Cannes: "Vous n'avez encore rien vu" selon Alain Resnais

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Cannes: "Vous n'avez encore rien vu" selon Alain Resnais
Cannes: "Vous n'avez encore rien vu" selon Alain Resnais

par Wilfrid Exbrayat

CANNES (Reuters) - Source d'inspiration du théâtre, le mythe d'Orphée et Eurydice l'est également pour le cinéma et, après Jean Cocteau, c'est au tour d'Alain Resnais de l'explorer au travers de "Vous n'avez encore rien vu", projeté lundi à Cannes.

Cela fournit aussi l'occasion pour le réalisateur d'"Hiroshima mon amour", venu présenter "Les herbes folles" sur la Croisette voici trois ans, de porter à nouveau à l'écran des textes pensés pour la scène, comme il le fit par exemple avec le dyptique "Smoking/No smoking" en 1993.

Jean Marais et Marie Déa jouaient Orphée et Eurydice dans le flamboyant "Orphée" de Jean Cocteau, en 1950. Dix ans plus tard, l'écrivain, poète et cinéaste y revenait avec "Le testament d'Orphée". Il interprétait lui-même le poète mythique.

Alain Resnais, lui, adapte deux pièces de Jean Anouilh, "Eurydice" et "Cher Antoine ou l'amour raté", respectant le texte du dramaturge à la lettre et se contentant d'ajouter quelques répliques pour assurer la continuité scénaristique.

Un auteur dramatique (Denis Podalydès), qui se prétend décédé, convoque des acteurs, en un lieu indéterminé présenté comme son dernier coup de cour immobilier, pour leur demander de juger sur pièces une représentation filmée d'Eurydice par une toute nouvelle compagnie.

Sabine Azéma, Anne Consigny, Pierre Arditi, Lambert Wilson, Michel Piccoli, Anny Duperey, Hippolyte Girardot, Mathieu Amalric, qui gardent leur nom dans le film de Renais, vont alors réciter et rejouer les rôles qu'ils ont tenus par le passé, "capturés par les spectres et les fantômes de leurs souvenirs", comme il est dit dans le long métrage.

Ce cousinage entre cinéma et théâtre, Resnais l'affectionne. "Il y a une chose qui me préoccupe depuis des dizaines d'années, c'est l'idée reçue qu'il y a une opposition totale entre le théâtre et le cinéma", a-t-il expliqué à la presse.

"On voit bien où sont les différences mais il me semble qu'il y a quelque chose de capital et qui va rapprocher théâtre et cinéma c'est qu'on a besoin d'acteurs", a-t-il ajouté.

MASCOTTE

Alain Resnais se fait encore plus précis, sur ce point, dans les notes de production sur le rapport théâtre-cinéma.

"Ce que je cherche toujours dans mes films, c'est une langue de théâtre, un dialogue musical qui invite les acteurs à s'éloigner d'un réalisme du quotidien pour se rapprocher d'un jeu décalé", écrit-il.

De fait, "Vous n'avez encore rien vu" met le jeu de l'acteur au premier plan, déclinant un même rôle suivant trois interprétations différentes. C'est son thème même.

Quant au titre, sans grand rapport avec l'intrigue, Resnais en a donné une explication amusante.

"Je dirais qu'il s'est faufilé tout seul dans la salle de montage. On l'a dit d'abord en blaguant et c'est devenu une espèce de proverbe entre nous mais on ne pensait pas du tout que ça allait rester", a-t-il dit, expliquant que la formule figurait collée sur les bobines de film. "On l'a adoptée, c'est devenu une sorte de mascotte".

Le producteur du film, Jean-Louis Livi, a voulu faire passer le message que produire un film d'Alain Resnais, et plus généralement d'auteur, n'était pas de tout repos, même en France.

"Faire un film d'Alain Resnais n'est pas quelque chose de facile", a-t-il déclaré. "Si les comédiens n'avaient pas consenti tous ces efforts, avec une bienveillance absolue, le film n'aurait pas pu se faire".

"Vous n'avez encore rien vu" doit sortir sur les écrans en septembre.

édité par Gilles Trequesser

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