Casino: Muddy Waters remet le couvert, mais l'action résiste

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(CercleFinance.com) - A la veille de la publication par Casino de ses résultats annuels, Muddy Waters remet le couvert : le vendeur à découvert américain dirigé par Carson Block estime en effet que selon de 'nouvelles informations', la reprise des marges de la division française du distributeur contrôlé est sujette à caution, quand 'les problèmes de gouvernance au Brésil seraient plus importants” que la direction ne l'admet. Mais à la Bourse de Paris, l'action Casino se montre résistante : elle d'ailleurs a presque retrouvé le niveau qui était le sien avant la première charge de Muddy Waters, le 17 décembre dernier.

Si l'action Casino reste lourdement 'shortée' à la Bourse de Paris, son recul est cependant modéré ce matin (- 1,7% à 47,7 euros), à comparer avec celui du SBF 120 (- 1,7% également). Soulignons que la valeur de l'action Casino, tombée à 35 euros en janvier, a rattrapé la quasi-totalité du terrain perdu depuis la première attaque de Muddy Waters, mi décembre.

Ces dernières années, Muddy Waters s'est fait connaître comme une sorte de justicier révélant des “arnaques” boursières par exemple, en juin 2011, la société canadienne Sino-Forest Corporation. Sino-Forest était censée être une société forestière chinoise qui capitalisait, à l'époque, plus de quatre milliards de dollars américains à la Bourse de Toronto. Muddy Waters l'a dénoncée comme étant une escroquerie “pump & dump” à la Madoff, ce qu'elle était vraiment. L'année suivante, sous le coup d'une enquête de la police canadienne, la société faisait banqueroute. Muddy Waters jouit depuis d'une certaine réputation.

Sauf que Muddy Waters n'est pas seulement un justicier, mais qu'il est aussi sinon surtout un vendeur à découvert : avant de rendre publiques ses notes de recherche assassines, il prend des positions vendeuses ('short') sur le titre concerné, ce qui lui permet de gagner de l'argent quand ce dernier baisse.

Tel était le cas lorsque de la première charge Muddy Waters contre Casino, le 17 décembre dernier. A l'époque, Muddy Waters estimait que la dette de la cascade de holdings menant de Casino à Jean-Charles Naouri, son patron et principal actionnaire, était bien plus élevée que ce que les comptes et les bilans, pourtant légaux, laissaient apparaître. Leur objectif de cours sur l'action Casino : 6,91 euros. Quant à Rallye, autre société cotée qui contrôle le capital de Casino, Muddy Waters estimait probable son défaut de paiement dans les deux ans et lui assignait une cible de... 0 (zéro) euro.

Cependant, les autres bureaux d'études n'ont pas suivi Muddy Waters. Le 13 janvier dernier, la société de Carson Block rendait publique une lettre adressée au directeur financier de Casino, Antoine Giscard d'Estaing, et réitérant ses attaques. Ce qui n'a pas empêché l'action de se reprendre.

C'est peut-être la raison pour laquelle Muddy Waters revient à la charge aujourd'hui. Dans sa dernière note, le vendeur découvert estime que selon ses propres sources, les acheteurs de Casino ont exercé une pression inhabituellement forte sur leurs fournisseurs au 2e semestre 2015, supérieure selon eux aux pratiques courantes en France. Il ajoute que la cession des parts de Casino dans Big C Thailand ne règle pas le problème du bilan, et que la gouvernance des filiales brésiliennes est fragilisée par l'affrontement avec l'ex-partenaire local de Casino, Abilio Diniz.

Encore plus fort : le bureau d'études indique avoir soumis les compte-rendus des conférences téléphoniques de Casino (où intervient notamment le directeur financier, Antoine Giscard d'Estaing) à un 'analyste comportemental' travaillant avec la CIA, l'agence de renseignement américaine. Il en ressort, selon Muddy Waters, de 'nombreuses indications' que les réponses de M. Giscard d'Estaing auraient été 'évasives ou trompeuses' sur plusieurs sujets clés.

Pour mémoire, l'action Casino a, comme l'ensemble des valeurs endettées, commencé à reculer au printemps 2015, soit bien avant que Muddy Waters ne sorte du bois : début mars 2015, elle dépassait les 87 euros, quand le 16 décembre (la veille de l'attaque de Muddy), elle était tombée vers 49 euros. Un mois plus tard, dans des marchés difficiles, elle plongeait vers 35 euros. Avant de se reprendre de près de 40% pour revenir à 48 euros.

Dans ces conditions, le “shorteur” shorte-t-il toujours ? Selon les avis publiés par l'AMF, Muddy Waters Capital a vendu à découvert jusqu'à 0,92% du capital de Casino en date du 16 décembre, mais il a ensuite réduit sa position vendeuse à 0,51% dès le 18 décembre. Nouvelle réduction à 0,31% en date du 4 janvier 2016. Selon la réglementation boursière européenne, l'AMF ne publie pas les positions 'short' portant sur moins de 0,5% du capital. Bref, Muddy Waters a déjà réduit fortement son pari baissier initial sur Casino et n'a pas, à ce jour, franchi de nouveau à la hausse la barre des 0,5%. Le vendeur à découvert Muddy Waters continue d'attaquer Casino avec des notes agressives, mais de lui-même, il “shorte” beaucoup moins l'action - voire plus du tout.

La “Muddy Waters' touch” aurait-elle perdu de son acuité ? On peut se poser la question. Le 17 février 2015, Carson Block s'est penché sur une autre cascade de holdings bien française : Bolloré. Pour la première fois de son histoire, Muddy Waters a estimé que sa structure dissimulait de la valeur et a donc émis une préconisation d'achat en visant 8,5 euros. Soit un beau potentiel de gain puisqu'à l'époque, l'action Bolloré cotait 4,3 euros. Un an plus tard, elle est revenue à 3,6 euros.

EG


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