Cameron face à ses promesses après le "no" écossais

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par Andrew Osborn et William James et Kylie MacLellan LONDRES, 20 septembre (Reuters) - Le "no" de l'Ecosse a sans doute permis au Premier ministre britannique David Cameron de sauver son poste, mais les réformes constitutionnelles qu'il a promises pourraient menacer sa réélection l'année prochaine. Saluant ce qu'il a appelé un rejet "clair" de l'indépendance, le chef du gouvernement s'est engagé vendredi à octroyer rapidement des pouvoirs élargis à l'Ecosse, mais aussi à l'Angleterre, au Pays de Galles et à l'Irlande du Nord, notamment en matière fiscale, budgétaire et sociale. Quelques jours avant le scrutin, alors qu'un sondage donnait pour la première fois le "oui" en tête des intentions de vote, il s'est rendu sur place pour promettre d'avantage d'autonomie financière, ce que certains ont assimilé à un accès de panique. D'autres, y compris dans ses propres rangs, jugent qu'il est allé trop loin. "Ce résultat, c'est à la fois des opportunités et des défis pour Cameron", estime Matthew Ashton, professeur de sciences politiques à l'université Trent de Nottingham. "D'un côté, il peut se présenter comme l'homme qui a sauvé l'union. De l'autre, il doit maintenant tenir ses promesses extraordinairement ambitieuses concernant la réforme constitutionnelle", ajoute-t-il. "Le génie des pouvoirs élargis ne peut pas être remis dans la bouteille. Le monde a changé", ironise quant à lui un membre anonyme du Parti libéral démocrate, qui siège au gouvernement. Selon le Premier ministre, les projets de loi déléguant de nouveaux pouvoirs à Edimbourg et aux trois autres composantes du Royaume-Uni devraient être adoptés avant les élections de mai et seront mises en oeuvre dans le courant de la prochaine législature. Dans le cadre de la réforme, les élus écossais qui siègent au parlement britannique pourraient ne pas être autorisés à se prononcer sur les textes qui ne concernent pas leurs administrés. Une telle disposition ferait les affaires d'un Parti conservateur bien implanté en Angleterre, où vivent 83% des sujets britanniques, mais pratiquement absent d'Ecosse. UNE RÉFORME "BANCALE" Ce ne serait en revanche pas du goût du Parti travailliste, qui compte sur l'appoint écossais à Westminster. Gordon Brown, dernier chef du gouvernement issu de ses rangs, est en outre lui-même écossais. Difficile dans ces conditions d'imaginer que le consensus nécessaire à l'adoption du projet puisse émerger rapidement. Pour Ed Miliband, chef de file du parti travailliste, la réforme constitutionnelle doit faire l'objet d'un grand débat public. Elle ne peux pas "être élaborée uniquement par des responsables politiques ou un Premier ministre qui cherchent à renforcer leur propres positions au sein de leur parti", dit-il. Le Labour propose que ce débat ait lieu à l'automne 2015, après les législatives, ce qui, aux yeux des Tories, revient à mettre la question sous le tapis. Leurs divergences pourraient bien faire les affaires électorales des populistes du parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (Ukip), mais les critiques les plus virulentes à l'égard du projet de réforme proviennent pour le moment du propre parti de Cameron. "Les moyens chaotiques qui ont permis la victoire du 'non' ont fragilisé le Royaume-Uni dont nous dépendons tous", déplore ainsi Owen Paterson, député conservateur et ancien membre du gouvernement, dans un communiqué. "Une réforme constitutionnelle aussi bancale ne peut pas tenir. Elle suscite déjà une réelle colère en Angleterre. En l'absence de solution équitable à long terme pour toutes les composantes du Royaume-Uni, elle est vouée à l'échec", conclut-il. Boris Johnson, maire de Londres et possible prétendant à la succession de David Cameron, s'est quant à lui indigné de sa promesse "assez téméraire" concernant la prorogation de l'accord qui réserve à l'Ecosse une part du budget par habitant plus importante qu'à l'Angleterre. (Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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