Canaccord Genuity: 'notre ADN canadien constitue une force'.

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(CercleFinance.com) - Le développement de Canaccord Genuity sur le Vieux Continent se confirme. Sur son dernier trimestre clos fin décembre 2015, le groupe canadien de services financiers a signé un produit opérationnel en hausse de 24% au Royaume-Uni et en Europe sous l'effet de ses activités de conseil et de trading. L'occasion parfaite pour s'entretenir avec Michel Jacob, récemment nommé 'conseiller principal' au bureau parisien de la firme.

Cercle Finance: Vous avez été embauché en septembre dernier afin de renforcer le bureau parisien de Canaccord Genuity. Comment s'est déroulée votre nomination?

Michel Jacob: Je connais le management de Canaccord Genuity depuis le milieu des années 1990, période à laquelle je dirigeais la Compagnie Financière Edmond de Rothschild. A l'époque, nous étions à la recherche d'un partenaire de banque d'affaires en Amérique du Nord et nous avions fini par nous allier avec CIBC World Markets, qu'animait alors David Kassie, pas encore parti fonder Genuity dont il est aujourd'hui président. Dan Daviau, l'actuel directeur général du groupe, faisait lui aussi partie de l'équipe de Toronto. Nous nous sommes retrouvés en 2011, lorsque ma structure Galileo Finance et Canaccord Genuity ont conseillé ensemble Airbus ensemble pour l'acquisition du canadien Vector Aerospace. Nous avons ensuite collaboré sur plusieurs dossiers, dont un projet d'acquisition pour EDF au Canada qui n'a pas pu aboutir. En 2015, après la disparition de Patrice Vial qui était à la tête du bureau parisien et 'senior advisor', David Kassie et le patron pour l'Europe Alexis de Rosnay m'ont proposé de le remplacer en tant que 'conseiller principal', Nadim Barouki prenant la tête du bureau parisien.

CF: Comment s'organisent vos activités à Paris?

MJ: L'équipe parisienne de Canaccord Genuity s'est largement constituée autour de l'héritage de Hawkpoint, une structure tombée dans le giron de Canaccord Genuity au moment du rachat de Collins Stewart en 2011. Historiquement, la franchise Hawkpoint de Paris a toujours été concentrée sur le métier de conseil à destination des fonds d'investissement dans les opérations de fusions-acquisitions (M&A) et de conseil au management des entreprises cédées. C'est encore le cas aujourd'hui. David Kassie et Alexis de Rosnay m'ont simplement demandé d'apporter ma culture d'entrepreneur et ma bonne connaissance de l'industrie afin de développer nos métiers de conseil en direction des grandes entreprises.

CF: Sur quel type d'opérations travaillez-vous aujourd'hui?

MJ: Nous planchons sur une dizaine de transactions par an dont la valeur moyenne oscille autour de la centaine de millions d'euros. En 2015, nous avons ainsi conseillé Bridgepoint dans le cadre de la sortie de Siblu, nous sommes intervenus comme conseils financiers de LBO France dans la cession de Tractel à Cinven et nous avons aussi participé à la vente de Saverglass à Carlyle. A noter que deux autres opérations plus significatives sont venues étoffer notre activité l'an dernier puisque nous sommes intervenus comme conseil du management lors du rachat de Lixens par CVC pour 1,4 milliard d'euros, mais aussi de Bpifrance lors de la reprise de Verallia pour une valeur d'entreprise de 2,8 milliards d'euros.

CF: Quelle est votre approche du métier du conseil?

MJ: Dans chacune de nos transactions, nous cherchons à intervenir en adoptant un angle d'attaque privilégié. Cela ne signifie pas qu'en termes de taille de 'deals', nous soyons obnubilés par la chasse aux 'éléphants blancs', même si nous n'hésitons pas à tenter crânement notre chance lorsque des opportunités se présentent. Notre obsession n'est pas de figurer à tout prix dans le 'top 5' des banques d'affaires par la taille des opérations M&A. Nous souhaitons avant tout réussir à développer une activité récurrente, à faire du travail sérieux et à dégager des profits raisonnables.

