Cannes: Kiarostami en appelle à l'imagination du spectateur

le
0
Cannes: Kiarostami en appelle à l'imagination du spectateur
Cannes: Kiarostami en appelle à l'imagination du spectateur

par Wilfrid Exbrayat

CANNES (Reuters) - Le cinéaste iranien Abbas Kiarostami, qui a obtenu la Palme d'or en 1997 avec "Le goût de la cerise", a été à nouveau invité à concourir cette année, avec un film sans début ni fin qui a suscité l'incompréhension de bon nombre de festivaliers lundi.

On sait, depuis "Le goût de la cerise", que Kiarostami aime mettre en scène des dialogues se déroulant dans une voiture. Ce qu'il confirme avec "Like Someone in Love", tourné au Japon.

"Ces dernières années, j'ai dû, pour des raisons plus ou moins évidentes, travailler hors d'Iran", a dit le cinéaste, lundi en conférence de presse.

La vie est loin d'être toujours facile pour les cinéastes de ce pays, même s'ils sont honorés internationalement, comme en témoigne l'Oscar remporté par "La séparation", d'Asghar Farhadi, cette année. A Cannes même, Asghar Farhadi a reçu cette année le prix Media de l'Union Européenne.

Jafar Panahi, Caméra d'or à Cannes en 1995, a ainsi été emprisonné en 2010. La Caméra d'or récompense un premier film.

"Like Someone in Love", histoire étrange comme toujours chez Kiarostami, évolue autour de trois personnages : une jeune fille call girl à ses heures, un vieux monsieur par ailleurs professeur, le petit ami de la jeune fille.

Venue, à son corps défendant, au domicile du professeur (Tadashi Okuno), Akiko (Rin Takahashi) est raccompagnée le lendemain matin à l'université par son client.

Il rencontre fortuitement le petit ami d'Akiko (Ryo Kase) qui le prend pour le grand-père de cette dernière. De là naît un quiproquo qui ne va pas se résoudre pacifiquement. Il n'y a d'ailleurs pas de résolution de l'intrigue à proprement parler.

DEVINER

"Quand j'écrivais le scénario - évidemment on visualise ce qu'on écrit - au moment même où se produit l'impact de la pierre contre la vitre, le mot qui est venu à mon esprit était 'the end'. Moi-même, j'étais resté sur un goût d'inachevé, je me suis dit on verra plus tard. Six mois se sont écoulés, et je n'ai toujours pas trouvé de fin", a expliqué Abbas Kiarostami.

"Je me suis rendu compte petit à petit que le film n'avait pas de début non plus. Là encore, je n'ai pas trouvé de solution. Mon film ne débute pas et ne se finit pas", a-t-il dit, estimant qu'en cela un film ressemblait à la vie réelle.

"C'est comme ça qu'il faut voir ce film ; il manque le début et il manque la fin. Sans début et sans fin je suis persuadé que vous, en tant que spectateur, vous êtes capable de deviner" ce qui se passe avant et après.

C'est peut-être pour cela que le film fut si difficile à produire.

"En ce qui concerna la partie française, c'est une coproduction profondément difficile car il n'y a aucun accord de coproduction avec le Japon", a expliqué le producteur et distributeur Marin Karmitz, observant que cette coproduction entre les deux pays était quasiment une première.

"La seule possibilité de financer ce film était une chaîne de télévision, Arte, qui a refusé", a-t-il ajouté.

Un apport financier est intervenu ensuite par le biais du Centre national du cinéma (CNC). Marin Karmitz a dit avoir trouvé une deuxième source de financement en vendant un tableau d'Yves Klein par l'intermédiaire de Sotheby's.

Edité par Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant