Can: la Zambie est mieux préparée, estime Hervé Renard

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HERVÉ RENARD VISE LE DERNIER CARRÉ DE LA CAN POUR LA ZAMBIE
HERVÉ RENARD VISE LE DERNIER CARRÉ DE LA CAN POUR LA ZAMBIE

par André Assier

LYON (Reuters) - Un an après le triomphe inattendu de la Zambie à la Coupe d'Afrique des Nations (Can), son entraîneur français, Hervé Renard, remet son titre en jeu avec le sentiment d'être mieux préparé qu'en 2012.

Dans un entretien accordé à Reuters, le technicien de 44 ans détaille ses ambitions pour le tournoi qui aura lieu en Afrique du Sud (19 janvier-10 février) et dont il vise le dernier carré.

Reuters : Comment se passe la montée en puissance vers cette Can ?

Hervé Renard : Nous avons commencé la préparation le 26 décembre dernier. Nous sommes venus directement à Johannesburg, en Afrique du Sud. Nous avons beaucoup travaillé. Si nous nous basons sur les matches amicaux, c'est moyen puisque nous avons perdu face à l'Angola (2-0) et concédé le nul devant le Maroc (0-0). Mais il faut remettre en perspective ces rencontres. La première s'est décidée puisque nous étions dans le même hôtel et nous avons convenu de ce match à la dernière minute en faisant tourner les 23 joueurs et chacun a joué 45 minutes. Ensuite, face au Maroc, nous avons fait un très bon match sans être réalistes. Il est difficile de remettre en perspective ces matches dans des "vraies" conditions.

Reuters : Superstitieux comme vous êtes, vous avez sûrement fait un "copier-coller" de la préparation de l'an passé...

H.R. : C'est un peu vrai (sourires). Nous avons essayé de planifier la même préparation mais bon, on sait ce que c'est que le foot. Même en faisant la même chose, il y a toujours une petite chose qui varie. Un détail psychologique, moral, physique et technique qui peut faire basculer un match.

Reuters : Comment situez-vous votre groupe par rapport à l'an dernier ?

H.R. : A la même époque, c'est paradoxal mais j'étais très, très inquiet à l'approche de la compétition alors que j'avais pris la sélection juste quelques semaines auparavant. Quand nous sommes partis de notre stage de préparation en Afrique du Sud pour rejoindre la Guinée Equatoriale pour la compétition, je ne savais pas vraiment où j'allais. Tous les matches amicaux avaient été mauvais. Je n'avais pas su trouver la bonne formule pour que cela marche. Cette année, par rapport à ce baromètre-là, je sens que nous sommes en avance. Mais cela ne veut rien dire. Regardez ce qu'il s'est passé il y a un an : nous partions de rien et nous avons gagné.

Reuters : Ce titre a-t-il changé vos hommes ?

H.R : Absolument pas. Nous avons bien su gérer ce titre. Quand je vois dans certaines nations comme tout est parti de travers après un titre et que chez nous, tout est parfait... En un an, je n'ai pas eu un problème avec ce groupe. Aucun n'a pris la grosse tête, aucune suffisance, aucun laxisme. Je n'ai eu aucun retard en stage, pas une réflexion de travers. Peut-être est-ce ma "patte" ? Je crois qu'il faut savoir les prendre comme il faut. Il faut savoir les remettre dans le droit chemin au bon moment. C'est ma façon de gérer, très dure souvent, mais ils ont besoin de cela. Après, je me dis aussi que je suis chanceux d'avoir un tel groupe. C'est la nature des Zambiens d'être ainsi. Ils ne sont pas compliqués à vivre.

Reuters : Reste que certains lendemains n'ont pas tous été roses. Il y a eu certes ces invitations dans tout le pays où vous étiez reçus comme des rois mais personnellement, vous avez dû vous lancer dans un bras de fer pour être payé cet été...

H.R. : Et je ne suis pas mécontent de l'avoir fait car tout s'est arrangé. Et je suis payé à l'heure tout le temps maintenant ! Moralement et mentalement, pour moi, c'était indispensable de savoir ce que la fédération zambienne voulait faire à l'avenir. Car ce n'était pas qu'une question d'argent. C'était aussi une question de volonté sur l'avenir au niveau des conditions de travail, pour les stages et les déplacements. Tout est clair désormais. En plus dans la foulée, nous avons gagné nos deux matches de qualification pour la Coupe du Monde 2014 au Soudan (sur tapis vert-NDLR) et face au Ghana. Donc, tout va bien.

