Carroserie automobile : le monopole des constructeurs agace

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Un collectif, réuni autour d'UFC Que Choisir, dénonce le verrouillage du marché des pièces de carrosserie par les constructeurs qui selon eux, pénalise les automobilistes.

Pour changer une aile, un pare-chocs, un rétroviseur ou un clignotant, l'automobiliste français n'a pas le choix: il doit se tourner vers son constructeur qui en maîtrise la production et la vente. C'est ce monopole -légal- sur plus de 70% des ventes de pièces de rechange que le collectif Libère mon auto souhaite voir s'effriter. Ce dernier, qui rassemble des professionnels de la distribution automobile, de l'artisanat et de la carrosserie, mais aussi l'UFC Que choisir, appelle le Parlement à se pencher sur le sujet à l'occasion du projet de loi de consommation, discuté en septembre par les sénateurs.

Libère mon auto dénonce la hausse continue des prix imposés par les constructeurs pour ces pièces de carroserie. Entre 2005 et 2011, ils auraient bondi de 30,5%. Dans le reste de l'Europe, où de nombreux pays comme l'Allemagne, l'Espagne ou la Belgique appliquent une directive allant dans le sens de la libéralisation, les prix sont en moyenne 30 à 40% moins élevés. De plus en plus d'automobilistes français n'hésitent plus à traverser les frontières pour s'y faire changer une pièce.

Libère mon auto souhaite ainsi que le consommateur français ait lui aussi accès à des pièces de carrosserie fabriquées par les constructeurs ou leurs fournisseurs via des réseaux de distribution «indépendants et concurrentiels» et puisse utiliser des pièces alternatives, moins chères, fabriquées par des entreprises indépendantes. «L'exception française n'est plus justifiée ni juridiquement, ni économiquement, ni socialement, au moment où le pouvoir d'achat en déclin des consommateurs est mis à mal par ces tarifs injustifiés», souligne l'UFC Que Choisir dans un communiqué.

Irrités, les constructeurs dénoncent une man½uvre qui risque d'aboutir à la contrefaçon de leur design et à l'achat de pièces dangereuses. Ils préviennent surtout de la destruction potentielle de plus de 2000 emplois dans un secteur déjà sinistré et un effet domino chez leur sous-traitants. «Les constructeurs usent et abusent de l'argument 'tarte à la crème' de l'emploi. Cet argument ne tient pas. D'une part, le monopole n'a pas empêché l'hémorragie intervenue en France chez les constructeurs et leurs sous-traitants. D'autre part, les pièces destinées à la réparation du parc en circulation sont massivement fabriquées à l'étranger et hors Union Européenne comme l'attestent les étiquettes d'importation», rétorque le collectif. Ce dernier précise qu'autoriser les équipementiers à commercialiser librement leurs produits permettrait, au contraire, de maintenir et développer des lignes de production spécialement dédiées à la rechange.

Dans ce bras de fer, Libère mon auto a obtenu l'appui du Conseil d'État qui a rejeté la semaine dernière un recours déposé par les constructeurs contre l'Autorité de la concurrence. Dans un rapport daté d'octobre 2012, cette dernière dressait un bilan alarmant du marché des pièces détachées et préconisait aussi d'«ouvrir de manière progressive et maîtrisée le marché des pièces de rechange visibles». L'UFC que Choisir a chaleureusement salué cette décision de justice. «Après la victoire judiciaire, à quand la reconnaissance législative?», s'interroge-t-elle.

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  • P.Baelen le mardi 23 juil 2013 à 14:40

    On t'as dit que les mêmes pièces étaient 30% moins cher en passant la frontière ... on te parle pas des contrefaçons chinoises ...

  • bordo le mardi 23 juil 2013 à 14:16

    Moi, je préfère acheter des pièces chères qui marchent que des pièces pas chères qui pètent net