Cannes: Palme d'or 2007, Mungiu revient avec un film déroutant

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Cannes: Palme d'or 2007, Mungiu revient avec un film déroutant
Cannes: Palme d'or 2007, Mungiu revient avec un film déroutant

par Wilfrid Exbrayat

CANNES (Reuters) - Cinq ans après avoir décroché la Palme d'or avec "4 mois, 3 semaines, 2 jours", le cinéaste roumain Cristian Mungiu présente un film tout aussi grave et maîtrisé mais dont la complexité a dérouté bon nombre de festivaliers.

"Au-delà des collines", insiste le dossier de presse, est "inspiré" par les romans non fictionnels de Tatiana Niculescu Bran. Cette journaliste a enquêté sur des événements survenus en 2005 dans le monastère roumain de Tanacu, où une femme est morte quelques semaines après avoir été supposément soumise à un exorcisme.

La journaliste en a tiré deux ouvrages, l'un sur le fait divers lui-même, l'autre sur le procès du prêtre défroqué qui aurait pratiqué l'exorcisme.

Dans le film de Cristian Mungiu, Alina (Cristina Flutur) revient d'Allemagne pour voir son amie d'enfance Voichita (Cosmina Stratan). Elle ne peut se passer d'elle et tient à tout prix à l'extirper de la vie monacale à laquelle elle s'est vouée.

Voichita, de son côté, espère persuader Alina d'aimer Dieu plus qu'elle-même. De ces désirs irréconciliables naîtra une situation inextricable et tragique.

Tout comme "4 mois, 3 semaines, 2 jours", "Au-delà des collines" est le portrait de deux amies.

À l'aventure de deux jeunes filles en quête d'un médecin avorteur dans la Roumanie de Ceaucescu succède celle de deux jeunes amies d'enfance que tout sépare.

Mais "il est important de ne pas garder à l'esprit ce que j'ai fait auparavant, si l'on veut bien comprendre ce film", a insisté samedi Cristian Mungiu lors d'une conférence de presse.

"Ce n'est pas forcément un film sur l'amitié mais sur l'amour, sous différentes formes, sur ce que l'on peut faire au nom de ces différentes formes: c'est aussi un film sur l'abandon."

Dans les notes de production, il parle d'indifférence.

Le film "traite quand même du sentiment de culpabilité, mais il porte plus sur l'amour et les choix, sur les choses que les gens font au nom de leurs croyances, sur la difficulté de distinguer entre le Bien et le Mal, sur l'interprétation littérale de la religion, sur l'indifférence en tant que péché plus grand que l'intolérance, sur le libre arbitre", écrit-il.

L'UNANIMITÉ N'EST PAS UN BUT

De fait, si Alina est finalement laissée aux bons soins du monastère, c'est que le monde civil ne sait plus comment s'y prendre avec cette personnalité en révolte permanente et préfère s'en décharger sur le père supérieur du couvent.

Dans cet univers hors du monde et à la règle stricte, la fracture entre la jeune fille et les autres devient béante et irréductible.

À aucun moment, Cristian Mungiu ne se veut juge des actes et des personnes. Certes, la règle conventuelle peut parfois faire sourire - il existe une liste officielle de 464 péchés- et l'exorcisme qu'entreprend le religieux peut sembler tenir plus de la superstition que de la religion.

Mais cela ne fait que renforcer la véracité de la situation de ce couvent de montagne, reconstitué de toutes pièces, où l'hiver est extrêmement rude pour ces jeunes nonnes à l'esprit souvent simple et facilement impressionnable.

Néanmoins, si Mungiu ne désigne pas de coupable, il donne à voir des décisions pour le moins contestables et incite le spectateur à s'interroger sur elles.

De ce point de vue, la communauté religieuse d'"Au-delà des collines" est beaucoup plus complexe à saisir que celle, toute faite d'esprit de sacrifice et d'héroïsme, du film de Xavier Beauvois "Des hommes et des dieux", Grand prix du Festival de Cannes en 2010.

D'une perfection formelle dans la mise en scène, l'image et la direction des acteurs, "Au-delà des collines" n'en soulève pas moins la critique. Le film a même suscité quelques brèves huées vendredi soir à l'issue de la projection de presse.

"Un film n'est pas là pour faire l'unanimité", a réagi Cristian Mungiu en conférence de presse.

"Mais il est là pour se confronter au public et l'inciter à se forger une opinion. Je pense que le film sera vu et jugé différemment ici que dans mon pays."

Edité par Chine Labé et Jean-Loup Fiévet

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