Cannes: prestation en demi-teinte de la Corée du Sud

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Cannes: prestation en demi-teinte de la Corée du Sud
Cannes: prestation en demi-teinte de la Corée du Sud

par Wilfrid Exbrayat

CANNES (Reuters) - Si le cinéma américain est revenu en force cette année dans la compétition cannoise, il n'en va pas de même d'une cinématographie asiatique qui n'était représentée durant ce 65e Festival que par deux films sud-coréens peu mémorables.

Ce cinéma, d'une grande diversité, s'est pourtant fait remarquer sur la Croisette dans le passé.

Lee Chang-donc, qui fut ministre de la Culture dans son pays, obtint en 2010 le Prix du scénario avec "Poetry". Trois ans auparavant, "Secret Sunshine", du même réalisateur, valait à son actrice principale Jeon do-Yeon le Prix d'interprétation féminine.

En 2004, "Old Boy", adaptation d'un manga célèbre de Park Chan-wook, était reparti avec le Grand Prix.

Il revenait cette année aux réalisateurs Im Sang-Soo et Hong Sangsoo de défendre les couleurs du "Pays du matin calme".

Im Sang-soo paraît trouver un plaisir certain à décrire les turpitudes de la grande bourgeoisie d'affaires sud-coréenne, celle des grands groupes industriels ou "chaebol".

Il s'y employait déjà dans "The Housemaid", remake d'un classique coréen des années 1960 présenté à Cannes en 2010, et a récidivé samedi avec "L'ivresse de l'argent".

Son dernier film est un peu un "Dallas" à la coréenne. Une famille opulente est dominée par un patriarche en fauteuil roulant. Son pouvoir, il le délègue à sa fille. Son gendre, qui étouffe dans cette famille, ne trouve son bonheur que dans les amours ancillaires.

Sa petite-fille s'entiche d'un jeune collaborateur de l'empire financier, un "porteur de valises", ici d'argent.

Cette opulence se bâtit parfois sur le sang - le gendre se suicide après la mort mystérieuse de la servante qu'il poursuivait de ses assiduités - et le film est empreint d'un esthétisme glacé, tant dans la lumière que dans les intérieurs design de la maison Baek.

"J'aime décrire la réalité de façon très froide", a dit le cinéaste samedi en conférence de presse.

L'érotisme est omniprésent, qu'il soit montré - par exemple lors d'une scène entre la marâtre de la maisonnée et le jeune collaborateur - ou simplement évoqué, la même marâtre comme pourvoyeuse de chair fraîche de celui qui est à présent le patriarche.

"Je m'inspire de grands auteurs classiques comme Balzac et Shakespeare et je voulais que l'influence de ce dernier se transmette au travers de mon film", a dit Im Sang-Soo.

"L'ivresse de l'argent" a été assez bien accueilli par des festivaliers un peu las en fin de manifestation. Mais sans plus.

UN DÉFI

A la différence d'Im Sang-soo, venu deux fois seulement à Cannes, Hong Sangsoo fait déjà figure d'habitué de la Croisette.

"In another Country", projeté lundi dernier, est le septième film qu'il y montre et sa troisième entrée dans la compétition. Il est reparti bredouille les deux fois précédentes.

Et, si l'on en juge par les avis de la critique, il ne ferait pas mieux cette fois encore.

Le titre de son dernier long métrage s'explique par la présence d'Isabelle Huppert dans le casting. Elle y incarne trois déclinaisons d'une même femme française qui se retrouve en Corée, en réalisatrice, en maîtresse de maison opulente et en épouse ayant un réalisateur coréen comme amant.

Le film conserve la facture légère habituelle au cinéaste, connaisseur du cinéma français au point d'avoir réalisé en 2004 un film dont le titre était "La femme est l'avenir de l'homme".

Isabelle Huppert avait vu ce film et avait dit lundi, en conférence de presse, qu'elle avait ressenti à son égard "une grande familiarité".

"Ce sentiment a trouvé un accomplissement dans la rencontre avec Hong Sangsoo", avait-elle ajouté, observant que le film comportait des "situations assez burlesques, sans trop de psychologie". C'était "une aventure très inédite et très agréable surtout", avait-elle souligné.

Hong Sangsoo a pour sa part déclaré que "la seule chose que je savais est que j'allais tourner en juillet, le lieu je le connaissais mais pas le sujet".

Travailler avec Isabelle Huppert "était pour moi un défi mais comme c'est une actrice que j'aime beaucoup je savais que ça allait bien se passer".

Wilfrid Exbrayat, édité par Jean-Baptiste Vey

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