôpital et tous les blessés ont été identifiés.

"UN BRUIT ÉNORME"

L'ambassade des Etats-Unis à Madrid a fait savoir que des Américains figuraient parmi les blessés. L'ambassade de Grande-Bretagne a elle aussi indiqué qu'un ressortissant britannique avait été blessé dans l'accident. Aucune victime française n'a été signalée à ce stade, a indiqué le Quai d'Orsay.

Une vidéo prise par les caméras de surveillance et diffusée sur le site d'El Pais, montre le train entrer très rapidement dans le virage avant de dérailler et de se fracasser contre un mur qui borde les rails.

Le maire de Saint-Jacques-de-Compostelle, Angel Carras, a estimé à la radio Cadena Ser que la vitesse du train n'était "probablement pas la bonne".

Le gouvernement privilégie l'hypothèse de l'accident à celle d'un attentat ou d'un sabotage. Le président du gouvernement, Mariano Rajoy, a déclaré trois jours de deuil national.

La Renfe, la compagnie des chemins de fer espagnols, a précisé que le train express qui reliait Madrid à la ville d'El Ferrol, en Galice, transportait 247 personnes, et que le déraillement s'était produit à 20h41 (18h41 GMT).

La ministre de l'Equipement, Ana Pastor, a prévenu qu'il était trop tôt pour tirer des conclusions. De source gouvernementale, on précise qu'aucune annonce ne sera faite sur les causes de l'accident avant l'examen des boîtes noires.

"On a entendu un bruit énorme et puis on a déraillé", a raconté Ricardo Martinez, un passager rescapé. "J'ai aidé à sortir du train quelques blessés et des cadavres. Je suis entré dans un des wagons mais j'aime mieux ne pas vous dire ce que j'ai vu."

À LA VEILLE DES FÊTES DE SAINT-JACQUES

Ce drame est survenu à la veille de la fête catholique de saint Jacques, évangélisateur de l'Espagne, et près de son célèbre sanctuaire de Galice où affluent chaque année des milliers de pèlerins. L'office du tourisme de la ville a annoncé l'annulation de toutes les festivités.

Mariano Rajoy, lui-même né à Saint-Jacques-de-Compostelle, s'est rendu sur les lieux de l'accident jeudi matin et devait aller dans la journée dans le principal hôpital de la ville, avant de tenir une réunion d'urgence avec les autorités locales.

"Face à une tragédie comme celle qui s'est produite à Saint-Jacques-de-Compostelle, la veille du grand jour, je ne peux qu'exprimer ma plus grande sympathie en tant qu'Espagnol et Galicien", a-t-il dit dans un communiqué.

Les cliniques de la ville ont été vite débordées par l'afflux de blessés et les hôtels ont aménagé des chambres gratuites pour les proches des victimes.

Le gouvernement central a dépêché experts en médecine légale et personnels soignants par avion spécial. "Sur place, la scène est choquante, c'est dantesque", a déclaré le président de la région de Galice, Alberto Nunez Feijoo.

Les pompiers ont annulé un mouvement de grève pour participer aux secours. Les personnels d'hôpitaux, dont beaucoup ont vu leurs salaires réduits en raison de la crise économique qui affecte l'Espagne, ne comptaient pas leurs heures supplémentaires pour venir en aide aux blessés.

L'accident est l'un des plus graves survenus ces 25 dernières années en Europe, le plus meurtrier restant l'accident de Kaprun en Autriche. Un incendie dans le tunnel d'un funiculaire avait enflammé en 2000 un train bondé de skieurs, faisant 155 morts.

Avec la rédaction de Madrid, Jean-Stéphane Brosse, Julien Dury et Guy Kerivel pour le service français, édité par Pascal Liétout

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