Cassez libérée après sept ans de détention au Mexique

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LA COUR SUPRÊME DU MEXIQUE ORDONNE LA LIBÉRATION IMMÉDIATE DE FLORENCE CASSEZ
LA COUR SUPRÊME DU MEXIQUE ORDONNE LA LIBÉRATION IMMÉDIATE DE FLORENCE CASSEZ

par Alexandra Alper

MEXICO/PARIS (Reuters) - La Française Florence Cassez a été libérée mercredi sur décision de la justice après sept ans de détention au Mexique.

Constatant une violation de ses droits fondamentaux lors d'un procès entaché d'irrégularités, la Cour suprême a ordonné la libération immédiate de la Française âgée de 38 ans arrêtée en décembre 2005 puis condamnée à soixante ans de prison pour son rôle présumé dans un gang spécialisé dans les enlèvements.

Florence Cassez, qui a toujours clamé son innocence, a quitté dans la soirée la prison pour femmes de Tepepan, à Mexico, à bord d'un 4x4 escorté de véhicules de police, en direction de l'aéroport où elle devait prendre un avion pour la France.

"C'est un grand bonheur, c'est une grande émotion, c'est un moment inouï", a déclaré à Reuters son avocat français, Me Frank Berton, présent à Mexico.

La mère de Florence, Charlotte Cassez, a fait part de son soulagement et de sa joie. "Je suis folle de joie, je ne peux rien dire d'autre, j'ai encore du mal à le croire", a-t-elle dit à la presse dans une brasserie parisienne située près du siège du comité de soutien.

Lors d'une allocution, le président François Hollande a salué la décision de la Cour suprême mexicaine.

"J'ai une reconnaissance pour la justice mexicaine parce qu'elle a fait prévaloir le droit, c'était la confiance qu'on avait porté à son endroit", a-t-il déclaré. "Et aujourd'hui nous pouvons dire qu'entre la France et le Mexique, nous avons les meilleures relations qu'il soit possible d'établir."

AUDIENCE À SUSPENSE

Florence Cassez avait été arrêtée en décembre 2005 en compagnie de son ami mexicain de l'époque, Israel Vallarta, accusé de commander un gang responsable d'enlèvements, dans une ferme des environs de la capitale.

En 2008, elle avait été condamnée à 96 ans de prison au terme d'un procès à huis clos et sans jurés, comme c'est souvent le cas au Mexique, pour enlèvement, association de malfaiteurs, possession d'armes et de munitions. La peine avait été réduite à soixante ans de prison l'année suivante.

Ses avocats affirmaient que les droits de la Française avaient été bafoués avant sa mise en accusation. Ils faisaient valoir que le témoignage au centre de sa condamnation avait été faussé par une reconstitution diffusée en direct par la télévision mexicaine. L'Agence fédérale (police) mexicaine a reconnu en 2010 avoir procédé à une reconstitution de l'arrestation, expliquant avoir agi à la demande de la presse.

La Cour suprême a rejeté le 21 mars 2012 une demande de remise en liberté immédiate mais ouvert la voie au réexamen qui a débouché sur la décision de mercredi. Un pourvoi en cassation avait été également rejeté en février 2011.

Trois des cinq magistrats ont voté en faveur de la proposition de la juge Olga Sanchez Cordero lors d'une audience retransmise à la télévision.

L'audience a un moment semblé pencher en défaveur de la Française, lorsque deux des magistrats se sont opposés à l'annulation de la condamnation proposée par la magistrate.

Prenant la parole en dernier, Olga Sanchez Cordero a tenu compte des objections, modifié sa formulation, rappelé que les droits fondamentaux de Florence Cassez n'avaient pas été respectés et convaincu deux de ses collègues d'ordonner une libération immédiate.

UN CASSE-TÊTE DE MOINS POUR LE PRI

La libération de Florence Cassez est un casse-tête diplomatique de moins pour le président Enrique Pena Nieto, qui a pris ses fonctions en décembre après le retour au pouvoir du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) aux dépens du Parti d'action nationale (PAN) de son prédécesseur Felipe Calderon.

L'affaire Cassez a tendu les relations entre Paris et Mexico. L'année du Mexique en France, prévue en 2011 et que Nicolas Sarkozy, alors président, souhaitait dédier à Florence Cassez, a été annulée. L'ancien chef d'Etat s'est dit "très ému et très heureux" en apprenant la libération de la Française.

Recevant en octobre Enrique Peña Nieto, François Hollande avait dit faire "confiance à la Cour suprême pour en terminer avec cette situation que nous jugeons douloureuse mais qui est (...) entre les seules mains de la justice mexicaine".

Selon un responsable du PRI, des membres de l'entourage de l'ancien président Felipe Calderon ayant supervisé l'arrestation pourraient être visés par des poursuites.

"Diverses autorités ont été impliquées et je suis sûr que toutes, je dis bien toutes, sont désormais confrontées à la possibilité de poursuites", a assuré le sénateur Arturo Zamora.

Le PAN a condamné la libération de la Française. "Il ne nous reste plus qu'à nous aligner à la sortie de la prison et de crier longue vie à la nouvelle Jeanne d'Arc", a déclaré l'ancien ministre du Travail Javier Lozano sur son compte Twitter.

Les critiques de la justice mexicaine verront dans ce dossier une aptitude du système à reconnaître ses erreurs. Les proches des victimes d'enlèvements ont en revanche déploré la décision de la Cour suprême, alors que des milliers d'affaires restent impunies dans le pays.

"La Cour suprême libère les coupables, ne respecte que leurs droits, pendant que les victimes sont jetées sous l'Arc de Triomphe", a lancé Isabel Miranda de Wallace, connue au Mexique pour avoir réussi à faire condamner les kidnappeurs et meurtriers de son fils malgré l'inaction de la police.

Avec Marine Pennetier à Paris; Jean-Loup Fiévet, Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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  • frinie1 le jeudi 24 jan 2013 à 09:31

    Que de bruit pour une affaire. A croire que le monde allait s'arrêter. Et pendant ce temps, rien d'autre à signaler en France ni à l'étranger (Syrie, Mali, les otages etc..., la crise, ....) STOP, cela suffit

  • ANOSRA le jeudi 24 jan 2013 à 09:04

    C'est une bonne nouvelle et en plus ça permet à la compagne de Moi Président d'exister par un nouveau Tweet, donc tout va bien!

  • M1765517 le jeudi 24 jan 2013 à 08:25

    c'est pourtant pas fini, livre, show télé, adaptation ciné, bref la fortune compensatrice !

  • M1178616 le jeudi 24 jan 2013 à 08:13

    je ne peux que me réjouir de cette libération. Mais "trop c'est trop" tout ce battage médiatique de l'élysée à l'accaparation des écrans. En France nous avons connu (et il en existe encore) des personnes accusées injustement et blanchies. Il n'y a pas eu de tels déploiments médiaco - politiques.Laissons F.CASSEZ profiter de sa liberté et arrêtons tout ce déballage.