Canada et Vatican ont accueilli les pourparlers secrets USA-Cuba

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par Warren Strobel et Lesley Wroughton WASHINGTON, 18 décembre (Reuters) - Le rapprochement spectaculaire annoncé mercredi entre les Etats-Unis et Cuba est le fruit d'un processus engagé au printemps 2013, lorsque Barack Obama a donné son feu vert à des discussions secrètes avec le régime cubain. Pendant des mois, les deux camps ont discuté au Canada et au Vatican. Ces pourparlers ont culminé mardi lorsque le président américain et son homologue cubain Raul Castro se sont entretenus au téléphone pendant près d'une heure et ont donné leur aval définitif à des mesures susceptibles de mettre fin à un demi-siècle d'hostilité et de remodeler les relations sur le continent américain. ID:nL6N0U1463 Barack Obama jugeait que, "s'il y a un aspect de la politique étrangère des Etats-Unis qui a dépassé sa date de péremption, c'est la politique à l'égard de Cuba", a souligné un responsable de l'administration américaine s'exprimant sous le couvert de l'anonymat devant des journalistes. Le Vatican a joué un rôle essentiel dans ce rapprochement, notamment en facilitant les négociations sur Alan Gross, un Américain libéré mercredi après cinq années de détention à Cuba, soulignent les responsables américains. Au début de l'été 2014, le pape François, un Argentin, a adressé des courriers personnels séparés aux deux présidents pour les exhorter à échanger des prisonniers et à améliorer les relations entre leurs deux pays. Lorsque le souverain pontife a reçu Barack Obama fin mars au Vatican, les discussions secrètes avec Cuba ont été un sujet majeur de leur entretien. Les premiers pourparlers directs entre Américains et Cubains ont eu lieu en juin 2013 au Canada, qui a conservé de longue date des relations avec Cuba. La délégation américaine était emmenée par Ben Rhodes, conseiller adjoint à la sécurité nationale et surtout proche collaborateur de Barack Obama, et par Ricardo Zuniga, spécialiste de l'Amérique latine au sein du conseil à la sécurité nationale de la Maison blanche. On ignore qui était présent côté cubain. LE VATICAN IMPLIQUÉ DÈS MARS 2012 Les prisonniers détenus par les deux camps ont été au coeur du débat, selon des responsables américains. Pour l'administration Obama, la détention d'Alan Gross constituait un obstacle à la fois pratique et politique à une amélioration des relations. Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a téléphoné à quatre reprises cet été au ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, pour évoquer le cas d'Alan Gross, a dit un autre responsable américain. John Kerry soulignait que s'il arrivait quoi que ce soit au prisonnier américain, il ne pourrait y avoir aucun rapprochement entre Washington et La Havane. Le Vatican a été impliqué dès mars 2012, lorsqu'un groupe de parlementaires américains s'est rendu à la nonciature apostolique à Washington pour y solliciter une aide pontificale. Depuis, qu'il s'agisse du pape Benoît XVI ou de son successeur François, cette question "est toujours restée sur les radars du Vatican", assure Barbara Mikulski, sénatrice du Maryland, l'Etat d'origine d'Alan Gross. Lors des négociations avec les Cubains, les Américains ont aussi insisté sur la libération d'un espion des Etats-Unis emprisonné à Cuba depuis près de 20 ans. Cette personne, dont le nom n'a pas été révélé, "a été essentielle dans l'identification et l'interception de plusieurs agents du renseignement cubain aux Etats-Unis", souligne le directeur du Renseignement national américain, James Clapper, dans un communiqué. Parmi les agents cubains démasqués par cette personne figurent un analyste de haut rang du renseignement militaire américain ainsi que des membres d'un réseau basé en Floride baptisé le "Wasp Network". Cuba a pour sa part insisté sur la libération de trois membres de ce réseau, des espions cubains ayant passé 16 ans dans les prisons américaines. Ces négociations secrètes n'ont toutefois pas aplani tous les différends. Les Cubains ont ainsi renouvelé leur demande d'un arrêt des programmes américains de soutien à la démocratie sur l'île, qu'ils perçoivent comme une tentative déguisée de renversement du régime communiste. Washington a refusé, selon un responsable américain. Le transfert de prisonniers a été finalisé lors d'une rencontre au Vatican, a dit un responsable américain. (Avec Patricia Zengerle, Rick Cowan, David Lawder, Mark Hosenball, Roberta Rampton et Anna Yukhananov; Bertrand Boucey pour le service français)

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