Cannes: chez Andrew Dominik, la crise touche aussi la pègre

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Cannes: chez Andrew Dominik, la crise touche aussi la pègre
Cannes: chez Andrew Dominik, la crise touche aussi la pègre

par Wilfrid Exbrayat

CANNES (Reuters) - La crise est là et les temps sont durs pour tout le monde, même pour la pègre, s'il faut en croire le cinéaste australien Andrew Dominik.

Néo-zélandais de souche, Dominik a reçu le baptême du feu cannois mardi matin et semble s'en être plutôt bien tiré.

Après avoir réalisé "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford", véritable relecture contemplative du western, Andrew Dominik s'est attaqué au genre du thriller avec "Cogan - La mort en douce" (Killing Them Softly).

Les truands ayant la mauvaise habitude de se truander entre eux, et la crise financière stimulant les mauvaises pensées, deux petits malfrats (Scoot McNairy et Ben Mendelsohn) rackettent une salle de jeu clandestine. Cogan (Brad Pitt) est appelé à la rescousse par un avocat marron pour faire le ménage.

Brad Pitt, déjà présent dans "L'assassinat de Jesse James.", figure en outre parmi les producteurs de ce troisième long métrage d'Andrew Dominik.

Cogan fait appel à Mickey (James Gandolfini, l'un des "Soprano"). Mais les temps ont changé et les restrictions budgétaires touchent tout le monde, le milieu y compris. Les boss ne donnent plus les ordres directement mais les font transiter par des avocats qui eux aussi ne veulent pas mettre les mains dans le cambouis.

"L'Amérique est foutue", lance Cogan, lorsque l'avocat lui laisse entrevoir les nouveaux processus de prise de décision, empreints de "corporate culture".

SÉLECTION NATURELLE

Ainsi, même si Mickey est prêt à exécuter un contrat à prix d'ami, ses émoluments seront quand même revus à la baisse et il devra voyager en classe économique. Mais comme il est devenu de toute façon une éponge, qui écume les trottoirs des dames de petite vertu, Cogan devra faire le sale travail lui-même.

Cogan n'a pas d'état d'âme et analyse les situations froidement. Il n'a rien d'un psychopathe et ne manque pas d'ironiser sur l'époque qui sert de contexte à l'intrigue, constamment rappelée par des écrans de télévision où l'on voit discourir aussi bien George W. Bush que Barack Obama.

"Il (Cogan) considère que le monde dans lequel nous vivons est le produit de la sélection naturelle", a dit Andrew Dominik mardi dans une salle des conférences de presse pleine à craquer, comme c'est toujours le cas avec les films américains, pour autant qu'ils aient leur comptant de stars.

Le cinéaste explique dans les notes de production que son film exprime une certaine forme d'amertume devant le relatif échec aux Etats-Unis de "L'assassinat de Jesse James. "

"Voilà pourquoi c'est un film qui parle d'argent, de ce que les gens font pour en avoir et comment ils sont amenés à nier ce qu'ils ressentent profondément pour parvenir à en gagner."

Lui-même affirme ensuite ne pas vouloir tomber dans ce schéma et ne mâche pas ses mots sur son pays d'accueil cinématographique. "Je me suis rendu compte que la plupart des films américains montrent les Américains comme ils aimeraient être perçus, plutôt que tels qu'ils sont", dit-il.

"Or, le seul genre qui les montre vraiment tels qu'ils sont, c'est le film criminel. Parce qu'il s'agit du seul genre où il est acceptable que tous les personnages ne pensent qu'à l'argent. C'est un genre qui traite du capitalisme dans sa forme la plus basique", explique-t-il.

édité par Yves Clarisse

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