CF: Faut-il y voir une manifestation de la légendaire modestie canadienne?

MJ: Notre ADN canadien constitue une particularité importante. D'un point de vue pratique, nos racines au Canada nous offrent à la fois un levier unique dans l'identification des cibles, mais aussi dans l'accès à des pistes de financement intéressantes. J'en veux pour preuve la récente entrée de Canada Pension Plan (CPP) au capital d'Orpea, à laquelle nous avons participé. Il ne s'agit pas d'une activité de niche, loin s'en faut. Il faut bien comprendre que les fonds de pension canadiens sont immensément riches et qu'ils s'intéressent de très près à ce qui se passe en Europe.

Comment se porte le marché français du M&A à l'heure actuelle?

MJ: Si le marché des IPO n'a pas encore véritablement redémarré dans l'Hexagone, celui des fusions-acquisitions se montre, lui, particulièrement dynamique. Les entreprises ont su reconstituer leur trésorerie, les fonds disposent d'argent frais et les banques jouent le jeu en prêtant, ce qui favorise une activité soutenue. Certes, des pans entiers de notre industrie, dont la chimie, ont désormais disparu, mais certains secteurs se portent bien et se montrent d'ailleurs gourmands en acquisitions. C'est le cas du luxe et des cosmétiques, une industrie qui va pour le mieux: il s'agit d'une véritable aubaine pour la France et je crois que c'est sur ce genre de savoir-faire qu'il faut capitaliser.

CF: Le fait que vous ne soyez pas prêteur constitue-t-il un handicap ?

MJ: Lorsque le crédit se fait rare, se présenter comme un établissement prêteur peut se révéler très utile pour obtenir des missions de conseil. Certaines banques d'affaires n'hésitent pas à en abuser en forçant littéralement la main de leurs clients en échange de financements. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Grâce au programme d'assouplissement quantitatif (QE) de la BCE, les liquidités abondent et nous ne nous sentons pas désavantagés. Au contraire, nous arrivons à faire valoir l'indépendance de notre conseil comme une force.

CF: Quels sont les secteurs que vous jugez les plus prometteurs aujourd'hui?

MJ: Pour ma part, je suis spécialisé dans les fusions-acquisitions, avec une prédilection pour dans le secteur de l'aéronautique, de l'espace et de la défense, une orientation qui correspond bien à l'impulsion industrie/services été donnée à notre bureau parisien. A l'international, nos équipes au Canada, aux Etats-Unis et à Londres maîtrisent particulièrement bien les questions liées au secteur de la santé. C'est le cas notamment d'Alexis de Rosnay, le DG de Canaccord Genuity pour le Royaume-Uni et l'Europe, qui est un véritable passionné de pharmacie et de 'medtech'. Au niveau du groupe, le secteur minier et le 'gaming', dont les casinos en ligne, constituent également d'importants viviers d'affaires. Nous nous montrons également actifs dans le transport logistique et les 'cleantechs'. Nos équipes au Canada et en Israël sont, elles, à la pointe de ce qui se passe en matière de hautes technologies. Enfin, je crois pouvoir dire que nous connaissons bien les 'fintechs', et tout particulièrement le domaine des transactions financières dites 'machine-to-machine' (M2M).

CF: Beaucoup d'établissements misent fortement sur la banque privée et la gestion de fortune, considérées comme d'importants relais de croissance. Est-ce également le cas de Canaccord Genuity?

MJ: C'est un terrain que je connais bien, puisque c'était l'un de nos grands métiers à la Compagnie Financière Edmond de Rothschild. Son grand avantage est la récurrence, due à la relation de fidélité qui s'instaure avec un client enclin à confier à sa banque des missions de conseil concernant l'évolution de sa PME ou de son affaire. Aujourd'hui, cette activité n'est pas représentée à Paris, mais le groupe Canaccord Genuity mise beaucoup sur son développement. Nous visons à terme quelque 30 milliards de dollars d'actifs sous gestion dans la banque privée, contre 22 milliards aujourd'hui. Le gros du développement se fera par croissance interne et externe depuis le Canada, mais de gros efforts devraient aussi être déployés en Europe.

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