Castro est parti, Trump arrive, Cuba s'interroge

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    par Simon Gardner et Ana Isabel Martinez 
    LA HAVANE, 27 novembre (Reuters) - Du débarquement la Baie 
des cochons en 1961 à la visite historique de Barack Obama en 
mars dernier, le régime cubain a toujours su faire preuve 
d'orgueil. Mais avec la mort "d'El Comandante" et l'arrivée de 
Donald Trump qui se profile à la Maison blanche, les relations 
entre Washington et La Havane entrent dans l'inconnue. 
    Sur l'île communiste, beaucoup redoutent que le futur 
président américain referme la porte entrouverte depuis le 
rétablissement des relations diplomatiques initié par Raul 
Castro et Barack Obama. 
    Au cours de sa campagne électorale, Donald Trump a assuré la 
communauté américano-cubaine de Floride qu'il ferait preuve de 
fermeté face au régime castriste et s'est même engagé à refermer 
les portes l'ambassade américaine à La Havane, rouvertes à l'été 
2015. 
    L'homme d'affaires semblait toutefois moins vindicatif 
lorsqu'il déclarait au cours de la primaire républicaine qu'il 
s'accommodait du rétablissement des relations diplomatiques tout 
en reprochant à Barack Obama de n'avoir pu obtenir de meilleur 
accord avec La Havane. 
    A l'annonce de la mort de Fidel Castro, Barack Obama a 
évoqué une "figure singulière" tandis que son successeur 
fustigeait un "dictateur brutal" dont l'héritage pouvait se 
résumer à des "des pelotons d'exécution, du vol, des souffrances 
inimaginables", tout assurant que son gouvernement ferait "tout 
ce qu'il peut pour faire en sorte que le peuple cubain s'engage 
finalement sur le chemin de la prospérité et la liberté." 
    A Cuba comme à Miami, on s'interroge désormais sur 
l'approche que retiendra le 45e président des Etats-Unis. 
     
    DIX PRÉSIDENTS 
    Fidel Castro est entré dans la lumière en 1959 en renversant 
un gouvernement soutenu par les Etats-Unis, a repoussé une 
opération anticastriste appuyée par la CIA en 1961 et a toisé le 
président Kennedy lors de la crise des missiles un an plus tard. 
    Au cours des 49 années qu'il a passé à la tête de l'île, il 
a croisé le fer avec dix présidents américains et s'il est resté 
dans l'ombre depuis qu'il a passé les rênes du pouvoir à son 
frère Raul, il n'a jamais manqué une occasion de rappeler aux 
Cubains que les Etats-Unis restaient leur principal adversaire. 
    Si Raul Castro n'a pas cédé à Barack Obama qui réclamait 
l'avènement d'un régime pluraliste, beaucoup de Cubains se 
demandent s'il sera de taille à affronter Donald Trump. 
    "Avec la mort "d'El Comandante, l'avenir me préoccupe car je 
redoute ce que pense Donald Trump et sa manière de se 
comporter", explique Yaneisi Lara, une vendeuse de rue de 36 
ans. 
    "Il est capable de repartir en arrière et de bloquer tout ce 
qui a été enclenché, toutes les choses qu'Obama a faites, et il 
en a fait beaucoup, pour rapprocher les Etats-Unis de Cuba", 
a-t-elle dit, ajoutant qu'elle songeait à s'exiler de l'autre 
côté du détroit de Floride. 
    Malgré ses efforts, Barack Obama n'est pas parvenu à lever 
l'embargo américain qui frappe Cuba, même s'il s'est dit 
personnellement opposé à ce régime de sanctions et qu'il a 
utilisé ses prérogatives présidentielles pour améliorer les 
relations commerciales entre les deux pays. 
    Coïncidence du calendrier, le premier vol commercial 
américain pour La Havane en près d'un demi-siècle doit arriver 
lundi.  
     
    TRUMP RESTE FLOU 
    Toutes les mesures prises par Barack Obama pourront être 
facilement levées par son successeur. Si Donald Trump est resté 
flou sur ses intentions, il a recruté dans son équipe de 
transition un partisan du maintien de l'embargo, Mauricio 
Claver-Carone. 
    "Trump est l'exact opposé d'Obama", observe Pablo Fernandez 
Martinez, un chauffeur de taxi âgé de 39 ans. 
    Si difficile qu'elles soient, les conditions de vie des 
Cubains se sont légèrement améliorées depuis le rétablissement 
des relations diplomatiques qui ont permis l'arrivée de devises 
sur l'île. Mais cette embellie pourrait ne pas durer, redoute  
Pablo Fernandez Martinez. 
    "Il y aura sans doute moins de tourisme. Cela pénalisera 
tout le monde à Cuba et cela pénalisera l'économie", explique ce 
père de famille qui gagne de 100 à 120 dollars (95 à 115 euros) 
par semaine en transportant des touristes. 
    Ingénieur à la retraite âgé de 68 ans, Pedro Machado, loue 
désormais quelques chambres dans son appartement situé près de 
la célèbre promenade du "Malecon", le front de mer de La Havane. 
Devant son poste de télévision, il ne cache pas son inquiétude. 
    "Les politiques de Trump sont très agressives. Il va falloir 
attendre de voir ce qu'il fait réellement, mais il s'agit sans 
aucun doute d'une mauvaise nouvelle pour l'Amérique latine et 
pour Cuba en particulier"", dit-il.  
    "Ma génération a bénéficié de la révolution de Fidel, pour 
l'éducation, les pauvres ont été aidés. Tout n'a pas été rose, 
mais Fidel nous a aidés", ajoute-t-il.  
    "Les Etats-Unis se sont comportés en empire et c'est ce que 
Trump représente. Avec tout ce qu'il a dit, l'avenir n'est pas 
encourageant." 
 
 (Avec Marc Frank, Nicolas Delame pour le service français) 
 
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