Cannes: à mi-parcours, Iran, Etats-Unis et Chine plébiscités

le
1
CANNES, À MI-PARCOURS
CANNES, À MI-PARCOURS

par Wilfrid Exbrayat

CANNES (Reuters) - Trois films en lice pour la Palme d'or du 66e Festival de Cannes semblent privilégiés par la critique au terme de six jours d'une compétition qui, une fois de plus, brille par la diversité des thèmes et aussi parfois par des images d'une violence crue.

"Le passé", du cinéaste iranien Asghar Farhadi, "A Touch of Sin", du Chinois Jia Zhang-ke, et "Inside Llewyn Davis", des frères Joel et Ethan Coen, tiennent la corde, avec "Tel père, tel fils", du Japonais Hirokazu Kore-Eda, en outsider.

La critique française, dont l'opinion quotidienne est diffusée par "Le Film Français", accorde sa préférence à "Le Passé" tandis que la critique internationale, telle que publiée quotidiennement par la revue Screen, privilégie le long métrage des frères Coen.

Asghar Farhadi a presque tout gagné avec son précédent film, "Une séparation": Ours d'or à Berlin en 2011, puis le César et l'Oscar du meilleur film étranger l'année suivante.

"Le passé", dans lequel brillent Bérénice Béjo, Tahar Rahim et l'acteur iranien Ali Mosaffa, relate une nouvelle fois l'histoire d'une séparation non encore officialisée, mais en France et non plus en Iran. Une direction d'acteurs impeccable, une caméra pudique, des dialogues sobres et justes ont séduit le spectateur cannois.

Mais Asghar Farhadi doit compter avec "Inside Llewyn Davis", belle oeuvre mélancolique exposant les déconvenues, désillusions et galères d'un musicien de folk (incarné par Oscar Isaac) dans le Greenwich Village new-yorkais de l'hiver 1961.

Les frères Coen savent comme personne dépeindre des tranches de vie où le poignant le dispute à l'humour le plus incongru, apparentant en cela "Inside Llewyn Davis", où l'on retrouve aussi le chanteur Justin Timberlake, à "A Serious Man", réalisé quatre ans plus tôt.

Les frères Coen sont pour la huitième fois en compétition, en quête d'une seconde Palme d'or après celle qui distingua "Barton Fink" en 1991.

"BORGMAN", L'OVNI DE LA SÉLECTION

Le cinéma asiatique s'en sort bien lui aussi: "A Touch of Sin" et "Tel père, tel fils" ont séduit pour des raisons diamétralement opposées. Le premier est une violente - dans tous les sens du mot - critique d'une Chine dont le développement effréné creuse toujours plus les écarts entre quelques "happy few" aisés et le reste de la population.

Le second est une exploration intime de rapports familiaux - sujet préféré de Kore-Eda - faussés par une inversion malencontreuse de bébés à l'hôpital. La dimension étude de société est loin d'en être absente toutefois, lors de la confrontation des deux familles - l'une très aisée, l'autre modeste - en vue d'échanger leurs enfants respectifs.

"Jeune et Jolie", de François Ozon, "Heli", du Mexicain Amat Escalante, "Jimmy P.", d'Arnaud Desplechin, "Borgman", du Néerlandais Alex Van Warmerdam, "Shield of Straw", de Takashi Miike, et "Un château en Italie", de Valeria Bruni-Tedeschi, ont également tenté leur chance avec plus ou moins de bonheur.

Dans "A Touch of Sin", Jia Zhang-ke expose devant la caméra et le spectateur des scènes d'une violence sans borne qui ne lui est pas habituelle. "Ces derniers temps, avec la crise, j'ai observé à quel point les incidents en Chine étaient violents", a-t-il expliqué vendredi en conférence de presse.

"Ça m'a extrêmement inquiété, je me suis dit qu'il fallait en parler par le cinéma et comprendre comment un individu ordinaire en arrivait à agir de manière aussi violente".

"Heli", chronique d'une famille mexicaine modeste entraînée bien malgré elle dans la guerre des cartels de la drogue, comporte une scène de torture proprement insoutenable.

"La réalité du Mexique est pire que celle que je montre dans le film", a dit Amat Escalante jeudi en conférence de presse. "J'ai voulu montrer cette violence telle qu'elle est et la filmer de façon inédite pour attirer l'attention du public".

"Shield of Straw", l'odyssée de policiers japonais chargés de convoyer l'ennemi public numéro un dont la tête a été mise à prix par un puissant homme d'affaires, n'est pas avare non plus en hémoglobine, en musique envahissante et en poncifs.

Mais l'ovni de la sélection est pour l'instant "Borgman", film qu'on pourrait ranger dans la catégorie de l'ange exterminateur venu semer le chaos dans une famille bien sous tous rapports. A ceci près qu'ici l'ange exterminateur est plutôt un démon, ou un vampire.

Cette histoire fantastique, où les cadavres s'accumulent parfois de façon drolatique, égratigne au passage un mode de vie occidental reposant sur le pillage et la mise en servitude de la planète. "Borgman peut être perçu comme une critique de notre société occidentale, mais ce n'était pas mon intention initiale", s'est défendu toutefois Alex Van Warmerdam dimanche.

HOMMAGE INDIEN

La compétition a encore des morceaux de choix à offrir au cinéphile, en commençant par "Ma vie avec Liberace", de Steven Soderbergh, montré mardi matin. Sont également très attendus deux autres réalisateurs américains, James Gray ("The Immigrant") vendredi et Jim Jarmusch ("Only Lovers Left Alive") samedi.

Le tandem Nicolas Winding Refn-Ryan Gosling revient mercredi matin avec "Only God Forgives". Il était là deux ans plus tôt et "Drive" avait obtenu le Prix de la mise en scène. Roman Polanski, Palme d'or en 2002 avec "The Pianist", montrera "La Vénus à la fourrure" samedi.

La Croisette a enfin rendu hommage dimanche à un cinéma indien qui a cent ans, le premier long métrage du sous-continent - Raja Harishchandra - remontant à 1913.

Quatre films indiens figurent dans les différentes manifestations de la Croisette, soit la Sélection officielle du Festival, la Semaine de la Critique et la Quinzaine des Réalisateurs, tandis qu'une actrice indienne, Vidya Balan, siège au jury présidé par Steven Spielberg.

"Le cinéma est pratiquement la seule possibilité de distraction (en Inde) en dehors du cricket", déclarait un responsable de la filiale indienne de Disney dans les colonnes du Hollywood Reporter la semaine passée.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • grigal le mardi 21 mai 2013 à 09:48

    Cannes n'est plus Français ! Alors ....