CASA ou les difficultés des banques de second rang

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LES BANQUES EUROPÉENNES MOYENNES FACE À LA RÉGULATION ET LA CRISE
LES BANQUES EUROPÉENNES MOYENNES FACE À LA RÉGULATION ET LA CRISE

par Christian Plumb

PARIS (Reuters) - Les banques européennes de taille intermédiaire risquent de voir monter la pression pour qu'elles sortent de certains métiers, comme le conseil en fusions-acquisitions, à mesure que la régulation se traduit par de nouveaux coûts et que la crise se prolonge.

Qu'il s'agisse de Crédit agricole S.A. (CASA) en France ou de Commerzbank en Allemagne, beaucoup de banques européennes de second rang éprouvent des difficultés à suivre les mastodontes américains comme Goldman Sachs ou JP Morgan dans les classements de banque d'investissement.

Alors que l'écart se creuse, les professionnels se demandent même si ces établissements doivent rester dans la compétition.

"Il n'y a pas de place pour quatre banques d'investissement en France", souligne un banquier senior basé à Paris, qui a souhaité conserver l'anonymat.

La question se pose toutefois pour CASA, troisième banque française par la capitalisation boursière.

Alors que le numéro un français, BNP Paribas, a dévoilé des ambitions en Asie et souhaite se renforcer aux Etats-Unis, CASA, la Société générale et Natixis parachèvent l'allègement de leurs structures.

CASA a notamment réduit la voilure dans plusieurs activités de marché - actions, dérivés et conseil en fusions-acquisitions - pour donner la priorité à ses activités de banque de détail et de banque privée.

Pour Antonio Guglielmi, analyste chez Mediobanca, CASA devrait envisager la cession de toutes ses activités de banque d'investissement pour se recentrer sur la gestion d'actifs - le groupe contrôle une société dans ce domaine avec la SocGen, Amundi - et la banque de détail.

L'appétit des acheteurs pourrait toutefois se faire attendre. Pressées par les impératifs de Bâle III, les banques préfèrent protéger leur capital et renâclent à s'intéresser à des portefeuilles de crédit parfois dégradés.

Jointes par Reuters, les équipes de CASA n'ont pas souhaité faire de commentaire.

DES ACTIVITÉS GOURMANDES EN CASH

"Si on évalue les bilans (des structures des banques d'investissement en Europe, NDLR) à la valeur de marché, ils sont négatifs", souligne un banquier basé à Londres.

"Il y a peut-être des activités intéressantes, de bonnes équipes mais nous ne voudrions que les équipes (...) donc plutôt que de racheter des structures, autant aller recruter les banquiers qui y travaillent", ajoute-t-il.

Selon lui, les cellules de banque d'investissement de Commerzbank, Société générale ou CASA consomment beaucoup de ressources sans nécessairement délivrer les performances attendues. Elles devraient donc continuer à vivre sous la perfusion de leurs maisons mères.

CASA, qui a longtemps dominé le créneau du financement long dans les transports et l'énergie notamment, a décroché l'an dernier de la quatrième à la septième place, selon des données Thomson Reuters.

Les revenus de ses activités de marché ont totalisé 322 millions d'euros au quatrième trimestre, contre 1,28 milliard en moyenne chez ses concurrentes, signale Mediobanca. Les revenus de ces mêmes activités ont atteint 644 millions d'euros au cours la même période chez Société générale, par exemple, et 771 millions d'euros chez Credit Suisse.

Depuis le début de la crise financière, les banques désireuses de couper dans leurs activités de marché ont d'abord ciblé les actions, les dérivés et le conseil en fusions-acquisitions en vue de conserver une présence sur le marché des changes et les obligations, ces savoir-faire étant particulièrement recherchés chez les institutionnels.

CAP AU NORD ?

Dans un contexte où la régulation devient de plus en plus onéreuse pour les établissements de crédit, les banques de second rang pourraient devoir se concentrer à l'avenir sur les services à rendre à leurs plus gros clients, tout en acceptant de devenir de plus petits acteurs au niveau mondial ou européen.

Même si leur modèle spécifique serait difficile à transposer en Europe, certaines banques scandinaves ont montré qu'il était possible de demeurer rentable, notamment dans les activité de banque d'investissement, grâce à une solide expertise régionale.

"Nous ne sommes pas un acteur global. Mais lorsque je discute avec les grands du secteur, on me répond que nous sommes les compétiteurs les plus difficiles", a déclaré à Reuters Christian Clausen, directeur général de Nordea.

La rentabilité des capitaux propres de Nordea s'est élevée à 11,6% en 2012 et celle de sa concurrente Swedbank à 14,4%. Elle s'est établie chez SocGen à 1,1%.

CASA n'a pas souhaité communiquer ce ratio aux investisseurs. Selon des données Thomson Reuters, il est ressorti à -6% l'an dernier.

Avec Matthias Blamont, édité par Dominique Rodriguez

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