Casino juge le climat peu propice aux discussions sur Monoprix

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CASINO JUGE LE CLIMAT PEU PROPICE AUX DISCUSSIONS SUR MONOPRIX
CASINO JUGE LE CLIMAT PEU PROPICE AUX DISCUSSIONS SUR MONOPRIX

par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - Le PDG de Casino, en conflit ouvert avec les Galeries Lafayette sur la valorisation de la participation de 50% dans Monoprix que les grands magasins sont susceptibles de lui vendre, a estimé mardi que le climat était peu propice à la négociation.

Selon un protocole d'accord liant Casino et les Galeries Lafayette, coactionnaires de l'enseigne de centre-ville, les Galeries peuvent exercer une option de vente de leur propre participation depuis le 1er janvier 2012.

Mais la bataille est engagée sur la valorisation de cette part et les Galeries Lafayette ont assigné Casino en justice le 21 février devant le tribunal de commerce de Paris sur ce dossier.

Les grands magasins estiment leur part de 50% à 1,95 milliard d'euros, tandis que Casino la valorise à 700 millions seulement, un chiffre très éloigné de l'évaluation de 1,225 milliard d'euros figurant dans ses comptes au 31 décembre 2010.

Après avoir affirmé que cette assignation était "sans fondement" et n'avait "pas de chance d'aboutir", le PDG de Casino Jean-Charles Naouri, lors d'une conférence consacrée aux résultats annuels du groupe, a dit souhaiter que la "sérénité revienne" et a qualifié la dispute de "tempête dans un verre d'eau".

"Nous sommes naturellement prêts à des négociations, mais nous sommes aussi naturellement prêts à faire valoir nos droits", a-t-il dit avant d'ajouter, un peu plus tard, qu'il était cependant "très difficile de négocier lorsqu'il y a des assignations" et que le climat n'était "pas propice" à la négociation.

Pour le PDG de Casino, le conflit ne concerne ni la stratégie de Monoprix ni celle de Casino, "ni l'appréciation très flatteuse que nous portons sur le management de Monoprix, auquel nous rendons hommage".

ÉCART DE VALORISATION

Longuement interrogé sur l'écart de valorisation de la part des Galeries Lafayette entre la fin 2010 et le prix de 700 millions d'euros proposé aujourd'hui par Casino, Jean-Charles Naouri a évoqué la nécessité de prendre en compte une baisse moyenne des capitalisations boursières de l'ordre de 20% dans la distribution en 2011, le recul de 7% de l'Ebitda de Monoprix l'an dernier et une dette de référence passée de 400 à 597 millions d'euros "quand on la retraite d'une série d'éléments".

Dans les comptes de Casino, sa propre part de 50% dans Monoprix est valorisée aux environs d'un milliard d'euros, a précisé le directeur financier du groupe, Antoine Giscard d'Estaing.

Jean-Charles Naouri a également estimé que le prolongement d'un an du mandat de Philippe Houzé à la tête de Monoprix constituait une violation "frontale" du protocole passé entre les parties, alors que la présidence de Monoprix devait lui revenir en mars 2012.

Il a tenu à souligner que le processus d'évaluation avait été déclenché à la seule initiative des Galeries Lafayette et assuré que ces dernières avaient entravé ce processus en interdisant aux banques d'avoir accès au management de Monoprix, au motif que ce dernier serait favorable à Casino.

"Monsieur Houzé a voulu que l'évaluation repose sur un plan d'affaires établi par lui-même et visant une croissance très forte des résultats (...) ce qui est évidemment souhaitable mais peu crédible dans le contexte actuel", a-t-il poursuivi, ajoutant que les résultats de l'enseigne étaient à peu près stables depuis quatre ou cinq ans.

Casino prévoit quant à lui une croissance nulle ou faible pour Monoprix.

CRAINTE D'UNE MANOEUVRE

Les Galeries Lafayette justifient quant à elles cette demande d'évaluation par la crainte d'une manoeuvre du patron de Casino, ce dernier ayant demandé à ce que le protocole d'accord soit renouvelé pour un an seulement au lieu des trois ans prévus.

Jean-Charles Naouri a réaffirmé qu'il n'était pas vendeur de sa part dans Monoprix, "un actif stratégique dans le cadre de la construction par Casino d'un ensemble d'enseignes de proximité".

L'enseigne est aussi l'actif le plus rentable de Casino en France.

Concernant le distributeur brésilien Grupo Pao de Açucar (GPA) codétenu avec l'homme d'affaires Abilio Diniz, l'option de prise de contrôle de la société se fera selon Casino à un coût compris entre zéro et 10 millions de dollars.

Casino détient aujourd'hui 50% des droits de vote de GPA et pourra le 22 juin acquérir une action supplémentaire lui donnant le contrôle effectif de la société.

Abilio Diniz, avec qui Jean-Charles Naouri s'est violemment affronté lors d'une homérique bataille contre Carrefour, dispose d'une option de vente de 0,7% du capital de GPA qui, s'il l'exerce, coûtera à Casino environ 10 millions de dollars au cours actuel.

Malgré des relations très dégradées entre les deux hommes, Jean-Charles Naouri a assuré qu'Abilio Diniz pourrait conserver, s'il le souhaite et conformément aux accord prévus, la présidence du conseil d'administration du distributeur brésilien.

Le directeur financier de Casino a précisé à Reuters que cette prise de contrôle pouvait parfaitement se faire, au regard de la loi brésilienne, sans obligation de lancer une - coûteuse - OPA sur les minoritaires.

Edité par Dominique Rodriguez

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