Reuters : Avez-vous des regrets d'être resté en Zambie alors que vous aviez beaucoup de propositions en Afrique mais aussi en Europe ?

H.R. : Aucun regret ! D'autant que si je suis resté en Zambie, ce n'est pas par hasard. C'est parce que j'ai cette liberté de travail que je n'ai pas ailleurs et que je n'aurais jamais ailleurs. En plus, j'ai un groupe qui me plait. Je suis en contrat jusqu'en juillet 2014. Je me plais bien ici. J'ai la chance d'avoir un président qui connaît le foot, qui est suffisamment intelligent pour comprendre mes revendications car il a connu le foot européen dans les années 90 quand il jouait au PSV Eindhoven. Il sait ce qui est bien pour le groupe.

Reuters : Ce titre a changé quoi dans le pays ?

H.R. : Le moral des gens ! Ce pays est fier et le phénomène ne s'arrête pas depuis février dernier, depuis ce retour triomphal de l'aéroport à la ville. La Zambie est un pays de foot qui a vécu des finales, qui est sixième au classement africain. Et l'ingrédient supplémentaire, c'est que ce titre est arrivé à un moment où personne ne l'attendait. D'où cette euphorie qui ne se dément pas ! Le soufflé n'est pas retombé. la preuve, au minimum 3.000 supporters vont venir à nos matches en avion (environ deux heures de vol-NDLR) mais beaucoup en voiture.

Reuters : Et au niveau infrastructure ?

H.R : Nous allons avoir notre grand stade à Lusaka dans la capitale (50.000 places) en juin 2014, à l'image de celui installé au coeur des mines, à Ndola. Au niveau championnat et formation, là, cela va moins vite (...) C'est une question de finances. Mais pour l'équipe nationale, la vie est un peu plus simple car nous sommes beaucoup invités dans des tournois de prestige comme celui en l'hommage de Nelson Mandela en novembre dernier ou en Arabie saoudite récemment. Si nous n'avions pas été champions d'Afrique, nous n'aurions pas reçu de bristol.

Reuters : Quid de la reconnaissance du foot zambien ?

H.R.: Les clubs européens commencent à regarder de près nos éléments. Emmanuel Mayuka a signé l'été dernier à Southampton. Et en ce moment, Stoppila Sunzu, le défenseur central qui pour moi n'est pas très loin d'être le meilleur à son poste en Afrique avec le Marseillais Nkoulou, va signer à Reading à 23 ans. Et il y en aura d'autres. Sunzu a sa place largement en France à Lyon ou ailleurs. Il va bientôt devenir un grand et certains clubs vont peut-être regretter de ne pas s'être penché sur son profil.

Reuters : Et comment abordez-vous cette compétition. En tant que défenseur de son titre ou..

H.R. : (Il coupe) Non, c'est une nouvelle aventure qui commence. Nous ne pouvons pas nous cacher, nous sommes les tenants. Mais nous ne pouvons nous afficher comme les favoris. Cela fait rigoler tout le monde si je dis cela. Et ils auraient raison. Le Ghana, la Côte d'Ivoire, sont les favoris. Pas nous ! Il faut être réaliste. J'ai conscience et le groupe aussi que nous serons plus attendus. Mais je préfère cette pancarte, car cela veut dire que nous avons une chance. Si on ne nous attendait pas, cela voudrait dire qu'on n'a aucune chance. Je préfère faire envie que pitié !

Reuters : Une Can 2013 réussie, c'est quoi ?

H.R : Une place dans le dernier carré.

Reuters : Et la chemise blanche, votre porte-bonheur de 2012, elle est toujours là ?

H.R. : Elle sera là et présente ! Elle a même une petite soeur ! Je ne change rien, d'autant que les supporters me la demandent ! Tout un pays attend qu'on renouvelle l'exploit. Mais là, ce serait exceptionnel, surtout quand on remet en perspectives : les grands pays comme la Côte d'Ivoire et le Ghana n'ont pas de titre depuis longtemps ! Et ils ont de grands noms qui se sont imposés dans les plus grands clubs européens. Alors que nous...

Edité par Olivier Guillemain

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